Trop souvent, l’Eglise a pensé d’abord aux prêtres et non aux victimes
Bruxelles, 22 décembre 2010 (Apic) Le cardinal Godfried Dannels, archevêque-émérite de Malines-Bruxelles, a rencontré le 21 décembre durant près de quatre heures la Commission spéciale du Parlement chargée des abus sexuels. Il nie avoir tenté d’étouffer ces affaires mais admet que l’Eglise a trop souvent cherché à protéger ses prêtres et religieux, au détriment des victimes.
«J’en ai été profondément choqué tout comme tant d’autres personnes, tant à l’intérieur qu’en dehors de l’Eglise. Mes sentiments allaient de la honte à la colère, avec toutefois une volonté ferme d’entreprendre quelque chose», a affirmé l’ancien président de la Conférence épiscopale belge devant les membres de la commission réunis à Bruxelles.
Mgr Danneels a assuré qu’il n’avait jamais refusé un dialogue ouvert et une conversation avec les victimes et qu’il en avait d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises. Il a ainsi resitué dans son contexte la fameuse entrevue avec la délégation de victimes (réunies par Rik Devillé) et répété qu’il n’avait «rien pu faire d’autre que de les orienter vers les évêques respectifs ou les supérieurs religieux tout en insistant sur le fait qu’il était souhaitable de s’adresser à la police ou à la justice», rapporte le site de l’Eglise catholique en Belgique (www.catho.be). L’ancien archevêque de Maline-Bruxelles a cependant pointé le côté sombre de l’Eglise, qui a trop souvent pensé d’abord à elle-même et à ses prêtres et religieux et non aux victimes. Mais aussi le positionnement clérical de l’époque où l’Eglise et les prêtres en général étaient mis sur un piédestal.
Accusé en septembre dernier par le quotidien flamand «De Standaard» et plusieurs autres médias d’avoir tenté de camoufler les affaires d’abus sexuels commis par Mgr Roger Vangheluwe, ancien évêque de Bruges, le cardinal Danneels a relevé devant la commission que c’est à la demande de Mgr Vangheluwe qu’il a rencontré sa famille et son neveu qui avait été abusé. Il admet toutefois avoir fait une «erreur d’appréciation» sur certains points. Lors d’une récente interview, il a affirmé en effet: «J’aurais dû l’inciter tout de suite à présenter sa démission, au lieu de tenter de le réconcilier avec sa famille».
«La question que nous devons tous continuer de poser est: Comment était-il possible qu’autant de mal ait pu être commis et que l’on n’a pas pris conscience plus tôt de la souffrance immense causée aux enfants et aux jeunes ? Que cela ait pu se passer dans toute la société est déjà grave en soi, mais dans un contexte de confiance tel que l’Eglise se veut être, c’est encore bien plus grave», a affirmé le cardinal Danneels devant la commission parlementaire. Concluant: «L’Eglise ne peut devenir pleinement elle-même que lorsqu’elle gagne en humilité et en esprit de service et lorsqu’elle se laisse guider par l’évangile que Jésus Christ a enseigné et vécu».
L’ancien archevêque ne s’est pas prononcé sur la question d’un dédommagement aux victimes. Ce sujet sera traité par la Conférence épiscopale belge, dont il ne fait plus partie. Le 22 décembre ce sera au tour de son successeur et Primat de Belgique, l’archevêque de Malines-Bruxelles André-Joseph Leonard, de s’exprimer devant cette même commission. (apic/com/bb)
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