Rome: Le livre entretien du pape de A à Z
Rome, 23 novembre 2010 (Apic) «Lumière du monde – Le pape, l’Eglise et les signes des temps», c’est le titre du livre événement publié à compter de ce jour, résultat de six heures d’entretien accordées par Benoît XVI à son compatriote, le journaliste Peter Seewald. D’»activisme» à «Zola», en passant par «infaillibilité», «préservatif» ou «Vatican III», voici une sélection des meilleurs extraits, révélateurs de la richesse des thèmes abordés dans cet ouvrage déjà traduit de l’allemand vers le français, l’anglais, l’espagnol ou encore l’italien.
Activisme: «On ne peut pas passer sa vie à travailler des dossiers. Je les lis autant que je peux. Mais j’ai toujours sous les yeux l’appel de saint Bernard, qui me dit que l’on ne doit pas se perdre dans l’activisme».
Avortement: «Paul VI a eu raison. Il était convaincu que la société se prive elle-même de ses grands espoirs en tuant des êtres humains par avortement. Combien d’enfants tués auraient pu devenir un jour des génies, qui auraient pu apporter du neuf à l’humanité, nous offrir un nouveau Mozart, nous apporter de nouvelles découvertes dans le domaine technique?»
Burqa: «Je ne vois aucune raison de prononcer une interdiction générale. On dit que certaines femmes ne la porteraient pas de leur plein gré, et qu’elle est en réalité une violence faite à la femme. Si tel est le cas, bien entendu, on ne peut pas être d’accord. Mais si elles veulent la porter de leur plein gré, je ne vois pas pourquoi on doit la leur interdire».
Camauro (bonnet): «Je ne l’ai porté qu’une fois. J’avais tout simplement froid et je suis sensible de la tête. (…) Depuis je m’en suis abstenu. Afin de ne pas susciter d’interprétations superflues».
Communication: «La grande communication que nous avons de nos jours peut conduire à une totale dépersonnalisation. On ne fait plus que nager dans la mer de la communication, on ne rencontre plus de personnes réelles. Mais elle peut aussi être une chance».
Communion à genoux: «Je ne suis pas fondamentalement opposé à la communion administrée à la main (…). Mais en faisant recevoir la communion à genoux, administrée dans la bouche, je voulais donner un signe de respect, marquer la présence réelle d’une sorte de point d’exclamation».
Cyrille (Patriarche de Moscou): «Nous nous sommes tout de suite entendus. Il a quelque chose de joyeux, une sorte de croyance naturelle, ce que l’âme russe a de simple», confie le pape à propos d’une rencontre passée avec celui qui est aujourd’hui patriarche de l’Eglise orthodoxe russe.
Démission: «Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. Le moment n’est donc sûrement pas venu de se retirer. (…) Quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement et spirituellement il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer».
Dieu: «Pour beaucoup, l’athéisme pratique est aujourd’hui la règle normale de vie. (…) Il est urgent que la question de Dieu reprenne une place centrale».
Divorcés remariés: Interrogé sur la nécessité d’une «réflexion» de l’Eglise sur l’accès à la communion des divorcés remariés, le pape répond: «Bien sûr, il faut le faire».
Drogue: «Je crois que ce serpent du commerce et de la consommation de la drogue, qui enserre le monde, est un pouvoir dont nous ne parvenons pas toujours à nous faire une juste représentation. Il détruit la jeunesse, il détruit les familles, il conduit à la violence et met en danger l’avenir de pays entiers».
Eglise: «Nous ne sommes pas un lieu de production, nous ne sommes pas une entreprise qui recherche le profit, nous sommes une Eglise. C’est-à-dire une communauté d’hommes et de femmes rassemblés dans la foi. Notre tâche n’est pas de fabriquer n’importe quel produit ou d’avoir du succès dans la vente de marchandises. Notre tâche est plutôt de vivre la foi, de la proclamer (…). L’Eglise n’impose rien à personne, elle ne présente pas un quelconque système moral».
Fatigue: «J’ai confiance dans le fait que le Bon Dieu me donnera autant de force qu’il m’en faut pour pouvoir faire le nécessaire. Mais je remarque aussi que mes forces faiblissent».
