Russie: Le patriarche Cyrille Ier a célébré Noël en présence du président Medvedev

Une occasion de réaffirmer les bonnes relations avec l’Etat

Moscou, 7 janvier 2011 (Apic) Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Cyrille a célébré, le 6 janvier au soir, la messe de la nuit de Noël, en la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. La messe a réuni de grandes personnalités politiques, dont le président Dmitri Medvedev et sa femme, ainsi que des milliers de fidèles.

Dans son homélie, le patriarche Cyrille Ier, qui n’a fait aucune référence aux récents attentats perpétrés en Egypte contre les coptes, a appelé les fidèles à prier pour des valeurs telles que la «patrie», «l’unité nationale» et «l’âme chrétienne». «Nous rendons grâce à Dieu non seulement par les prières et par le chant, mais aussi par les bonnes œuvres pour le bien de notre prochain, pour le bien de notre peuple, pour le bien de l’Eglise, pour le bien de la patrie», a-t-il notamment déclaré, selon l’agence russe RIA Novosti. Des valeurs qui sont chères au Kremlin et au président Dmitri Medvedev, présent à la cérémonie aux côtés de sa femme Svetlana. Ce dernier a échangé des vœux et des cadeaux avec le patriarche.

Selon AsiaNews, le président russe avait envoyé ses voeux à ses concitoyens, quelques heures auparavant via Twitter. «Noël nous apporte des valeurs intemporelles comme l’amour et la bonté, qui ont été utilisés pendant des siècles pour renforcer les valeurs morales et l’unité du peuple russe. Ces valeurs forment encore aujourd’hui les bases sur lesquelles notre société peut construire et développer la Russie, de façon constructive et pacifique», a-t-il écrit.

Une Russie «forte et unie»

La fête de Noël donne l’occasion à l’Eglise orthodoxe russe de réaffirmer sa volonté de collaboration toujours plus étroite avec le gouvernement, au nom d’une Russie «forte et unie». En effet, pour la première fois depuis la chute du communisme, cette dernière a retrouvé son prestige du temps des tsars. Arrivé au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine a toujours affiché avec ostentation ses convictions religieuses, rêvant de redonner au pays son lustre d’antan en se basant notamment sur l’Eglise, devenue le symbole des valeurs universelles piétinées par le pouvoir athée. Oligarques, hauts fonctionnaires et membres des mafias se sont précipités dans les églises, à la suite du nouveau «tsar», écrit Nathalie Ouvaroff, sur Slate.fr.

Ainsi, l’Eglise orthodoxe russe a gagné en puissance et en influence ce qu’elle a perdu en popularité. «Les prêtres de paroisse flairant la bonne aubaine ont été jusqu’à remettre au goût du jour la pratique des indulgences qui permet d’absoudre ses péchés et même ses crimes contre une somme rondelette, qui ne sert pas toujours à l’entretien de la paroisse ni au soutien des plus défavorisés», écrit encore la journaliste. Cette dernière relève qu’une partie des fidèles ont tourné le dos à l’Eglise, du fait de sa collusion avec l’Etat.

A Moscou, par exemple, les faveurs de la municipalité envers le patriarche ne sont pas du goût de tout le monde. Toujours selon Nathalie Ouvaroff, ce dernier a obtenu l’autorisation de construire 200 églises pour une ville qui en compte déjà 900 cents, qui, sauf les jours de grande fête, sont désespérément vides. En outre, des manifestations antireligieuses ont eu lieu dans tout le pays, à la suite de la tentative du patriarcat de récupérer des églises qui avaient appartenu aux catholiques.

Des prêtres bientôt en politique?

Finalement, la marge de manœuvre de Cyrille Ier est particulièrement étroite. Des prises de positions trop fortes contre la politique menée par le Kremlin feraient certes remonter sa cote de popularité, mais risquerait de porter un rude coup à la position retrouvée de l’Eglise.

Reste que celle-ci compte désormais interférer dans la politique russe, comme l’a annoncé l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, président du Comité synodal pour les relations entre l’Eglise orthodoxe russe et la société, le 18 décembre dernier, sur les ondes de la radio «Echo de Moscou». «Les prêtres russes auront le droit de participer aux activités politiques si l’Eglise en a besoin», a déclaré l’archiprêtre, qui a ainsi confirmé que l’Eglise orthodoxe russe examine un projet de document permettant aux prêtres de se présenter aux élections de tous les niveaux. Toutefois, «cela ne signifie pas que tout prêtre pourra avancer sa candidature à la Douma (chambre basse du parlement russe) quand bon lui semble. Il s’agit de cas exceptionnels» qui devront toujours être approuvés par le Saint Synode, a expliqué Vsevolod Tchapline, à l’agence RIA Novosti.

Encadré

Un Noël sous haute surveillance

Plus de 150 millions de fidèles, dans 30’000 églises et 800 monastères russes orthodoxes célèbrent Noël, le 7 janvier, dans quelque 60 pays de la planète. Selon l’agence AsiaNews, à Moscou, 7 000 agents de sécurité ont été mobilisés pour garantir la sécurité des cérémonies, suite aux récentes menaces d’attaques terroristes contre les chrétiens. Tous les lieux de culte orthodoxe de la ville, soit 286 églises et monastères, étaient surveillés par des brigades canines, ainsi que les principales stations de métro.

Deuxième fête la plus importante pour les chrétiens après Pâques, Noël est célébré en Russie selon le calendrier julien toujours en vigueur dans l’Eglise orthodoxe russe. Cette différence d’avec l’Eglise catholique remonte à 1582, quand le pape Grégoire XIII a institué le calendrier grégorien plus synchronisé avec le soleil que le calendrier julien établi par Jules César en 46 avant J.-C. (apic/asianews/rianovosti/slate.fr/no/nd)

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