Des «diamants du sang» pour des violations systématiques des droits humains

Genève: Pain pour le prochain appelle au boycott des diamants du Zimbabwe

Genève, 6 décembre 2010 (Apic) Selon l’œuvre d’entraide Pain pour le prochain (PPP), de nombreuses violations des droits de la personne sont perpétrées par les forces de l’ordre dans certaines mines de diamants du Zimbabwe. Les pierres précieuses qui sortent de ces mines devraient par conséquent être considérés comme des «diamants du sang».

Pain pour le prochain appelle le gouvernement de la Suisse, en tant que membre du Processus de Kimberley, à exiger que certains diamants zimbabwéens, marqués par des violations des droits de la personne, soient exclus du circuit commercial international.

Pain pour le prochain invite le gouvernement à étendre le Processus de Kimberley, conçu pour certifier l’origine des diamants bruts afin de lutter contre les «diamants du sang», c’est-à-dire les pierres qui servent à financer les guerres de groupes rebelles contre les gouvernements: «La définition des diamants du sang devrait être élargie pour inclure les pierre provenant de zones où des violations des droits de la personne sont perpétrées par les autorités.»

Marlon Zakeyo, avocat zimbabwéen et dirigeant du Zimbabwe Advocacy Office – partenaire de PPP – à Genève, a déclaré au correspondant d’Eni, l’agence d’information œcuménique, que «la Suisse est un important centre d’échange des pierres précieuses, mais ce pays est aussi connu comme un centre des droits de la personne. Le gouvernement suisse est par ailleurs un partenaire clé du Processus de Kimberley.» Il a donc un rôle à jouer.

Pain pour le prochain appelle également les consommateurs en Suisse à se renseigner sur l’origine des diamants avant des les acheter et de refuser d’acheter certains diamants du Zimbabwe, un pays qui connaît de graves violations des droits de la personne.

Violation des droits humains dans le district de Marange

Le Zimbabwe est l’un des plus gros producteurs de diamants bruts, dont la plupart sont extraits dans le district de Marange, dans l’est du pays.

Le Zimbabwe Advocacy Office a indiqué que plusieurs violations des droits de la personne ont été perpétrées dans les mines de diamants de ce pays d’Afrique australe par les forces de sécurité de l’Etat, qui sont aux mains du président Robert Mugabe. Même constat pour l’organisation Human Rights Watch: en octobre 2008, le gouvernement zimbabwéen avait déployé son armée pour prendre le contrôle de la région de Marange. D’après l’organisation de surveillance des droits de la personne, cette opération militaire a coûté la vie à plus de 200 mineurs et villageois. Depuis l’installation de l’armée autour des mines de diamants, les droits de la personne sont fréquemment foulés au pied, notamment en pratiquant le travail forcé, le travail des enfants, la torture, les passages à tabac et les enlèvements.

Le commerce des diamants a repris

En novembre 2009, le Processus de Kimberley avait suspendu la vente des diamants de Marange. En juillet 2010, après deux missions d’enquête, il a déterminé que le Zimbabwe répondait aux «critères minimaux du processus de certification pour vendre ses diamants bruts», puisque la vente de diamants ne finance pas de groupes rebelles.

Le Zimbabwe a donc été autorisé à organiser une première vente aux enchères de diamants pour les acheteurs internationaux en août 2010. Cependant, Rapaport, importante société de courtage en diamants basée aux Etats-Unis, a annoncé qu’elle n’achèterait pas de diamants de Marange, en raison des graves violations des droits de la personne qui y sont liées.

Pain pour le prochain conclut: «A l’heure actuelle, la production de diamants n’est pas orientée vers le développement national, car le commerce des diamants est contrôlé par une armée à la botte du président Mugabe. La situation est d’autant plus alarmante que le Zimbabwe souffre d’une pénurie alimentaire d’ampleur nationale et d’une grave crise économique.»

Pain pour le prochain est la branche des Eglises protestantes de Suisse chargée du développement. Elle soutient près de 350 projets et programmes de développement dans 55 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Elle fait pression sur les autorités gouvernementales, le Parlement suisse, ainsi que les milieux économiques du pays en vue d’un cadre de développement plus équitable et durable. (apic/eni/pk/amc)

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