Un exemple de coopération garante de la dignité humaine

Fribourg: Interview de Charles Péléraux, administrateur des « Amis d’Asha Nivas », association caritative en Inde

Fribourg, 3 décembre 2010 (Apic) Créée en Suisse en 1979, l’association dénommée d’abord « Au Fils d’Indra » puis « Les Amis d’Asha Nivas » s’est donnée pour tâche de soutenir l’action sociale d’Asha Nivas, menée dans les bidonvilles de Chennai, dans le Tamil Nadu, en Inde. Elle œuvre surtout en faveur de la scolarisation des enfants et la promotion de la condition féminine. Interview de Charles Péléraux, administrateur des « Amis d’Asha Nivas », dans les bureaux de l’agence Apic, à Fribourg.

Apic: Pourquoi avoir porté votre choix sur la ville de Chennai (Madras avant 1996)?

Charles Péléraux: Une plaie de l’Inde moderne sont les bidonvilles (ou « slum »), qui drainent une population d’enfants, de femmes et d’hommes sans avenir. La misère, l’alcool, la prostitution, la promiscuité, le chômage, la malnutrition, les infections dues au manque d’hygiène et à la pollution de l’eau sont autant de facteurs de survie, souvent sans issue. La réponse choisie par « Les Amis d’Asha Nivas » a été d’investir dans des projets de développement durable. Le Dr Kurian étant en fonction à Madras, le choix de la ville s’est imposé. Il faut savoir qu’il existe 200 bidonvilles à Madras. Le contact avec le Dr Kurian s’est opéré grâce à une dame de Genève, qui avait adopté des enfants indiens.

Apic: Qui est le Dr Thomas Kurian et que signifie Asha Nivas?

Charles Péléraux: Le Père Kurian a fondé Asha Nivas, en 1977, à Chennai. Il en est le directeur. Prêtre diocésain, il s’occupait auparavant de Caritas en Inde. De par sa fonction, il a rencontré de nombreuses personnalités; ce qui explique le rayonnement de son association.

Asha Nivas a plusieurs significations: « la maison de l’espérance » ou de « l’espoir », ou encore « la lumière pour la vie ».

Apic: Quelles sont les œuvres soutenues par « Les Amis d’Asha Nivas »?

Charles Péléraux: Notre action s’articule autour de trois axes: les parrainages d’enfants, de familles indiennes, et la promotion de la condition féminine.

Apic: Concernant les parrainages, comment les enfants sont choisis?

Charles Péléraux: Sur cent enfants qui entrent en 1re année scolaire, moins de la moitié termine la 2e. Vingt-quatre mènent à bien leur scolarité. Dans chaque « slum », Asha Nivas nomme un comité de sélection, composé d’un enseignant et d’un animateur. Connaissant les familles et leur histoire, il désigne les enfants, en tenant compte des revenus irréguliers de la famille. Toutefois, un seul enfant par famille est retenu.

Apic: Quels frais les parrainages couvrent-ils?

Charles Péléraux: Le coût annuel pour un enfant est de 5’600 roupies (Fr. 123.65). Chaque enfant reçoit 50 roupies (Fr. 1.10) par mois d’argent de poche. 5’000 roupies (Fr. 110.40) couvrent les frais d’écolage, les livres, l’uniforme, les extras, la santé, les transports et les frais médicaux. Nous demandons aux marraines/parrains de financer Fr. 180.– par an, ou de souscrire à un parrainage permanent par un versement unique de Fr. 1’800.-.

Apic: Y a-t-il des exigences supplémentaires?

Charles Péléraux: L’enfant doit fréquenter une école locale, reconnue par l’Etat du Tamil Nadu. Le comité de sélection contrôle sa fréquentation. Tous les trois mois, une sœur d’Asha Nivas visite les écoles et les familles, et la mère doit se présenter avec son enfant au centre une fois par mois.

Apic: En quoi consiste le parrainage d’une famille indienne?

