Brésil: Dieu et l’avortement, invités surprise du second tour de l’élection présidentielle

Le volte-face des deux candidats

Rio de Janeiro, 27 octobre 2010 (Apic) La campagne pour le second tour de l’élection présidentielle, qui aura lieu le 31 octobre, voit les deux candidats, Dilma Roussef et José Serra, rivaliser contre la légalisation de l’avortement. Aux dépens d’autre enjeux cruciaux comme la corruption du pouvoir.

Au premier tour de la présidentielle brésilienne, Dilma Roussef n’a pas passé la barre des 50%, sans doute parce que les Eglises évangéliques ont appelé à la boycotter à cause de ses positions pro-avortement. 20% des voix auraient alors basculé vers Marina Silva, la candidate des Verts fidèle d’une de ces Eglises, rapporte le journal online InfoSud. Un résultat qui a amené les deux rivaux à axer leur campagne pour le second tour sur la promesse de ne pas légaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Un volte-face pour le moins étonnant.

Douloureux problème social

Car, avant la campagne, les deux candidats avaient abordé avec détermination l’avortement, dont l’interdiction provoque un décès chaque deux jours, précise InfoSud. Un douloureux problème social, que les Eglises tant catholique qu’évangélique veulent ignorer, surfant sur la culture profondément religieuse des Brésiliens.

Quand il était ministre de la Santé du gouvernement Cardoso, José Serra a introduit la gratuité de l’avortement au sein du Système unique de santé (SUS), en cas de viol ou de danger de mort pour la mère. Une disposition que la loi de 1940 permettait déjà mais qui n’était pas appliquée. Dilma Roussef, alors qu’elle était cheffe de la «Casa Civil» du gouvernement Lula, l’équivalent du premier ministre, avait soutenu le Programme national des droits de l’homme mis en consultation en début d’année, et qui proposait la légalisation de l’avortement. La mention avait dû être retirée sous la pression de l’Eglise catholique.

Aujourd’hui, tant Dilma Roussef que José Serra ne manquent pas une occasion de dire et redire qu’ils sont opposés à la légalisation de l’avortement, dans l’espoir de conquérir les 20 millions de voix qui se sont portées sur Marina Silva au premier tour.

Protester contre la corruption

Reste qu’une récente analyse du scrutin du 3 octobre, réalisée par l’institut de sondage Datafolha, révèle que la question de l’avortement n’a pas joué un rôle significatif dans le déplacement des voix vers la candidate Verte. Le facteur déterminant a davantage été la révélation du scandale de corruption impliquant Erenice Guerra, indique InfoSud.

Cette proche collaboratrice de Dilma Roussef l’a remplacée au poste de cheffe de la «Casa Civil» depuis le début de la campagne électorale, avant d’être sèchement écartée par le président Lula pour avoir favorisé un contrat entre l’entreprise de son fils et le gouvernement, sur fond de pots de vin.

Toujours selon InfoSud, c’est donc bien un vote de protestation contre la corruption du pouvoir qui a favorisé Marina Silva. Une donnée que les deux candidats encore en lice font semblant d’ignorer. Pourtant, c’est peut-être bien sur cette dimension morale de la politique que se fera le choix final. Et dans ce domaine, aucun des deux candidats n’aurait les mains complètement propres. (apic/infosud/nd)

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