Une expérience à vivre
Arabie saoudite, 17 novembre 2010 (Apic) Le pèlerinage de La Mecque, qui s’est terminé le 16 novembre avec l’Aïd-el-Kébir, attire toujours plus de jeunes musulmans français bien insérés socialement et très religieux, rapporte le quotidien français «La Croix».
Karim Dardim, pharmacien à Limoges, marié et père de deux enfants, a accompli le hadj (*) dès la fin de ses études. «Comme on ne vit pas forcément soixante-dix ans, au lieu de m’acheter une belle voiture, j’ai décidé de partir avec mon épouse», confie-t-il au journal «La Croix». De même pour Brahim Belghiti, agent technique dans les télécommunications, et son épouse, qui ont renoncé à «un grand voyage de noces» pour accomplir le pèlerinage à La Mecque cette année.
Selon Omar Saghi (**), sociologue, les 20’000 à 30’000 musulmans français qui ont célébré, le 16 novembre l’Aïd-el-Adha ou Aïd-el-Kébir (***) à La Mecque, traduisent une «surreprésentation». «La France envoie (…) à peu près le même nombre de pèlerins (…) que l’Algérie ou le Maroc. Et parmi eux, une importante proportion de jeunes, entre le tiers et la moitié. Un rajeunissement étonnant quand, traditionnellement, les pèlerins du monde entier remplissaient cette obligation au soir de leur vie, pour expier leurs péchés et dans la perspective d’un au-delà tout proche», confie le sociologue au journal «La Croix».
Selon Karim Dardim, une explication de ce phénomène serait la meilleure insertion socio-économique des jeunes issus de l’immigration. «Les premières générations d’immigrés musulmans attendaient la retraite, car ils avaient des métiers de main-d’œuvre», déclare le jeune pharmacien de Limoges.
L’attrait du hadj auprès des jeunes musulmans français exprime «le rapport différent que certains d’entre eux entretiennent avec la religion». Jimmy Maizeroi – chef de groupe des Scouts musulmans de France en Seine-Saint-Denis et coordinateur de l’opération «Accueil pèlerins» organisée à l’aéroport de Roissy – constate qu’aujourd’hui, la recherche de spiritualité est plus vive chez ces jeunes que chez leurs parents.
Plus instruits, maîtrisant mieux l’arabe, les jeunes veulent «marquer leurs distances avec l’islam traditionnel, familial et culturel» reçu, déclare Omar Saghi. D’où l’expression d’un certain mépris envers les pèlerins plus âgés et leur piété populaire. «Ces jeunes ne viennent pas pour se faire pardonner, mais pour ajouter quelque chose à leur expérience, résume Omar Saghi. (…) ils en ont une vision utilitariste dans une logique d’accumulation: ils recherchent un gain spirituel qui sera immédiatement réinvesti dans leur vie familiale, professionnelle».
(*) Le hadj ou hajj est pour les musulmans le pèlerinage aux lieux saints de la ville de La Mecque, entre le 8 et le 13 du mois lunaire de Dhû al-hijja.
(**) Paris-La Mecque. Sociologie du pèlerinage, Omar Saghi, PUF, octobre 2010.
(***) Le troisième jour, les pèlerins célèbrent l’Aïd-el-Kébir, en immolant un mouton en mémoire du sacrifice d’Abraham. (apic/la croix/jd et abh/ggc)
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