Delémont: Congrès des missionnaires et agents pastoraux

D’une Eglise pour les personnes en déplacement vers une Eglise «en route»

Delémont (Jura), 28 octobre 2010 (Apic) Un congrès des missionnaires et agents pastoraux a eu lieu du 25 au 28 octobre. Une occasion pour mieux se comprendre et mettre en route une meilleure collaboration.

La Coordination nationale des missionnaires catholiques de langue italienne en Suisse (MCLI) en collaboration avec le Centre d’études des missionnaires scalabriniens à Bâle et avec Migratio, l’Office de la Conférence des évêques suisses pour la Pastorale des migrants et des personnes en déplacement, a organisé un congrès des missionnaires et agents pastoraux au Centre St-François à Delémont du 25 au 28 octobre.

Accueillis par Mgr Leandro Tagliaferro, coordinateur national des missionnaires à Lucerne et par Marco Schmid, directeur de Migratio à Fribourg, plus de soixante participants se sont penchés durant quatre jours sur les questions de la pastorale des migrants. Mgr Martin Gächter, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle, délégué de la CES pour les migrants, avait également fait le déplacement. L’objectif : mieux se comprendre, mettre en route une meilleure collaboration, «pour que tout le monde se sente chez soi dans une Eglise fraternelle». Au terme de la rencontre, des thèses ont été adoptées, au nombre de quatorze, destinées à être discutées dans les missions, mais aussi dans les diocèses et les paroisses de Suisse.

«Quelle Eglise voulons-nous être?»

Professeur autrichien de théologie et de sociologie pastorales, Martin Zulehner a introduit le sujet du congrès. Son exposé traitait des profonds changements et des nouveaux défis de l’Eglise catholique en Europe. La Suisse doit se faire à l’idée que sa situation confessionnelle est polychrome, sans oublier que Dieu est Dieu pour tous les hommes, pas seulement pour les baptisés. Ce n’est pas l’Eglise qui est en crise, dit encore Martin Zulehner, mais notre manière d’organiser l’Eglise.

La recherche de spiritualité qui est immense aujourd’hui se fait dans la culture profane alors que l’Eglise a les réponses aux questions-clés universelles, celles de Dieu et de la mort : «L’amour est plus fort que la mort». La pédagogie des rites et la mystagogie sont gratifiantes, pas la morale ou les discours, de l’avis de l’orateur : «Notre transformation au corps du Christ dans l’Eucharistie participe à la transformation du monde».

Pour le Père Tassello, la question n’est pas «Que devons-nous faire ? », mais «Quelle Eglise voulons-nous être ? » Il engage à parler de qualité plutôt de quantité, dans une Eglise où tous les baptisés d’où qu’ils viennent ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La présence des migrants rappelle aux croyants qu’ils sont tous étrangers sur cette terre, en chemin vers la véritable patrie.

Le rôle des missions dans les Unités pastorales

La session fut très dense, diverses présentations ont eu lieu : des témoignages de collaboration dans la diversité, un film sur une rencontre interculturelle des jeunes à Lucerne, la pastorale des jeunes, le projet de centre international de formation à Soleure.

Après avoir expliqué les concepts de proposition de la foi, de pastorale d’engendrement et d’unité pastorale, l’abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal de Fribourg, a émis un double vœu : que l’on se répartisse les responsabilités pastorales pour ne pas faire les choses à double, qui plus est en situation de manque de prêtres et que l’on établisse des «ponts» entre les différentes cultures, pour qu’il y ait un enrichissement réciproque. A son avis, la collaboration entre les missions d’immigration ancienne, comme les missions italienne et espagnole, et les Unités pastorales suisses doit être maximale. «Il est important que les missionnaires et les différents acteurs des missions linguistiques soient très liés aux options pastorales du diocèse, qu’ils les fassent leurs et les mettent en œuvre dans toute la mesure du possible».

Les thèses théologiques

«L’Eglise doit ouvrir les frontières entre les peuples et abattre les barrières entre les classes et les races. En son sein, il ne peut y avoir de personnes oubliées ou méprisées. Le vent et le feu de l’Esprit doivent sans relâche ouvrir ces frontières que nous les hommes continuons à élever entre nous ; nous devons toujours repasser de Babel à la Pentecôte», le préambule est de Benoît XVI. Les migrations politiques, économiques et religieuses des personnes et des communautés sont devenues un phénomène structurel qui implique toutes les nations et qui a une incidence profonde sur la vie des pays de départ et d’accueil. Le paysage religieux suisse se diversifie lui aussi. Comment les paroisses, les missions, les décanats, les corporations ecclésiastiques cantonales prennent-elles conscience de ce changement ?

Toute pastorale est en constante évolution. La pastorale migratoire ne peut plus être considérée comme une pastorale exclusivement sectorielle et spécifique destinée à s’estomper : elle est de par sa nature partie de la pastorale ordinaire. D’une pastorale pensée pour maintenir et conserver, il faudrait se diriger vers une pastorale missionnaire, dans laquelle l’acquisition d’une identité catholique prophétique serait plus importante que les structures. Des formations à la pastorale migratoire et interculturelle, une catéchèse dans une option interculturelle, devraient pouvoir être proposées. Au-delà du folklore et des aspects culinaires, les paroisses sont-elles sensibles à la présence des diversités ?

Un regret

Les paroisses suisses n’ont guère montré leur intérêt au congrès. Manque de prêtres des deux côtés, une collaboration plus intensive serait pourtant profitable en particulier sur le plan liturgique. Les églises sont pleines lors de messes multilingues et autres «Thomasmesse». Ils sont 68 prêtres italiens en Suisse, dont 5 à temps partiel et 18 assistants pastoraux. Il faut s’attendre à un recul du nombre d’aumôniers ces prochaines années.

Migratio souhaite que les paroisses suisses participent à la discussion des thèses pratiques. Celles-ci ont été élaborées en ateliers durant deux jours à Delémont, sur la base des thèses théologiques. Elles seront largement diffusées lorsqu’elles auront été mises en forme. Elles apparaîtront sur le site internet https://www.kath.ch/migratio

(apic/mr/amc)

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