Rome: Cardinal Kurt Koch s’exprime sur l’avenir de l’œcuménisme

Le dialogue avec les protestants est aussi important que celui avec les orthodoxes

Rome, 15 décembre 2010 (Apic) Voici plus de 100 jours, l’évêque suisse Kurt Koch était nommé à la tête du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Dans une interview accordée à l’agence Apic, il raconte ses expériences et parle de l’avenir de l’œcuménisme.

Apic: Eminence, dans les 100 premiers jours de votre mandat, vous avez déjà dû affronter une énorme masse de travail. Comment jugez-vous ces premiers mois à Rome?

Cardinal Kurt Koch: Positivement. On a manifesté beaucoup de bienveillance et d’intérêt à l’égard de mon travail. Je fais continuellement de nouvelles expériences. La célébration des 50 ans du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, juste au début de mon mandat, a été un événement particulier. J’ai également entrepris de nombreux voyages, fait de nombreuses rencontres. Les discussions avec les ambassadeurs sont pour moi précieuses. J’apprends ainsi à connaître de nombreux pays et leurs situations œcuméniques respectives.

Apic: On parle souvent d’un œcuménisme au point mort, d’une «ère glaciaire». Comment voyez-vous l’œcuménisme aujourd’hui?

Cardinal Koch: Je ne parlerais pas d’une «ère glaciaire». Ce n’est pas une période facile cependant. En 50 ans, nous n’avons pas atteint notre objectif, l’unité de l’Eglise. Dans certains dialogues, le but de l’œcuménisme a parfois disparu. La majorité des Eglises ont leurs propres visions de l’unité et elles l’appliquent à l’effort œcuménique. Il existe donc autant d’objectifs pour l’œcuménisme que d’Eglises. Il est important que nous discutions de ce qu’est l’Eglise. Il me semble que c’est la question centrale.

Apic: Votre premier voyage à l’étranger vous a amené, en compagnie du pape, à une rencontre avec les anglicans, en Grande-Bretagne.

Cardinal Koch: Le voyage s’est très bien passé et l’échange d’informations devenait meilleur chaque jour. Le pape a été perçu dans son humilité et dans la clarté de son message. Il y a eu de très importantes rencontres œcuméniques, en particulier la célébration à Westminster et la rencontre entre l’archevêque de Canterbury et le pape.

Apic: Actuellement, le rapport avec les anglicans est cependant difficile.

Cardinal Koch: L’année prochaine, une nouvelle phase commencera et je suis très confiant. L’archevêque Rowan Williams a souligné lors de notre jubilé à Rome que nous devons avant tout penser à l’eucharistie. Arriver à une compréhension commune de l’eucharistie me semble un chemin plein de promesses.

Apic: Les nouvelles structures mises en place par le Vatican pour les anglicans désirant se convertir n’ont pas affecté cette relation?

Cardinal Koch: Je ne crois pas qu’elles les affectent beaucoup. Il y a, au Vatican, une division du travail: l’ordinariat Anglicanorum coetibus, c’est-à-dire la possibilité pour les anglicans de venir dans notre Eglise, dépend de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Notre Conseil pour la promotion de l’unité poursuit le dialogue comme auparavant. Je peux comprendre qu’il ne s’agit pas d’une situation facile pour les anglicans. Mais quand des gens sonnent à notre porte, il n’y a pas de raison de ne pas ouvrir. Faire coïncider ces deux situations est un grand défi.

Apic: Votre rendez-vous le plus important a été la visite chez le patriarche Bartholomée, à Istanbul. Comment est le contact avec Constantinople et plus généralement avec l’orthodoxie?

Cardinal Koch: Au cours des dernières semaines, l’orthodoxie a été un point fort de notre travail. Il y a eu la commission entre catholiques et orthodoxes à Vienne. Ensuite j’ai pris part à l’intronisation du patriarche de Serbie. Le point fort de cet engagement était la visite à Istanbul lors de la fête de saint André. Notre délégation a été reçue avec une hospitalité formidable. Le patriarche est une personne très accueillante avec une profondeur spirituelle réelle, le dialogue avec notre Eglise lui tient à cœur. Après la fête, nous avons eu une discussion approfondie sur l’avenir du dialogue.

Apic: Et comment se poursuivra ce dialogue?