Femmes (ordination): «Nous ne disons pas: ’nous ne voulons pas’, mais ’nous ne pouvons pas’. (…) Les femmes occupent tant de grandes fonctions significatives dans l’Eglise que l’on ne peut pas parler de discrimination».
Film: «Quels films aimez-vous?», demande Peter Seewald à Benoît XVI. «Il y a un très beau film que nous avons récemment visionné, sur la sainte Joséphine Bakhita, une Africaine. Nous regardons volontiers les «Don Camillo».
Foi: «On se demande souvent comment il est possible que les chrétiens, qui sont personnellement des êtres croyants, n’aient pas la force de mettre leur foi plus fortement en action sur le plan politique. Nous devons avant tout veiller à ce que les hommes ne perdent pas Dieu du regard».
Foi et raison: «La grande mission de l’Eglise reste de relier foi et raison, le regard au-delà du tangible et la responsabilité rationnelle».
France: «Avant ma visite, on m’avait prévenu que je partais pour un pays largement athée et que j’allais avoir droit à un accueil plutôt glacial. Ça a été tout le contraire».
Historique: «Jamais encore dans l’histoire un pontife n’a répondu à des questions sous la forme d’un entretien personnel et direct avec un journaliste. Le simple fait qu’il ait accordé cette interview est un signe nouveau et important», confie Peter Seewald dans la préface de «Lumière du monde».
Homosexuels: «Il s’agit de personnes humaines avec leurs problèmes et leurs joies, (…) en tant qu’êtres humains ils méritent le respect, même s’ils portent cette tendance en eux, et (…) ne doivent pas être rejetés à cause de cela».
Infaillibilité: «Le pape peut naturellement avoir des opinions privées erronées. (…) Quand il parle comme pasteur suprême de l’Eglise en conscience de sa responsabilité, alors il ne dit rien qui lui serait propre, qui viendrait juste de lui passer par l’esprit. (…) Il sait qu’en prenant une telle décision il n’induit pas l’Eglise en erreur, mais qu’il garantit l’unité de celle-ci avec le passé, le présent et l’avenir et avant tout avec le Seigneur».
Intolérance: «Une nouvelle intolérance se répand, c’est tout à fait manifeste. Il y a des critères de pensée bien rodés qui doivent être imposés à tous. (…) Quand par exemple, au nom de la non discrimination, on veut forcer l’Eglise catholique à modifier sa position sur l’homosexualité ou l’ordination des femmes, cela veut dire qu’elle ne peut plus vivre sa propre identité et, qu’au lieu de cela, on fait d’une religion négative et abstraite un critère tyrannique auquel chacun doit se plier».
Islam: «Il est important que nous maintenions une relation intensive avec toutes les forces islamiques désireuses de dialoguer, et que des transformations de la conscience puissent aussi avoir lieu là où l’islamisme associe prétention à la vérité et violence».
Jean-Paul II: «Jean-Paul II a parfois hésité à prendre des décisions. Mais dans l’ensemble, grâce aux collaborateurs qu’il avait choisis, la continuité des affaires a été assurée. Et les grandes décisions, il les a prises avant comme après. Il souffrait, mais il avait tout son esprit».
Jospin (Lionel): «Il y a toujours une identité culturelle définie à partir du christianisme et revendiquée comme telle. Je me rappelle un homme politique français qui a dit de lui-même: ’Je suis un protestant athée’.
Juifs: «Les Juifs n’aiment pas trop entendre les mots ’le frère aîné’, que Jean XXIII employait déjà. (…) Il est exact que les Juifs sont aussi nos ’pères dans la foi’. Et ces mots rendent peut-être encore plus visible la manière dont nous sommes liés».
Lefebvristes (évêques): A propos de la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes, le pape affirme: «Le nombre d’absurdités qu’on a propagées à cette époque est incroyable, même de la part de théologiens savants. Ces quatre évêques, contrairement à ce que l’on a maintes fois sous-entendu, n’ont pas été excommuniés à cause de leur attitude négative envers le concile Vatican II (…) S’ils ont été excommuniés, c’est pour la seule raison qu’ils ont été ordonnés sans mandat pontifical, et si leur excommunication a été levée, c’est pour la seule raison qu’ils ont exprimé à présent une reconnaissance du pape – même s’ils ne le suivent pas sur tous les points».
