Inde: L’Eglise catholique se bat pour la reconnaissance des droits des femmes domestiques

Elles ne sont pas protégées contre le harcèlement sexuel

Indore (Inde), 6 décembre 2010 (Apic) Prenant la défense des très nombreuses femmes employées de maison en Inde, l’Eglise catholique réclame du gouvernement le respect de leurs droits les plus élémentaires, et en premier lieu la protection contre les violences et le harcèlement sexuel.

Selon Eglises d’Asie, l’agence d’information des missions étrangères de Paris, le 2 décembre, Soeur Rosily Panajukarana, religieuse de la congrégation des Servantes du Saint-Esprit, a organisé une manifestation à Indore, capitale commerciale de l’Etat du Madhya Pradesh, afin de dénoncer l’exploitation des femmes domestiques. Avec plusieurs centaines d’employés de maison de tous âges, elle réclamait du gouvernement indien qu’il étende aux domestiques, une main d’œuvre à 90 % féminine, la protection contre le harcèlement sexuel au travail telle qu’elle est définie dans une proposition de loi actuellement en cours de validation au niveau fédéral.

Pas de protection pour les domestiques

Cette loi, aboutissement de longues négociations sur plusieurs années, est une première tentative visant à légiférer dans un domaine particulièrement sensible, régi jusqu’ici par une jurisprudence instituée par la Cour suprême en 1997. Le projet est actuellement en passe d’être validé par le Parlement avant d’être proposé pour signature à la présidente de l’Inde. Les employées de maison, qui représentent le plus important vivier de travailleurs du pays, étaient inclues dans le projet de loi embryonnaire présenté il y a trois ans, mais elles en ont été retirées de la version définitive.

Soeur Rosily, qui est également à la tête de l’association Indore Domestic Workers’ Solidarity, s’indigne face à ce qu’elle appelle une « totale injustice », expliquant que ce sont justement les personnes les plus vulnérables qui ont été exclues de la proposition de loi contre le harcèlement sexuel.

Kamala Bai, l’une des manifestantes, déclare souhaiter seulement bénéficier du même respect et de la même reconnaissance pour son travail que les autres employés. « Nous travaillons plus d’heures qu’eux, mais pour moins de gages et sans jamais avoir de jours de congé », confirme Anita Vastole, également employée de maison. Issues de milieux pauvres et analphabètes dans leur grande majorité, les domestiques savent qu’elles ne peuvent revendiquer ou prétendre à un meilleur salaire.

Perin Homi Daji, une travailleuse sociale présente également à la manifestation, souligne qu’aucun dispositif n’a été prévu pour que les domestiques puissent porter plainte si elles subissaient un harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, comme le prévoit pourtant la loi pour toutes les autres catégories d’employés.

Campagne de l’Eglise en faveur des employés de maison

L’action menée par Soeur Rosily s’inscrit dans une vaste campagne de protestation menée par l’Eglise catholique depuis des mois, afin de faire reconnaître les droits des femmes domestiques et d’obtenir leur réintégration dans le projet de loi sur le harcèlement sexuel. Une série de manifestations a, entre autres, été organisées par la Commission pour le travail de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) fin novembre, parallèlement à d’autres actions effectuées avec des ONG ou associations militant pour les droits des employées de maison, comme le Delhi Domestic Workers’ Forum ou encore le National Domestic Workers Movement (NDWM). Ce dernier, dirigé par Soeur Jeanne Devos, a soumis aux autorités un rapport sur la précarité et la vulnérabilité des employées de maison, dont le nombre est sous-estimé par les statistiques officielles, la plupart d’entre elles n’étant pas déclarées, en raison notamment de la persistance de l’esclavage des enfants domestiques (1).

Le 25 novembre dernier, Mgr Vincent Michael Concessao, archevêque catholique de Delhi, avait déjà exprimé sa « vive inquiétude » à ce sujet et demandé au gouvernement de rectifier « cette mesure discriminatoire avant que le projet ne devienne une loi ». Il ajoutait également : « Il est difficile de comprendre une telle indifférence vis-à-vis du secteur où il y a le plus de femmes au travail, lesquelles sont justement les plus vulnérables mais ne peuvent bénéficier d’aucune protection. »

Le Père Xavier Jeyaraj, membre de l’Indian Social Institute et militant pour les droits des travailleurs domestiques, avait aussi fait part de son incompréhension et de son indignation : « C’est justement dans ce secteur qu’il y a le plus de harcèlement au travail ! Tout particulièrement les jeunes filles aborigènes, qui sont fréquemment abusées et victimes de violences. »

Du côté protestant, des soutiens se sont également manifestés, notamment au sein de l’Eglise de l’Inde du Nord (CNI). Jyotsana Chatterjee, directrice du Joint Women Program de la CNI, a déclaré en effet que le combat pour les droits des femmes domestiques devait commencer par la réintroduction de leur catégorie professionnelle dans le projet de loi.

(1) Soeur Jeanne Devos, représentante de l’Assemblée des évêques de l’Inde auprès des Nations Unis et de l’Unicef, a fondé le Mouvement national des employés de maison (NDWM), un réseau qui lutte contre l’esclavage des femmes et des enfants en Inde. « J’ai pris parti pour les employés de maison – que ce soit des femmes ou des enfants – parce qu’ils n’avaient pas de voix, pas de droits, ce qui pour moi constitue l’esclavage. Ce qui m’a poussée à agir fut la situation inhumaine de ces femmes et de ces enfants. Cela m’a touchée et fait mal en tant que femme. L’urgence a commencé après avoir rencontré une enfant de 13 ans qui avait été violée, était tombée enceinte et avait avorté – sans comprendre ce qui lui était arrivé. » (apic/eda/amc)

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