Charles Péléraux: Il s’agit de proposer à des familles suisses de devenir solidaires de familles des bidonvilles, en les adoptant. La famille adoptante s’engage à verser un montant mensuel de Fr. 20.-, sur une durée minimale de 2 ans. Ce montant est placé en Inde sur un compte d’épargne, géré conjointement par la famille indienne et par un coordinateur désigné par Asha Nivas. Bloqué durant 2 ans, cet argent peut ensuite être utilisé pour les besoins de la famille (logement, formation, emploi, création d’une entreprise, soutien familial). Ces mesures visent à sortir la famille du seuil de pauvreté.

Apic: Pourquoi mettre l’accent sur la promotion de la condition féminine?

Charles Péléraux: Dans les bidonvilles, les femmes sont souvent sans revenu, et par manque de formation et de scolarisation, elles sont incapables de trouver un emploi. Néanmoins, elles sont les piliers de leur famille. C’est pourquoi le Dr Kurian affirme: « En aidant un homme, on aide un individu, mais en aidant une femme, on permet à toute une famille de survivre et de se donner des chances d’avenir ». Pour ce faire, Asha Nivas a créé des infrastructures de soutien, comme un centre pour la promotion de la femme et différents centres de formation, ou encore une société d’épargne et de crédit pour les encourager à faire des économies.

Apic: Des extensions d’Asha Nivas sont-elles prévues pour le futur?

Charles Péléraux: Asha Nivas a connu un grand développement ces cinq dernières années, notamment avec la création d’un centre de formation et d’une boulangerie autogérée, près de Kannagi Nagar, à Okkiampet-Thoraipakkam. Le centre peut désormais former et employer 50 personnes. Les activités de production, de distribution et de vente assurent l’avenir de plus de 500 familles. Afin d’améliorer les livraisons, la section suisse a envoyé Fr. 10’500.-, pour financer l’achat d’une camionnette. Il restait encore à pallier les interruptions de courant, en investissant dans un générateur. L’association « Les Amis d’Asha Nivas » a trouvé les Fr. 10’000.– nécessaires.

Apic: Comment faites-vous connaître l’association en Suisse?

Charles Péléraux: Nos moyens sont restreints. Nous recourrons à la publicité dans la presse locale. Nous adressons également des courriers aux gouvernements cantonaux. L’un d’eux nous a donné 3 x Fr. 25’000.-, somme prise sur leur budget d’aide au développement. Enfin, nous sollicitons beaucoup les réseaux de nos membres.

Apic: Quels sont les problèmes majeurs que vous rencontrez?

Charles Péléraux: Le problème majeur touche le recrutement de nouveaux membres. Nous cherchons à rajeunir et redynamiser le comité, dont les membres sont tous retraités. De plus, nous essayons d’avoir une antenne en Suisse alémanique. A part Bienne, nous avons du mal à nous y implanter. (apic/ggc)

(*) Asha Nivas est un centre d’aide sociale, fondé le 22 juin 1977 par le Dr Thomas Kurian dans la ville de Chennai. Son but est de venir en aide aux familles des 200 bidonvilles de la ville, par la scolarisation des enfants, la promotion de la condition féminine et des familles.

L’association vise à promouvoir et à gérer les structures de scolarisation, de formation et d’accueil, dont les familles et les enfants des bidonvilles ont besoin. Elle leur apporte les connaissances, les informations, le soutien médical et social nécessaires à l’émergence de leur autonomie et à leur intégration dans la vie de la communauté. Pour ce faire, elle a mis en place un système de parrainage et de bourses.

Entièrement bénévole et autonome, l’association a recueilli près de Fr. 1’750’000.-, de 1979 à 2000, grâce aux expositions-ventes, en Suisse, de broderies indiennes réalisées dans les ateliers d’Asha Nivas. L’intégralité des montants était versée directement en Inde. Mais par suite d’un désintérêt du public pour l’artisanat et d’une détérioration des conditions économiques, il a fallu renoncer aux expositions-ventes.

La question de la survie de l’association « Au Fils d’Indra » s’est posée. La proposition retenue en novembre 2001 a été de l’appeler désormais « Les Amis d’Asha Nivas ». Il a alors fallu modifier les statuts et ses objectifs, en renonçant aux expositions de broderies indiennes, en promouvant le développement des parrainages d’enfants puis des familles, et en soutenant financièrement certaines réalisations d’Asha Nivas. (apic/ggc)

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