Lefebvristes (Williamson): «Nous avons hélas accompli un mauvais travail d’information du public, si bien que personne n’a vu le contenu réel et juridique de ce processus, ni ses limites. Pour combler le tout, il y a eu ensuite la catastrophe Williamson, que nous n’avions malheureusement pas du tout prévue, ce qui est une circonstance particulièrement attristante».
Légionnaires du Christ: «Pour moi, Marcial Maciel demeure un personnage mystérieux. D’un côté, il y a une vie qui, comme nous le savons maintenant, se situe au-delà de la morale, une vie aventureuse, dissipée, pervertie. D’un autre côté, nous voyons la dynamique et la force avec lesquelles il a édifié la congrégation des Légionnaires. (…) C’est cela qui est étrange, cette contradiction qu’un faux prophète, pour ainsi dire, puisse avoir une action positive. Il faut donner un nouveau courage à ces nombreux jeunes».
Liturgie: «Elle peut être différente selon les rites, mais elle doit toujours posséder ce qui nous précède, depuis la totalité de la foi de l’Eglise, la totalité de sa tradition, la totalité de sa vie, et pas seulement ce qui vient de la mode du moment».
Mosquées: «Nous sommes reconnaissants qu’il y ait dans les pays du Golfe arabique (Qatar, Abou Dhabi, Dubaï, Koweït) des églises où les chrétiens peuvent célébrer l’office divin. Nous souhaitons qu’il en soit partout ainsi. Il est donc tout naturel que les musulmans puissent, chez nous aussi, se rassembler dans des mosquées pour la prière».
Nominations: «Les décisions concernant les nominations sont difficiles, parce que personne ne peut lire dans le cœur des autres et que personne n’est garanti contre les erreurs. C’est pourquoi je suis là plus prudent, plus anxieux, et c’est seulement après de multiples délibérations que je prends des décisions».
Orthodoxes (rapports avec les): «Il me semble que nous faisons des progrès. Ce ne sont pas des progrès tactiques, politiques, mais des mouvements d’approche au cours desquels nous nous tournons intérieurement les uns vers les autres».
Pédophilie (médias): «Il était impossible de ne pas voir que la volonté de vérité n’était pas le seul moteur de ce travail d’enquête mené par la presse, et qu’il s’y mêlait la joie de dénoncer l’Eglise et de la discréditer le plus possible. (…) Finalement les médias n’auraient pas pu rapporter les choses de cette manière si le mal n’avait pas été effectivement présent au sein de l’Eglise. C’est seulement parce que le mal était dans l’Eglise que d’autres ont pu s’en servir contre elle».
Pédophilie (sacerdoce): «Voir soudain le sacerdoce tellement sali, et ce par l’Eglise catholique, au plus profond d’elle-même, il fallait réellement d’abord l’endurer. Mais il fallait en même temps ne pas perdre de vue que le bien existe dans l’Eglise, que l’on n’y trouve pas seulement ces choses effroyables».
Pédophilie (scandales): «C’est une grande crise, il faut le dire. Nous avons tous été bouleversés. On aurait presque dit un cratère de volcan d’où surgissait soudain un énorme nuage de poussière qui assombrissait et salissait tout, si bien que toute la prêtrise apparut comme un lieu de honte et que chaque prêtre fut soupçonné d’être l’un de ceux-là. (…) Toute cette affaire ne m’a pas pris totalement au dépourvu. J’avais déjà, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi, eu affaire avec des cas américains, j’avais vu aussi monter la situation en Irlande. Mais dans cet ordre de grandeur, ce fut malgré tout un choc inouï».
