Mexique: Une chapelle aurait été construite avec l’argent de la drogue
Mexico, 4 novembre 2010 (Apic) Les responsables de l’Etat et de l’Eglise ont lancé une investigation sur de possibles donations des cartels de la drogue aux églises. Au centre de l’affaire, une plaque commémorative dans une chapelle de San Cayetano, dans la ville de Pachuca au Mexique, portant le nom d’un baron de la drogue. L’archevêché de Mexico, s’insurge contre un négoce qui «fait la honte de certaines communautés catholiques».
L’affaire a commencé par la publication en octobre d’un article dans le quotidien mexicain «Reforma». Selon le journal, une plaque commémorative dans une chapelle de la paroisse de San Cayetano porterait l’inscription suivante: «Centre d’évangélisation et de catéchèse Jean-Paul II, donné par Heriberto Lazcano Lazcano». Suite à cet article, une investigation a été lancée contre un prêtre soupçonné, par la «Procuraduría General de la República» (PGR), le Ministère publique du Mexique, d’entretenir des relations avec les narcotrafiquants La PGR enquête également sur l’archevêché de Tulancingo, dans l’Etat d’Hidalgo, auquel appartient la communauté El Tezontle, liée à la chapelle, d’après le quotidien «Diario de Yucatan» (1 et 2 novembre).
Heriberto Lazcano Lazcano, dit «El Lazca» ou «El Verdugo» (le Bourreau), est considéré par la PGR, comme le chef de Los Zetas, un des plus violents groupes de narcotrafiquants du pays. Le gouvernement mexicain offre une récompense équivalente à 2.1 millions de dollars pour quiconque livrera «El Lazca».
D’après le Père Hugo Valdemar Romero, porte-parole de l’archevêché de Mexico, cela fait plus d’une décennie qu’il est interdit aux prêtres de recevoir des donations conséquentes dont ils ne connaissent pas la provenance. S’il devait arriver qu’ils acceptent de tels dons, ils devraient les remettre aux autorités. De cette manière, on évite de blanchir l’argent et les consciences. Le porte-parole affirme que si le prêtre soupçonné devait être reconnu coupable d’avoir reçu un «narcolimosna», une aumône de la drogue, il devrait en répondre devant les autorités civiles et non devant les seules autorités ecclésiales.
Pour le Père Romero, le cas de la chapelle de la paroisse de San Cayetano ne doit pas être généralisé. Il existe des événements isolés qui laissent malheureusement entendre qu’aucun secteur de la société n’est a l’abri de la séduction de l’argent mal acquis des narcotrafiquants, l’Eglise y compris.
L’archevêché de Mexico a admis, dans sa revue hebdomadaire «Desde la fe», «qu’à la honte de certains communautés catholiques, des soupçons pèsent sur des bienfaiteurs qui, en lien avec les narcotrafiquants, auraient offert de l’argent, issu du plus sale et sanglant négoce, pour la construction de chapelles, ce qui est immoral et doublement condamnable.» Et d’ajouter «Rien ne saurait justifier qu’on accepte une telle situation».
Selon le «Diario de Yucatan», Manuel Corral, secrétaire exécutif des Relations publiques de la Conférence épiscopale du Mexique a, quant à lui, signalé que les évêques n’avaient pas enregistré de cas de prêtres liés aux narcotrafiquants et que, s’ils devaient en détecter un, ils le dénonceraient. Manuel Corral remarque que le trafic de narcotiques est une réalité et que le Père Valdemar est «très courageux» de remettre la situation en question et de souligner que beaucoup d’institutions ne sont pas exemptes de liens condamnables.
Huberto Franco Carrasco, prêtre de la paroisse de San Cayetano arrivé un mois après l’inauguration de la chapelle, se dit prêt à comparaître devant le PGR et assure qu’il ne s’agit pas d’une donation directe à l’Eglise. Il affirme ne pas connaître Heriberto Lazcano Lazcano et ne pas avoir su de qui il s’agissait. Le prêtre affirme également que s’il se révélait que la chapelle ait été construite avec l’argent du chef de Los Zeta, il n’arrêterait cependant pas de l’utiliser. «On doit poursuivre l’utilisation de la chapelle, elle a été donnée pour les gens d’ici et c’est ici qu’on rend les services dont ils ont besoin. L’eucharistie et les baptêmes ont lieu dans les bâtiments», plaide-t-il.
D’après Hugo Valdemar Romero, le prêtre incriminé n’est plus en exercice mais il n’est pas non plus emprisonné. Le curé n’a pour l’heure pas été identifié. Le porte-parole souligne que les autorités doivent d’abord faire la preuve de la culpabilité du prêtre. «Le curé, au travers d’autres prêtres, me fait dire qu’il n’a rien à voir avec cette histoire, qu’il ne connaît pas Heriberto Lazcano Lazcano. Je désire croire que ce curé est innocent», déclare-t-il. Le Père Valdemar rejette l’idée que le prêtre en charge de la chapelle soit en danger, maintenant qu’il est sous les feux médiatiques.
La guerre que se livrent les narcotrafiquants entre eux et que les cartels de la drogue livrent à l’Etat fédéral aurait fait plus de 28’000 morts au cours de ces quatre dernières années au Mexique, d’après le service d’information catholique CNS. En plus du trafic de la drogue, les cartels enlèvent des individus et rançonnent leurs familles.
Exemple de la violence des narcotrafiquants, un charnier a été découvert par la police le 2 novembre près d’Acapulco. Il contenait 18 corps, selon le Figaro. (apic/ag/amc)
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