Bagdad: Le Saint-Siège à l’ONU appelle à la fin des discriminations envers les chrétiens

Crainte d’un nouvel exode des chrétiens d’Irak

New York/Bagdad, 2 novembre 2010 (Apic) 2 jours après l’attaque meurtrière de l’église syriaque catholique de Notre-Dame du Perpétuel secours (Saiydat al-Najat) à Bagdad, qui a fait plus de soixante morts – notamment des femmes et des enfants, les terroristes et sept membres des forces de sécurité – le Saint-Siège est intervenu à l’ONU.

Mgr Francis Chullikatt, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies à New York, a demandé «la fin de la discrimination envers les chrétiens». Des terroristes se réclamant de l’organisation «Etat islamique d’Irak», la cellule irakienne d’Al-Qaïda, ont commis dimanche soir un carnage dans l’église syriaque catholique de Notre-Dame du Perpétuel secours, au centre de la capitale irakienne, tout près de la «zone verte» hautement sécurisée.

Deux prêtres ont été tués lors de l’assaut de l’église, le Père Thair Sad-alla Abd-al et le Père Waseem Sabeeh Al-kas Butros, tandis qu’un autre prêtre, le Père Raphael Alkotaily, a été blessé et a dû subir plusieurs opérations à l’hôpital Ibn Al-Nafis de Bagdad.

Mgr Francis Chullikatt, ancien nonce apostolique en Irak et en Jordanie, qui connaissait personnellement certaines victimes, a souhaité consacrer son discours à la discrimination raciale et à l’intolérance religieuse. Il a exhorté la communauté internationale à ne pas passer sous silence la situation des chrétiens «qui, de par le monde, sont chassés de leurs maisons, torturés, emprisonnés, tués, forcés à renier leur foi ou à se convertir».

Dans son intervention, Mgr Chullikatt a particulièrement appelé les dirigeants nationaux et internationaux à protéger le droit à la liberté religieuse de ces personnes et de ces communautés.

Le même jour, lors de la prière de l’angélus, Benoît XVI avait déjà condamné la violence «absurde et féroce» de ce très grave attentat et lancé un nouvel appel pour la paix en demandant les efforts des institutions nationales et internationales afin «que cesse toute violence».

Funérailles mardi à Bagdad

Dans la soirée du 31 octobre, une messe dans la cathédrale syriaque catholique de Bagdad a tourné au carnage. Une centaine de chrétiens ont ainsi été pris en otages par un groupe de la mouvance d’Al-Qaïda. Lors de l’assaut des forces de sécurité irakiennes et des troupes américaines, la prise d’otages s’est soldée par un bain de sang, faisant plus de 60 morts. Les obsèques des dizaines de fidèles tués lors de l’attaque ont été célébrées mardi après-midi à l’église chaldéenne de St-Joseph, non loin du lieu du carnage, au centre de la capitale irakienne. C’est l’évêque syriaque catholique de Bagdad, Mgr Matti Shaba Matoka, qui a présidé la cérémonie, alors que les forces de sécurité s’étaient déployées en nombre pour protéger les fidèles.

Dans une interview accordée à l’agence catholique italienne Sir, Mgr Shlemon Warduni, vicaire épiscopal et évêque auxiliaire chaldéen de Bagdad, a déclaré lors des funérailles s’attendre à un nouvel exode des chrétiens d’Irak. Une majorité de chrétiens ont en effet quitté le pays depuis l’invasion américaine de 2003, pour se réfugier soit à l’étranger soit au Kurdistan irakien, une région autonome où leur sécurité est davantage garantie. Les chrétiens sont actuellement bien moins d’un demi-million en Irak, soit le tiers de leur nombre il y a trois décennies. Sur les 65 couvents et églises à Bagdad, près de 40 ont déjà subi des attentats.

