La justice doit faire son propre travail, répète la Conférence épiscopale
Bruxelles, 28 octobre 2010 (Apic) Dans le cas des prêtres pédophiles, la justice doit faire son propre travail, en toute indépendance, a déclaré jeudi 28 octobre à l’Apic Jürgen Mettepenningen, porte-parole de la Conférence des évêques de Belgique. Pas question donc pour l’Eglise de Belgique d’entraver le cours de la justice. La polémique provoquée par les déclarations mercredi soir de Mgr André-Joseph Léonard, lors de l’émission du magazine de la RTBF « Questions à la une » résulte d’une « certaine incompréhension », a-t-il souligné.
Dans l’émission de la télévision belge francophone du 27 octobre, l’archevêque de Malines-Bruxelles et primat de Belgique, « a, selon certains, semblé vouloir protéger de la justice les prêtres pédophiles pensionnés et fort âgés », peut-on lire sur le site internet de l’Eglise catholique en Belgique Catho.be.
Jürgen Mettepenningen rappelle à ce sujet la position du 20 octobre de la Conférence épiscopale de Belgique, qui déclarait que « le bien-fondé de la plainte et les conséquences des faits demeurent l’affaire du pouvoir judiciaire ».
« En tant qu’Eglise, poursuit la Conférence épiscopale de Belgique, nous avons une responsabilité pastorale spécifique. En premier lieu, vis-à-vis des victimes. Elles seront entendues au niveau de chaque diocèse ou du supérieur majeur concerné; leurs attentes seront prises en considération dans toute la mesure du possible. Il nous faut aussi prendre nos responsabilités vis-à-vis des auteurs conformément au droit canonique. Nous prenons actuellement des mesures disciplinaires et chaque dossier sera aussi transmis à Rome en attendant une mesure disciplinaire définitive ».
Le porte-parole précise que dans les cas de prêtres pédophiles, il est évident que l’on doit laisser la justice faire son travail en toute indépendance. « On encourage les victimes à s’adresser à la justice, insiste-t-il, et notre première attention va aux victimes ». Au niveau de l’Eglise, à part les mesures disciplinaires et la transmission des dossiers à Rome, il s’agit également – « et c’est ce qu’a voulu dire Mgr Léonard », précise-t-il – de ne pas oublier les notions d’humanité. « Elles s’appliquent d’abord aux victimes, mais elles concernent aussi les abuseurs. Quand un vieux prêtre de 85 ou 90 ans est handicapé dans son lit ou atteint de démence, il faut tout de même montrer un peu d’humanité ».
Le chef de l’Eglise belge a provoqué la polémique en prônant la clémence pour les prêtres pédophiles âgés mais surtout en comparant le fait de traduire en justice des prêtres abuseurs qui ne sont plus en fonction à une « sorte de vengeance qui n’a plus aucun résultat concret » et à de la « vindicte poussée jusqu’au bout ». Pour Mgr Léonard, dans ce cas, un jugement de ces prêtres pédophiles n’exerçant plus aucune responsabilité n’est pas nécessairement la réponse évidente et adéquate. « Ils doivent évidemment prendre conscience de ce qui s’est passé dans leur vie », souligne-t-il, mais il fait appel à une « solution humaine ».
L’archevêque de Malines-Bruxelles se demande si les victimes souhaitent vraiment qu’un prêtre de 85 ans soit tout d’un coup mis au pilori et décrié publiquement. « Je pense que la plupart ne souhaitent pas ça », déclare le primat de Belgique. Régis De Rath, le journaliste qui a réalisé le reportage de la RTBF, affirme pour sa part que les victimes qu’il a rencontrées ne se contenteraient pas d’un « joli pardon ». Elles désirent qu’un procès ait lieu. Mgr Léonard admet toutefois que les abuseurs soient punis s’ils sont encore en activité, « ne fût-ce que pour prévenir d’autres dérapages possibles ».
Les députées socialistes belges Karine Lalieux et Valérie Déom, membres de la Commission spéciale sur la pédophilie dans l’Eglise, estiment que les déclarations de Mgr Léonard appelant à la clémence pour les prêtres abuseurs qui ne seraient plus en fonction sont inacceptables. « Porter plainte en justice n’est pas se venger », relèvent les deux députées. Pour elles, il revient à la victime de décider si elle porte plainte, « c’est-à-dire d’être reconnue comme victime par la société ». Mi-octobre, Mgr Léonard avait provoqué une autre polémique en décrivant le sida comme une « sorte de justice immanente ». (apic/cathobe/belga/be)
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