La commission «Justice et Paix» avait demandé l’ajournement du procès

Vietnam: Le tribunal populaire de Cam Lê condamne six paroissiens de Côn Dâu

Hanoi, 28 octobre 2010 (Apic) Le procès contre les paroissiens de Côn Dâu, dans la région de Da Nang, au Vietnam, a bien eu lieu le 27 octobre. Suite à l’expropriation de leurs terres par la municipalité – pour la vendre à des investisseurs étrangers – les catholiques de la paroisse ont cherché à protester. Un affrontement entre les forces de Sécurité publique et les paroissiens est au cœur du procès. Deux des accusés ont été condamnés à des peines de prison ferme alors que les quatre autres inculpés ont reçu des peines avec sursis.

Selon Eglises d’Asie (EdA), agence d’information des missions étrangères de Paris, on ne sait que peu de chose du déroulement du procès, la presse officielle comme les autorités locales ayant gardé un silence absolu. Les sentences, 12 mois de prison ferme pour M. Nguyên Huu Minh et 9 mois pour Mme Phan Thi Nhân, ont été révélée par les parents des accusés, présents dans la salle d’audience du tribunal.

Au vu des irrégularités qui ont entaché la procédure suivie par les instances judiciaires, certains avaient voulu croire que ce procès n’aurait pas lieu. Ainsi, la commission «Justice et Paix» de la Conférence épiscopale vietnamienne en avait demandé l’ajournement. De multiples dénonciations ont également été mises en ligne aussi bien par les avocats que par les accusés. Ces derniers ont même envoyé une lettre ouverte destinée au pouvoir central.

Actuellement on sait que le procès des six paroissiens de Côn Dâu s’est ouvert tôt dans la matinée le 27 octobre 2010, au tribunal populaire de l’arrondissement de Cam Lê (ville de Da Nang). Lorsque le tribunal a ouvert ses portes à 7 h 45 (heure locale), quelques milliers de personnes étaient déjà présentes dans la rue sous une pluie battante. Cette foule était étroitement surveillée par des policiers en uniforme, également présents à l’intérieur du tribunal. Des agents de la Sécurité en civil étaient disséminés aussi bien sur les trottoirs que dans les cafés et les petits restaurants environnants.

Le président du tribunal a concentré son interrogatoire sur les deux chefs d’accusation retenus par le tribunal : troubles de l’ordre public et agression contre des agents de l’État dans l’exercice de leurs fonctions. Il a conduit les débats de façon à montrer la participation active des prévenus au convoi funéraire de Maria Tan le 4 mai dernier, et la pression exercée par eux sur les membres de la famille pour conduire le convoi vers le cimetière du village. Le procureur aurait essayé de prouver que les accusés étaient les principaux responsables des heurts ayant eu lieu à la porte du cimetière. On a rapporté qu’un avocat du barreau de Da Nang (sans doute commis d’office) était censé assurer la défense des six paroissiens. On ignore de quelle façon il a accompli sa tâche. N’ayant pu choisir leur avocat, les accusés, en particulier les deux femmes, se sont trouvés dans une situation d’infériorité pour se défendre contre les accusations portées contre eux.

De nombreuses illégalités entachent la procédure

Avant le procès, certains observateurs avaient mis en lumière les nombreuses illégalités entachant la procédure, la principale concernant la défense des accusés. Après avoir pris connaissance de l’imminence d’un procès, les parents et proches des six accusés ont cherché un avocat pour assurer leur défense. Des menaces directes ont été proférées contre eux. Après un premier refus, la parenté des accusés s’est adressée au bureau de Me Cu Huy Ha Vu. Celui-ci a accepté d’assurer la défense. Cependant, lorsque les juristes de son cabinet se sont présentés pour la première fois au tribunal populaire de Cam Lê afin d’accomplir les formalités d’inscription, ils n’ont pas été reçus. Le 23 octobre, le tribunal faisait savoir aux avocats que leur demande d’autorisation était refusée, car c’étaient les accusés eux-mêmes qui devaient solliciter l’assistance d’un avocat.

Bien que l’expression de la solidarité des catholiques n’ait pas été aussi voyante que lors du procès des paroissiens de Thai Ha, qui se battaient contre l’expropriation du terrain paroissial par la municipalité, elle s’est cependant manifesté largement, individuellement et collectivement, surtout ces derniers jours où au nom de la Conférence épiscopale, la commission «Justice et Paix» a réclamé l’ajournement du procès. Les deux grandes paroisses rédemptoristes du Vietnam, à Hanoi et à Saigon, ont chacune organisé officiellement, dans les jours précédant le procès, de grandes assemblées de prière pour les paroissiens de Con Dâu comparaissant devant le tribunal populaire. (apic/eda/amc)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/la-commission-justice-et-paix-avait-demande-l-ajournement-du-proces/