«Les fidèles cherchent à émigrer non seulement vers le Nord (la région autonome du Kurdistan irakien, ndr), mais directement à l’étranger. Chaque fois que nous réussissons à récupérer un peu d’espérance au sein de nos communautés surgissent des faits toujours pires, qui nous font retomber dans le désespoir. Jamais auparavant la violence avait touché aussi férocement des personnes sans défense et en prière. Les premiers qui sont arrivés sur place après l’attaque ont déclaré avoir cheminé parmi les cadavres dispersés dans tous les coins de l’église».

«Il ne reste plus qu’à espérer contre toute espérance!»

Mgr Warduni ne croit pas du tout à la revendication d’Al-Qaïda. Pour lui, ce qui est en jeu, ce sont avant tout «les divisions sectaires dans ce pays affaibli aussi par l’absence d’un gouvernement fort capable de faire respecter la loi». Rappelant qu’il y a juste une semaine se terminait à Rome le Synode des évêques pour le Moyen-Orient, qui parlait de paix et de réconciliation pour toute la région, Mgr Warduni déclare: «Quelles sont loin ces invocations, il ne reste plus qu’à se cramponner à la foi et espérer contre toute espérance!».

Pour sa part, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève, a fermement condamné le carnage contre les fidèles catholiques de Bagdad, le qualifiant «d’acte de terreur criminel». Le COE s’est dit profondément troublé par la souffrance continuelle que doivent endurer les chrétiens en Irak. Le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, a relevé que ce n’est pas la première fois que de telles attaques visent les communautés chrétiennes en Irak.

Il estime que ceux qui en sont responsables doivent être amenés devant la justice. Pour lui, les autorités devraient prendre leurs responsabilités pour assurer la sécurité à tous les citoyens irakiens, en particulier ceux qui sont les plus vulnérables. Le pasteur Tveit a fait ces commentaires juste avant d’ouvrir les débats du colloque international sur les préoccupations communes des chrétiens et des musulmans, qui se tient jusqu’au 4 novembre au Centre œcuménique à Genève.

Encadré

Une attaque qui affecte gravement la communauté chrétienne d’Irak

Cette attaque affecte gravement la petite communauté chrétienne qui subsiste à Bagdad, a déclaré mardi à l’Apic la théologienne irakienne Lusia Shammas Markos, fondatrice de l’ONG «Basmat al-Qarib» (Le sourire du prochain). Fondée en 2004, l’Association Basmat al-Qarib oeuvre en Suisse pour promouvoir la coopération entre la Suisse et l’Irak dans les domaines des droits de la femme et de la famille. «C’est tragique, nous sommes sans voix. C’est la première fois qu’ils pénètrent dans une église pour prendre les fidèles en otages et les tuer… Ils ont assassiné deux jeunes prêtres, qui étaient très actifs à Bagdad. Ils maintenaient des contacts très forts avec la jeunesse, ils rassemblaient jeunes chrétiens et jeunes musulmans!»

Le Père Waseem a passé une semaine à Fribourg en juillet dernier

Lusia Shammas, qui habite aujourd’hui Yverdon-les-Bains, rappelle que le Père Waseem, un jeune prêtre de 27 ans ordonné il y a trois ans, avait passé une semaine à Fribourg en juillet dernier. L’association «Basmat al-Qarib» avait beaucoup de projets auquel le jeune prêtre collaborait. Le Père Thair était également un jeune prêtre – il avait 32 ans – très engagé. «Quand les terroristes sont entrés dans l’église, témoigne Lusia Shammas, les deux prêtres leur ont tour à tour demandé de les prendre, eux, et de libérer les fidèles, mais ils ont été frappés. Ils ont tenté de donner leur vie pour sauver les autres, mais les terroristes les ont tués! Les chrétiens quittent Bagdad, les églises ferment les unes après les autres, maintenant le mouvement va s’accélérer. Nous ne savons plus que faire… Il faut sensibiliser la communauté musulmane, qu’elle s’élève contre cette barbarie. Les musulmans doivent crier à notre place!». (apic/be)

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