Rome: Devant la curie, Benoît XVI revient sur les scandales de pédophilie
Rome, 20 décembre 2010 (Apic) Benoît XVI, dans son traditionnel discours des vœux à la curie romaine, le 20 décembre 2010, est longuement revenu sur l’»humiliation» qu’avaient représentés les scandales de pédophilie ayant secoué l’Eglise catholique au cours de l’année écoulée.
S’il a reconnu que le visage de l’Eglise s’était «couvert de poussière» durant l’Année sacerdotale, le pape n’a pas manqué, cependant, de s’en prendre aussi à la pornographie infantile et au tourisme sexuel. En présence des cardinaux et évêques de la curie romaine, le souverain pontife a également appelé les responsables politiques et religieux à mettre fin à la «christianophobie».
Les épaules recouvertes d’une mozette et d’une étole rouges, le pape a lu avec attention un long discours qui portait particulièrement sa marque et dont une grande partie était consacrée aux affaires de pédophilie au sein du clergé. Benoît XVI a relevé que l’Année sacerdotale organisée de juin à 2009 à juin 2010 avait été motif de «joie» et de «gratitude», mais avait aussi été l’occasion de d’avoir connaissance des abus contre les mineurs commis par des prêtres dans «une dimension inimaginable pour nous».
Des actes, a continué le pape, qui «blessent profondément la personne humaine dans son enfance et lui portent préjudice pour toute la vie». Devant la curie, le pape a proposé une vision de sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179) évoquant les blessures du Christ par «la faute des prêtres».
Dans cette vision de la religieuse bénédictine et mystique allemande, a ensuite expliqué Benoît XVI, «le visage de l’Eglise est couvert de poussière, et c’est ainsi que nous l’avons vu». «Son vêtement est déchiré, par la faute des prêtres. Nous l’avons vécu cette année comme elle l’a vu et raconté», a poursuivi le pape.
«Nous devons accueillir cette humiliation comme une exhortation à la vérité et un appel au renouvellement», a alors souhaité le pape pour qui «seule la vérité sauve». Benoît XVI a alors énuméré une série de recommandations pour l’Eglise et ses responsables: «Nous devons nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour réparer au maximum l’injustice qui a eu lieu. Nous devons nous demander ce qui était erroné dans notre annonce. (…) Nous devons être capables de pénitence. Nous devons nous efforcer de tenter tout ce qui est possible, dans la préparation au sacerdoce, pour qu’une telle chose ne puisse plus arriver». Le pape, encore, a jugé qu’il fallait «remercier aussi les très nombreux bons prêtres qui transmettent avec humilité et fidélité la bonté du Seigneur et qui, au milieu des dévastations, sont témoins de la beauté du sacerdoce qui n’est pas perdue».
Tout en reconnaissant la gravité particulière de ce péché commis par des prêtres, Benoît XVI a jugé qu’il était impossible de taire le «contexte de notre époque», et en particulier le «marché de la pornographie concernant les enfants qui semble d’une certaine façon être toujours plus considéré par la société comme une chose normale».
«J’entends toujours plus les évêques des pays du tiers-monde, a encore confié le pape, dire combien le tourisme sexuel menace une génération tout entière et l’endommage dans sa liberté et dans sa dignité humaine».
«Dans les années 1970, la pédophilie fut théorisée comme une chose complètement conforme à l’homme et aussi à l’enfant», a encore relevé le pape avant d’expliquer que cela faisait partie «d’une perversion de fond du concept d’ethos». Benoît XVI, face à cette disparition du mal comme du bien, a déploré que la morale ait été remplacée par un simple «calcul des conséquences».
Dans son long discours, le pape est également revenu sur le récent Synode des évêques pour le Moyen-Orient, qui s’est tenu à Rome du 10 au 24 octobre 2010. «Dans la situation actuelle, les chrétiens sont la minorité la plus opprimée et tourmentée», a-t-il alors déploré après avoir rappelé que «pendant des siècles, ils ont vécu ensemble pacifiquement avec leurs voisins juifs et musulmans». Aux yeux du souverain pontife, l’obstacle entre les différentes religions est «le lien entre l’avidité de profit et l’aveuglement idéologique».
«Ce qui, en quelque lieu, est fait contre l’homme, blesse à la fin tout le monde», a poursuivi Benoît XVI. Il a ensuite souhaité que les paroles du synode organisé 3 mois plus tôt au Vatican soient «un cri fort adressé à toutes les personnes ayant des responsabilités politiques ou religieuses afin qu’elles mettent fin à la christianophobie».
Le pape a également demandé aux responsables politiques et religieux de se lever pour défendre les réfugiés et ceux qui souffrent et de «revitaliser l’esprit de la réconciliation». Devant les responsables de la curie romaine, Benoît XVI a également souligné que le récent synode avait développé un grand concept du dialogue, du pardon et de l’accueil mutuel, «un concept que nous voulons maintenant crier au monde».
Devant les responsables de la curie romaine, Benoît XVI a également évoqué 2 de ses voyages à l’étranger en 2010: à Chypre (4-6 juin) et en Grande-Bretagne (16-19 septembre). A propos de ce dernier, le pape a particulièrement fait référence à l’analyse de la démocratie établie par l’historien français Alexis de Tocqueville (1805-1859). Ainsi, aux yeux du souverain pontife, les constitutions et le droit ne peuvent fonctionner sans consensus moral. «L’avenir du monde est en jeu», a lancé le pape après avoir expliqué que le «consensus de fond provenant du patrimoine chrétien (était) en péril là où, à sa place, à la place de la raison morale (succédait) la simple rationalité finaliste». (apic/imedia/lb/ami/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/le-pape-reclame-la-fin-de-la-christianophobie/