Pédophilie (signes): «On pourrait penser que cette ’Année sacerdotale’ a été insupportable au diable, et que c’est pour cette raison qu’il nous a jeté toute cette saleté au visage. (…) D’un autre côté, on pourrait dire que le Seigneur voulait nous mettre à l’épreuve et nous appeler à une plus profonde purification, afin que nous n’entrions pas dans l’’Année sacerdotale’ triomphalement, comme pour une glorification de nous-mêmes, mais comme dans une année de purification, de renouveau intérieur, de changement et avant tout de pénitence.»
Pie XII: «Ce qui compte, c’est ce qu’il a fait et tenté de faire. Et, sur ce point, je crois qu’il faut réellement reconnaître qu’il a été l’un des ’grands Justes’ et qu’il a sauvé plus de Juifs que quiconque».
Pilule: «Si l’on instaure une séparation radicale entre sexualité et fécondité, ce qui est fait en utilisant la pilule fait que la sexualité devient arbitraire. Et dans ce cas, tous les types de sexualité ont la même valeur».
Préservatif: «La seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité. (…) Il peut y avoir des cas particuliers, par exemple lorsqu’un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être un premier pas vers une moralisation (…) Dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine».
Prêtres (homosexualité): «L’homosexualité n’est pas conciliable avec la vocation de prêtre. Car dans ce cas, le célibat, comme renoncement, n’a pas de sens non plus».
Prière: «Le pape (…) est aussi un simple mendiant devant Dieu, plus encore que tous les autres hommes. Naturellement je prie toujours en premier notre Seigneur, avec lequel je me sens lié pour ainsi dire par une vieille connaissance. Mais j’invoque aussi les saints. Je suis lié d’amitié avec Augustin, avec Bonaventure, avec Thomas d’Aquin».
Progrès: «Il faudrait aujourd’hui engager un grand examen de conscience. Qu’est-ce réellement que le progrès? Est-ce un progrès que de pouvoir détruire? Est-ce un progrès de pouvoir fabriquer, sélectionner et éliminer moi-même des êtres humains?»
Protestants: «On est effectivement obligé de constater que le protestantisme a progressé dans un sens qui a plutôt tendance à l’éloigner de nous: l’ordination des femmes, l’acceptation des couples homosexuels, etc. Il existe d’autres prises de position éthiques, d’autres manières de se conformer à l’esprit de notre époque, qui compliquent le dialogue».
Ratisbonne: «J’avais conçu et tenu ce discours comme un texte strictement académique, sans être conscient que la lecture que l’on fait d’un discours pontifical n’est pas académique mais politique. Une fois qu’il a été passé au crible politique, on ne s’est plus intéressé aux finesses de la trame, on a arraché un texte à son contexte et on en a fait un objet politique qu’il n’était pas en soi».
Rencontres: «Peu de gens, je crois, font autant de rencontres que moi. Ce qui compte le plus pour moi, ce sont les rencontres avec les évêques du monde entier».
Tourisme sexuel: «Des processus de destruction extraordinaires sont en cours, nés de cette sorte d’ivresse arrogante, de la satiété et de la fausse liberté du monde occidental».
Vatican III?: «Nous avons eu vingt conciles au total, il y en aura certainement un autre un jour ou l’autre. Pour l’instant, à mon avis, les conditions ne sont pas réunies. Je crois qu’en ce moment les synodes sont le bon instrument (…). Le moment de réunir un grand concile reviendra-t-il? L’avenir en décidera».
Zola: «Quel effet cela fait, m’a-t-on demandé, de se retrouver d’un seul coup assis tout près de lui?», écrit Peter Seewald dans la préface de «Lumière du monde» avant de confier: «Je n’ai pu m’empêcher de penser à Emile Zola, qui décrit dans l’un de ses romans un prêtre attendant en tremblant, presque tétanisé, une audience chez Léon XIII. Avec Benoît XVI, personne n’a à trembler. Il facilite considérablement la tâche du visiteur. Ce n’est pas un prince de l’Eglise, mais l’un de ses serviteurs, un grand homme qui donne et qui puise toute sa force dans son don». (apic/imedia/lb/ami)
«Lumière du monde – le pape, l’Eglise et les signes des temps» paraît en plusieurs langues dont l’allemand, l’anglais et l’italien les 23 et 24 novembre. La version française, confiée aux Editions Bayard, paraîtra le 27 novembre.
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