«Un bien pour un mal» selon le primat Chenouda III

Egypte: La menace d’Al-Qaïda crée un vaste élan de solidarité envers les chrétiens coptes

Le Caire, 5 novembre 2010 (Apic) L’Etat islamique d’Irak (ISI), un groupe proche d’Al-Qaïda, a menacé de s’en prendre aux chrétiens coptes d’Egypte, s’ils ne libéraient pas deux chrétiennes converties à l’islam et prétendument emprisonnées dans un couvent. Des menaces qui ont suscité une vague de solidarité sans précédant pour les Coptes égyptiens, qui réjouit les dignitaires religieux. L’ISI a revendiqué l’attaque sanglante contre une cathédrale syriaque catholique, qui a fait 53 morts le 31 octobre à Bagdad.

Selon L’Agence France presse (AFP), l’organisation terroriste islamiste a déclaré, mercredi 3 novembre, que les chrétiens d’Egypte étaient désormais des « cibles légitimes », en raison de leur refus de « libérer deux chrétiennes converties à l’islam ». L’ISI réclame la libération de ces deux femmes qui, selon lui, sont « emprisonnées dans des monastères coptes ». Il avait fixé un ultimatum de 48 heures à l’Eglise copte d’Egypte pour les libérer. Ultimatum qui a expiré le 4 novembre.

Le 5 novembre, le patriarche d’Alexandrie des coptes Antonios Naguib a assuré dans les colonnes du quotidien italien « Avvenire », qu’aucune femme islamique n’était retenue dans les couvents d’Egypte. Il a précisé que l’ouverture des églises, ainsi que des couvents orthodoxes et catholiques, pourrait convaincre tout le monde qu’ils ne renferment ni arsenal ni prisonniers.

Unanimement condamnée

La menace d’Al-Qaïda a suscité une vague de solidarité en Egypte. Les dignitaires religieux, intellectuels, médias l’ont unanimement condamnée, tout en la dénonçant comme une atteinte à « l’unité nationale ». Le gouvernement a pour sa part renforcé les mesures de sécurité autour des églises.

Le porte-parole du cheikh Ahmed al-Tayyeb, grand imam de l’Institut Al-Azhar, le plus haute autorité de l’islam sunnite, a rappelé que « l’islam garantit la liberté de culte et interdit les agressions contre les églises ». Il a condamné la menace de la branche irakienne d’Al-Qaïda, tout en faisant observer qu’elle ne servait « que ceux qui veulent provoquer la dissension et porter atteinte à l’unité nationale ».

Les Frères musulmans, première force politique de l’opposition en Egypte, ont aussi fustigé la menace terroriste d’Al-Qaïda en Irak, tout en se démarquant de celle-ci. « Les Frères musulmans refusent toute menace stupide contre les lieux de culte chrétiens en Egypte, de la part de qui que ce soit et quel qu’en soit le prétexte», peut-on lire sur leur site internet.

Multiples interventions

Dans la presse également, les prises de position en faveur des coptes se sont multipliées. Elles contrastent avec les nombreux articles de ces dernières semaines relatant des frictions entre chrétiens coptes et musulmans sur les questions de divorce, de conversion ou encore d’interprétation du Coran.

Pour Emad Erian, un éditorialiste du quotidien gouvernemental al-Ahram, la menace d’Al-Qaïda visant les Coptes d’Egypte est en fait une menace contre tous les Egyptiens. C’est aussi « un prétexte pour détruire l’unité nationale ». Dans le même journal, Sayyed Badawi, le chef du parti d’opposition libéral Wafd, a rappelé que musulmans et coptes sont « tous des égyptiens ». Ils ne peuvent pas accepter des menaces contre leur identité nationale.

La presse et des responsables de la sécurité du pays ont relevé un renforcement « discret » de la protection des lieux de culte coptes. L’Eglise copte est la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Elle représente entre 6 et 10% des 80 millions de la population égyptienne.

Poursuivre le dialogue

Face à ce vaste élan de soutien envers son Eglise, le primat Chenouda III a déclaré que la menace d’Al-Qaïda en Irak contre les Coptes a involontairement fait du bien à la communauté et à son pays. « Le message qui nous est parvenu a déclenché une vague de sympathie », s’est réjoui Chenouda III dans son adresse hebdomadaire aux fidèles, en la cathédrale Saint-Marc au Caire, rapporte le journal catholique français La Croix.

Le futur cardinal Naguib a, pour sa part, souligné que les Egyptiens doivent comprendre que derrière les apparences religieuses se cachent des intérêts politiques. Le patriarche s’est félicité que l’attaque a également été condamnée par les musulmans et il a souligné que le dialogue entre chrétiens et musulmans doit se poursuivre. (apic/ag/am/Ibc/nd)

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