Philippines: Situation de détresse pour les ouvriers d’une plantation

Une délégation du Conseil œcuménique des Eglises s’indigne du sort réservé aux travailleurs

Tarlac (Philippines), 8 décembre 2010 (Apic) La vie est loin d’être douce pour les travailleurs employés dans la raffinerie d’une exploitation détenue par la famille du président philippin, selon une délégation du Conseil œcuménique des Eglises (COE).

«J’observe de près l’évolution de la situation aux Philippines depuis l’éviction, en 1986, du dictateur Ferdinand Marcos, mais il semble qu’il y ait encore beaucoup à faire dans ce pays soi-disant démocratique», a déclaré Tony Waworuntu, citoyen indonésien et ancien employé de la Conférence chrétienne d’Asie, au correspondant de l’agence d’informations œcuménique Eni.

Tony Waworuntu évoquait la visite, le 3 décembre, d’une délégation du Conseil œcuménique des Eglises à l’Hacienda Luisita, une plantation de sucre de 6’000 hectares appartenant à la famille maternelle du président Aquino, dans la province de Tarlac, au nord de Manille. Pendant sa visite, la délégation de «Lettres vivantes» du COE, dont faisait partie Tony Waworuntu, a pu entendre les témoignages de travailleurs, qui ont décrit leur longue lutte comme étant non seulement amère et douloureuse, mais aussi couverte de sang.

Meurtres d’ecclésiastiques sur fond de protestation

Le travailleur agricole et leader syndicaliste Lito Bais a parlé à la délégation d’une vague de meurtres suite au massacre de sept paysans le 16 novembre 2004, qui manifestaient pour que la plantation de sucre soit redistribuée aux plus de 5’000 ouvriers qui y travaillent.

Lito Bais pense que le meurtre de l’évêque Alberto Ramento, le 3 octobre 2006, et celui du Père William Tadena, le 13 mars 2005, deux ecclésiastiques qui avaient dit une messe pour les ouvriers en grève, ont pour cause le soutien apporté aux ouvriers. Mgr Ramento et le Père Tadena faisaient partie de l’Eglise indépendante des Philippines, une Eglise autochtone catholique. «Nous remercions toujours les divers responsables d’Eglise qui continuent à nous apporter un appui spirituel et matériel», a déclaré Lito Bais. Il espère pouvoir communiquer «l’histoire de notre lutte pour la terre et la justice» à travers la visite de la délégation du COE.

Pour une réforme agraire

L’équipe de «Lettres vivantes» a, dans un communiqué lu le 4 décembre lors d’une conférence de presse à Manille, appelé à «la mise en œuvre immédiate de la décision du Conseil présidentiel pour la réforme agraire de distribuer la terre aux travailleurs agricoles». Le 23 décembre 2005, le Conseil avait ordonné que la plantation de sucre de l’Hacienda Luisita soit distribuée aux ouvriers conformément au Programme de réforme agraire global mis en place par le gouvernement et adopté pendant la mandature de la présidente Corazon Aquino, la mère de l’actuel président. Or la décision n’a jamais été appliquée, parce que les Cojuangco – le clan maternel du président Aquino – s’y sont opposés devant la justice.

La délégation d’Eglise a également exigé la «libération inconditionnelle» de 43 travailleurs de la santé, dont beaucoup étaient issus d’organisations d’Eglise, arrêtés en février alors qu’ils dispensaient une formation en santé communautaire dans la ville de Morong, dans la province de Rizal. Ils ont été mis en détention, soupçonnés d’être des rebelles, mais clament leur innocence. (apic/eni/mm/amc)

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