«L’unique base légitime d’une démocratisation»

Berne: Swisspeace propose une réflexion sur la façon d’organiser des élections dans les zones de conflit

Berne, 16 novembre 2010 (Apic) Lors de la conférence annuelle de swisspeace, la Fondation suisse pour la paix, qui a eu lieu le 16 novembre à Berne, des experts suisses et internationaux se sont penchés sur la manière d’organiser des élections dans des zones de conflit, afin qu’elles contribuent à la pacification de la région en question. Dans un communiqué publié ce jour, swisspeace estime qu’il est important que les élections ne soient pas organisées trop rapidement après la fin d’un conflit armé, comme le montrent les exemples récents de l’Irak et de l’Afghanistan.

Dans la plupart des pays qui ont traversé une longue période de conflit armé ou de guerre civile, les conditions pour l’organisation d’élections réussies ne sont souvent pas données. L’insécurité y est encore grande, les infrastructures ne sont pas adéquates et le climat politique est tendu. «Malgré cela, les élections constituent l’unique base légitime d’une démocratisation, d’un partage du pouvoir et des modèles pacifiques de résolution d’un conflit», remarque George Lutz, expert suisse en matière d’élections. Il ajoute que les processus et systèmes électoraux doivent être organisés de manière à ce que la population les considère légitimes et qu’ils ne contribuent pas à exacerber des conflits existants.

Pas de recette miracle

L’organisation d’élections dans les zones de conflits est devenue un outil central de la promotion de la paix. Les élections ont pour objectif de promouvoir la démocratisation et la stabilité. Elles peuvent toutefois aussi contribuer à l’apparition de nouvelles vagues de violence ou au renforcement des conflits existants. Il est notamment important qu’elles ne soient pas organisées trop rapidement après la fin d’un conflit armé, comme le montrent les exemples récents de l’Irak et de l’Afghanistan.

S’il n’existe pas de recette miracle, certains aspects sont considérés indispensables: la mise en place d’un environnement sécurisé, un cadre légal accepté par la population et prévoyant un certain partage du pouvoir, mais aussi le renforcement des commissions électorales qui ont pour mission d’évaluer les candidates et candidats. D’autres mesures d’accompagnement jouent également un rôle important. Des médiatrices et médiateurs locaux bien intégrés dans la société peuvent ainsi contribuer à prévenir ou endiguer la violence.

Pacification

Les accords de paix conclus à l’issue d’une guerre civile ou d’un autre conflit contiennent aujourd’hui presque toujours des dispositions relatives à la tenue d’élections. Celles-ci ont pour but de contribuer à transformer les groupes armés en partis politiques pacifiques, de favoriser l’accession au pouvoir d’un gouvernement légitime et de tirer plus rapidement un trait sur le passé violent en accélérant le processus de démocratisation.

Les élections ne constituent toutefois pas la recette miracle souvent vantée par la communauté internationale. Elles engendrent des vainqueurs et des vaincus, déterminent quels groupes auront accès aux ressources du pays et favorisent la polarisation de la population. Les exemples récents des élections organisées en Afghanistan, en Irak ou encore en Guinée montrent que celles-ci peuvent, lorsqu’elles ont lieu dans des contextes politiques instables, contribuer à l’apparition de nouvelles vagues de violence.

Le rôle de la communauté internationale

Ces dernières années, la communauté internationale a fréquemment insisté pour que des élections soient organisées rapidement après la conclusion d’un accord de paix. Ce n’est que très récemment qu’elle a pris conscience des défis liés à la tenue d’élections. Les organisations internationales comme l’ONU, UE ou l’OSCE peuvent toutefois apporter un soutien important aux pays en question, comme l’ont souligné différents intervenants lors du débat public qui a suivi les présentations.

Markus Leitner, chef de la section politique de paix de la division politique IV du DFAE, a présenté la contribution de la Suisse à la préparation et à l’organisation d’élections dans des pays sortant d’un conflit armé: «La Suisse soutient la réforme de lois et systèmes électoraux et promeut le dialogue entre les partis politiques, la mise en place de réseaux de la société civile et la formation de médiateurs destinés à servir d’intermédiaire en cas de conflits électoraux. Un aspect central est la confiance que la population et les partis accordent aux élections: plus le processus est professionnel et transparent, plus le potentiel conflictuel sera faible.» (apic/com/nd)

Encadré

Fondation suisse pour la paix swisspeace

Swisspeace a été fondée en 1988, à Berne, afin de promouvoir la recherche sur la paix en Suisse. La Fondation suisse pour la paix a pour but de contribuer à la réduction durable de la violence, notamment par une cohabitation sociale et étatique. Cet institut internationalement reconnu emploie aujourd’hui environ 30 collaborateurs et collaboratrices.

Swisspeace compte parmi ses principaux mandants le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et le Fonds national suisse. Plus d’infos sur le site www.swisspeace.org. (apic/com/nd)

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