Mgr Dominik Duka parmi les docteurs honoris causa de l’Université de Fribourg
Fribourg, 15 novembre 2010 (Apic) A l’occasion du 121e Dies academicus de l’Université de Fribourg, le 15 novembre 2010, la Faculté des lettres a décerné le titre de docteur honoris causa à Roger de Weck. Ce célèbre journaliste d’origine fribourgeoise prendra dès janvier prochain la tête de SSR idée suisse. La Faculté de théologie a, quant à elle, honoré Mgr Dominik Duka, archevêque de Prague depuis le 10 avril dernier, qui fut prêtre clandestin durant 15 ans, ce qui lui valut de passer deux ans dans les geôles du régime communiste tchécoslovaque. Deux autres doctorats honoris causa ont été décernés lors de la cérémonie à l’aula de l’Université.
La Faculté de théologie a voulu récompenser l’engagement du religieux tchèque pour la foi chrétienne et la vie ecclésiastique dans un pays où, avant la chute du communisme, «la foi était particulièrement opprimée». En effet, Mgr Duka a dû exercer clandestinement son ministère entre 1975 et 1989, tout en travaillant comme ouvrier à l’usine de voitures ZVU de Hradec Králové.
De 1981 à 1982, le religieux dominicain est emprisonné à Plzen-Bory avec l’écrivain dissident Václav Havel – qui allait devenir plus tard président de la République – à cause de son enseignement, ses publications clandestines et ses contacts à l’étranger. Auteur de nombreux livres d’introduction à l’Ecriture Sainte, à la théologie et à la prière, dont récemment le magistral «Lutter pour l’humanité: esquisse d’une anthropologie biblique», il a également participé à l’édition tchèque de La Bible de Jérusalem.
Ancien rédacteur en chef du quotidien zurichois «Tages Anzeiger» puis de l’hebdomadaire allemand «Die Zeit», homme de presse et de lettres, successeur désigné d’Armin Walpen au poste de directeur général de la SSR, Roger de Weck, par son parcours à la fois interdisciplinaire et bilingue, est «caractéristique de la culture que l’Université de Fribourg entend défendre et promouvoir». En 2001, il devient chroniqueur politique et journaliste indépendant de presse écrite et audiovisuelle, puis chargé de cours au Collège d’Europe à Bruges et Varsovie. Dans «Après la crise», publié en 2009, il plaide pour une remise en question profonde du capitalisme. Depuis 2004, il préside le conseil de fondation de l’Institut de hautes études internationales à Genève.
La Faculté de droit a honoré Charles H. Gustafson, professeur de droit à la Georgetown University de Chicago, et spécialiste internationalement reconnu du droit et de la politique fiscale, du droit international et des transactions de business international. Pour sa part, la Faculté des sciences économiques et sociales a décerné le titre de docteur honoris causa au professeur Dominique de Werra, doyen des affaires internationales de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
Le Dies academicus 2010, placé sous la présidence d’honneur de l’ancien conseiller fédéral valaisan Pascal Couchepin, avait débuté par une messe présidée par Mgr Norbert Brunner, président de la Conférence des évêques suisses (CES). Dans son homélie, l’évêque de Sion a relevé la difficulté de témoigner de la foi dans un contexte où Dieu est de plus en plus absent. Il a estimé que les conquêtes scientifiques sont des bénédictions pour l’humanité dans la mesure où l’Homme accepte avec humilité sa corrélation avec Dieu.
Mais il a rappelé que nombre d’hommes cherchaient à se libérer de la référence à Dieu voire carrément à le nier, ce qui ne mène pas à la liberté, mais au contraire à l’anarchie, au relativisme sans engagement où chacun veut être son propre Seigneur et maître.
Présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Instruction publique (CDIP), la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot a pris bonne note – toutefois sans rien promettre – des demandes du recteur de l’Université Guido Vergauwen concernant les nouveaux besoins tant financiers qu’en locaux de l’Alma mater friburgensis. La directrice de l’Instruction publique fribourgeoise a déploré que des voix de plus en plus nombreuses remettent en cause l’idéal démocratique de l’accès le plus large possible aux études universitaires, voulant les réserver à une élite.
«Nos institutions restent de taille modeste et les formations offertes sont d’excellent niveau. Or, ces derniers temps, des voix s’élèvent pour en limiter l’accès, pour revendiquer une sélection, pour permettre aux universités de ne choisir que les meilleurs étudiants. Pour l’instant, seul l’accès au master des étudiants étrangers semble être discuté, mais je crains que ne soit finalement visé le principe du passage automatique bachelor-master pour tous les étudiants, ce qui serait inacceptable à mon sens», a-t-elle lancé.
Dans son allocution, Pascal Couchepin – qui a relevé que s’il n’a pas lui-même étudié à Fribourg, son fils l’a fait – a salué le bilinguisme qui est la marque de cette Université. Pour l’ancien conseiller fédéral, Fribourg est l’un de ces lieux où se forge l’unité de la Suisse. Et de déplorer que l’on passe trop facilement à l’anglais – au détriment des langues nationales du pays – dans une vision par trop «utilitariste». Ce rôle de pont que joue Fribourg est à ses yeux éminemment important pour le pays qui un jour, si on n’y prenait pas garde, pourrait sinon éclater, du moins voir ses diverses communautés s’éloigner les unes des autres. Pour lui, il est nécessaire au contraire que la Suisse s’enrichisse de ses différences.
Saluant le rôle que joue, avec ses 10’000 étudiants l’Université de Fribourg dans le canton et la région, le préfet de la Sarine Carl-Alex Ridoré a estimé qu’elle a, dès la fin du XIXe siècle, «largement contribué à forger notre développement». Le préfet estime cependant que l’Université n’apporte pas seulement une plus-value économique, «mais la formation et le savoir ne sont pas uniquement des facteurs de croissance et de compétitivité. Ils sont également des fondements essentiels de l’engagement citoyen et, partant, des éléments constitutifs de notre démocratie». Le recteur Guido Vergauwen a conclu les allocutions avec un long message à deux voix – avec le recteur Antonio Loprieno, de l’Université de Bâle, la plus ancienne de Suisse, qui fête cette année son 550e anniversaire, elle qui fut fondée en 1460 dans le sillage du Concile de Bâle, avec la bénédiction d’un pape. (apic/be)
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