La grande solitude de l’administrateur apostolique
Laos, 21 décembre 2010 (Apic) L’ordination de Pierre Buntha Silaphet, dans le vicariat de Luang Prabang, au Laos, a été annulée par les autorités locales à la dernière minute. Il se serait agi de la première ordination dans le Nord du pays depuis quarante ans.
Selon Eglises d’Asie, l’agence d’information des missions étrangères de Paris, Mgr Tito Banchong Thopahong, administrateur apostolique du vicariat de Luang Prabang qui est situé dans la partie nord du Laos, avait pourtant obtenu toutes les autorisations nécessaires auprès des autorités pour cette ordination. Saavait été repoussée plusieurs fois avant d’être fixée officiellement au 12 décembre 2010.
Le petit village de Phomvan – dans la province de Sayaboury, au nord du Laos – dont est originaire le futur prêtre devait accueillir la célébration afin de ne pas donner trop d’importance, du moins de manière visible, à l’événement. Depuis l’arrivée au pouvoir des communistes en 1975, et l’expulsion de tous les missionnaires étrangers, la liberté religieuse au Laos est très restreinte et la minorité chrétienne strictement surveillée par le gouvernement. Si la situation varie sensiblement selon les régions – celle du vicariat de Luang Prabang étant considérée comme particulièrement difficile -, la pratique religieuse, les déplacements des membres du clergé ou la construction de lieux de culte sont toujours soumis à l’autorisation gouvernementale.
Dans le vicariat de Luang Prabang, il n’y a plus de cathédrale, mais seulement des chapelles et Mgr Tito Banchong, à près de 60 ans, est le seul prêtre de toute la communauté catholique. Malgré les nombreuses restrictions et interdictions dont il est l’objet de la part des autorités locales, comme celles de rendre visite à certaines communautés de son vicariat ou encore de ne pouvoir résider officiellement à Luang Prabang, le prélat espérait être enfin secondé dans son ministère par le jeune séminariste de 30 ans, issu de l’ethnie aborigène k’hmu (*) et formé à ses côtés.
Mais le 10 décembre dernier, soit deux jours avant la célébration, les autorités ont retiré l’autorisation précédemment accordée en vue de l’ordination de Pierre Buntha Silaphet. Aucune explication officielle n’a pour le moment été fournie, hormis l’impossibilité de procéder à une ordination sacerdotale dans le vicariat de Luang Prabang. Mgr Banchong a d’ores et déjà commencé des démarches auprès des vicariats voisins dont celui de Vientiane où l’ordination a plus de chance d’avoir lieu.
L’Eglise catholique du Laos est aujourd’hui formée de quatre vicariats : Luang Prabang, Savannakhet, Vientiane et Paksé. Selon les statistiques disponibles, la communauté chrétienne rassemblerait moins de 1 % de la population du Laos, bouddhiste dans sa très grande majorité. Le vicariat de Luang Prabang, formé de seulement six paroisses pour un large territoire montagneux, ne compterait quant à lui que 2’560 catholiques.
(*) Les K’hmu (ou Khmou, Kammu, Kuemu), de langue môn-khmer, forment la plus importante minorité ethnique du Laos (11% de la population) et sont considérés comme les premiers occupants du pays. Peu considérés par les Lao, ils vivent essentiellement dans les régions montagneuses du nord du pays. (apic/eda/amc)
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