Cardinal Koch: Nous voulons nous engager sur un sujet théologique, la question de la primauté et de la synodalité. La synodalité est un thème central de l’orthodoxie alors que la primauté est essentielle pour les catholiques. Nous allons chacun de notre côté travailler à un texte à partir duquel nous rédigerons un document commun en novembre prochain. En 2012, ce texte sera transmis à la commission commune.

Apic: Et Moscou joue également le jeu?

Cardinal Koch: Je ne peux pas encore le dire. Je prévois un voyage à Moscou en 2011. J’ai parlé, avec le métropolite Hilarion, responsable des relations extérieures du patriarcat, de mon désir de visiter Moscou après Constantinople. Je pense que cela fonctionnera l’année prochaine.

Apic: Vous avez rencontré le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises et vous allez bientôt voir le chef de la Fédération Luthérienne Mondiale. Le contact avec les Eglises de la réforme est difficile. Comment ce dialogue va-t-il se poursuivre?

Cardinal Koch: Le pape a expressément désiré que l’Eglise catholique s’investisse plus avant dans ce dialogue. Lorsqu’on m’a proposé le poste à Rome, un des arguments essentiels était qu’il fallait une personne qui connaisse les Eglises et communautés issues de la réforme non pas uniquement par les livres mais également par son expérience personnelle. Un signe tangible que le dialogue avec les protestants est aussi important, aux yeux du pape, que celui avec l’orthodoxie.

Mais ce dialogue est naturellement spécial. Avec l’orthodoxie, il s’agit avant tout d’une question de primauté. Dans les Eglises de la réforme, nous avons une grande diversité de communautés avec beaucoup de fragmentations, ce qui ne facilite pas le dialogue. Mais il y a également une tendance à la collaboration. Je considère la Communion d’Eglises Protestantes en Europe (CEPE) comme un commencement positif, il s’agit d’un partenaire de dialogue avec lequel on peut parler.

Apic: Quelles perspectives voyez-vous pour l’œcuménisme? Comment l’unité est-elle possible? Quel type d’unité privilégiez-vous?

Cardinal Koch: Le problème principal est que tous parlent de la réconciliation des différences mais que chacun entend quelque chose de différent par ces mots. Pour nous catholiques, ce concept décrit bien les buts de l’œcuménisme: que les différences qui divisent l’Eglise, puissent être retravaillées et deviennent réconciliation, afin que nous puissions mutuellement nous reconnaître comme Eglise.

Le pape actuel a dit une fois que l’œcuménisme signifie que nous sommes une Eglise et restons cependant différentes Eglises. J’ai parfois l’impression que les Eglises réformées associent le concept de la réconciliation des différences avec la situation actuelle: si nous nous acceptons juste mutuellement comme Eglise, nous aurons l’unité. Ce n’est pas une position acceptable pour les catholiques.

Apic: Comment peut-on avancer dans ce domaine?

Cardinal Koch: Il faut nous entendre vraiment sur ce qu’est l’Eglise. Nous avons adopté en 1999 une déclaration commune sur la justification par la foi. Sur le long terme, j’espère une déclaration sur l’Eglise, sur l’eucharistie et sur le ministère. Il me semble qu’il s’agit des questions décisives pour notre futur.

Apic: La Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme est liée à votre administration. Comment évaluez-vous les relations dans ce domaine?

Cardinal Koch: Cardinal Kasper s’est énormément investi sur ce sujet. Partout, il y a des relations bienveillantes et l’on remarque que le dialogue avec notre Eglise est très important pour le judaïsme. Je suis heureux que ce dialogue soit lié au Conseil pour la promotion de l’unité et non au Conseil pour le dialogue interreligieux. Le judaïsme n’est pas une religion comme les autres mais la mère du christianisme. J’ai déjà visité la synagogue de Rome et le 16 octobre – anniversaire de la déportation des juifs de Rome -, j’ai tenu un discours. Cela a ouvert le chemin pour poursuivre un bon travail commun. Ces jours, je vais partir pour Jérusalem. Le dialogue avec le grand rabbin doit être poursuivi.

Apic: Comment était votre arrivée à Rome? Comment avez-vous vécu le changement de la Suisse au Vatican?

Cardinal Koch: Jusqu’à maintenant je n’ai pas eu beaucoup de temps pour penser à tout ce qui a changé. Il y a eu tellement d’événements. Ce travail est un défi, il demande beaucoup de patience mais c’est également un beau travail. Je suis heureux de remplir cette tâche. C’est un autre style de vie qu’en Suisse mais je crois que je me sentirai bien à Rome. (apic/cic/job/amc)

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