Zurich: Interview de la future présidente de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes
Zurich, 16 novembre 2010 (Apic) «L’œcuménisme n’est pas un luxe mais une part essentielle de l’identité chrétienne», déclare Adèle Kelham. La future présidente de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes de Suisse (CTEC) est la première femme à occuper ce poste. Cette physicienne et théologienne anglicane, mère de quatre fils et grand-mère de deux petits-enfants, entrera en fonction le 1er janvier 2011.
Apic: Vous allez devenir présidente de la CTEC, pourquoi vous engager dans l’œcuménisme?
Adèle Kelham: Il y a longtemps que je m’engage, entre autres dans la CTEC Vaud mais également dans d’autres cantons. Il s’agit d’un travail important car l’Eglise ne peut pas vraiment remplir sa mission si elle est divisée. Comment pouvons-nous montrer l’amour de Dieu au monde si nous n’aimons pas nos frères chrétiens respectueusement et de tout notre cœur? Comment pouvons-nous exiger la paix de Dieu et la justice dans le monde lorsque nous ne nous soutenons pas mutuellement? L’œcuménisme n’est pas un luxe mais une part essentielle de l’identité chrétienne.
La CTEC Suisse propose plusieurs engagements possibles, par la diffusion de la Charte œcuménique, par les prières et actions communes qui montrent l’unité dans le Christ. Décerner le label œcuménique à des projets qui rendent cette unité visible participe du même effort.
Apic: Bien que vous ayez d’abord étudié la physique, vous êtes aujourd’hui théologienne. Pourquoi?
Adèle Kelham: J’ai d’abord choisi les études scientifiques parce que l’Eglise d’Angleterre ne reconnaissait pas l’ordination des femmes. Déjà enfant, je présentais que ma vocation se trouvait dans le sacerdoce. Comme il m’était impossible de devenir prêtre, je me suis décidée pour les sciences naturelles. J’appréciais ces disciplines qui m’avaient beaucoup plu à l’école déjà.
Apic: Qu’est-ce qui vous fascinait dans la physique?
Adèle Kelham: Comprendre le monde ou une partie du moins. Je désirais savoir comment les choses fonctionnaient et comment les parties du tout étaient reliées.
Apic: Et ensuite, l’étude de la théologie…
Adèle Kelham: Pour moi, c’était une nécessité. J’ai été éduquée chrétiennement et je voulais mieux connaître l’aspect académique de ma foi. J’ai senti très tôt que j’appartenais au sacerdoce et, à un moment, l’Eglise a été du même avis que moi. Les études de théologie m’ont beaucoup servi dans la préparation de l’ordination.
Apic: Théologie et physique: comment ces deux pôles interagissent-ils dans votre vie?
Adèle Kelham: Un pôle me donne une compréhension sur l’autre: un pôle considère la création, l’autre le créateur. Les deux cherchent la vérité.
En tant que chrétien et chrétienne, nous sommes constamment en chemin, la vie est comme un pèlerinage. L’approfondissement de notre compréhension de la création et du créateur se reflète dans notre vie, sous la forme de la reconnaissance, de la louange, de l’admiration et de la joie. Lorsque notre compréhension est incomplète, qu’il y a beaucoup de choses que nous ne comprenons pas – comme nous le montre les deux pôles -, nous suivons celui qui est pour nous le chemin, la vérité et la vie.
Apic: Vous êtes mère de quatre fils, dont deux adoptés. Comment cela a-t-il influencé votre vie?
Adèle Kelham: D’un point de vue pratique, cela signifie que je n’ai pas exercé de métier pendant plusieurs années. Mais être parent est un enrichissement de vie sans précédent.
Apic: Vous êtes devenue veuve tôt et avez éduqué vos enfants seule. Que pouvez-vous nous dire de cette expérience que vous partagez aujourd’hui avec de nombreuses femmes?
Adèle Kelham: Eduquer ne vient pas de soi. Mais c’est le cas également lorsqu’on éduque à deux. Il faut un groupe de soutien, la famille, les amis, mais également des professionnels comme des médecins, des enseignantes et enfin la grâce de Dieu. Les enfants apportent énormément de bonheur mais aussi une douleur inconcevable car l’amour nous rend toujours vulnérables.
Apic: Vous êtes prêtre de l’Eglise anglicane. Qu’est-ce qui est particulièrement important pour vous dans cette fonction?
Adèle Kelham: Tout d’abord le fait de rompre le pain. Pour moi, la célébration de la cène, la célébration du corps du Christ au cœur de notre vie commune comme corps du Christ. La communion incarne l’essentiel de l’anglicanisme, mot de Dieu, sacrement et louange.
Apic: Vous avez également des responsabilités en lien avec beaucoup de vos collègues. Qu’en est-il exactement de cette charge?
Adèle Kelham: L’Eglise anglicane sur le continent européen dépend du diocèse de Gibraltar. Ce diocèse est une partie de l’Eglise d’Angleterre, de la province de Canterbury. Il y a partout en Europe des paroisses anglicanes.
Depuis 1994, l’Eglise d’Angleterre reconnaît l’ordination des femmes. Lorsqu’une grande organisation introduit une nouveauté, on cherche à prévenir les difficultés qui pourraient en résulter. Ainsi chaque diocèse choisit un conseiller diocésain sur le ministère des femmes. Je suis la conseillère du diocèse d’Europe. Nous avons plus de 30 femmes prêtres en Europe.
Parmi mes tâches, il y a l’accompagnement et le soutien pastoral. Je donne également des conseils au sujet des objectifs et programmes sur les revendications de la relève des ministères féminins.
Apic: Quelles sont les opportunités et les problèmes liés au ministère des femmes?
Adèle Kelham: Il y a 10 ou 15 ans, les femmes ordonnées étaient rares. A l’époque, nous combattions l’inconnu de la situation. Les expériences de ces années montrent que les femmes peuvent exercer leur fonction autrement que les hommes. Au travers de cette altérité, la fonction de prêtre s’enrichit et se diversifie. Actuellement, les problèmes sont liés à l’encouragement des femmes pour qu’elles postulent à des fonctions dirigeantes.
Apic: Et comment vous reposez-vous avec tous ces engagements?
Adèle Kelham: Je vais volontiers faire de la randonnée, aussi dans les montagnes. Je lis, pas seulement des choses sérieuses, aussi des policiers et des histoires pleines d’humour. Je vais aussi au théâtre et soigne avec beaucoup d’énergie les contacts avec les membres de ma famille, avec mes amis et amies.
Apic: Sous quelle devise voudriez-vous placer votre travail de présidente?
Adèle Kelham: Prier avec et pour les autres.
Des photos peuvent être commandées chez Christiane Faschon: info@agck.ch (apic/cf/gs/amc)
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