Pakistan: Manifestation pour la peine de mort en cas de blasphème
Karachi, 10 janvier 2011 (Apic) Plus de 40’000 personnes ont manifesté à Karachi, dans le sud du Pakistan, le dimanche 9 janvier. Elles se sont opposées à toute révision de la loi prévoyant la peine de mort en cas de blasphème contre l’islam. De son côté, le policier qui a tué un gouverneur le 4 janvier reçoit, chaque jour, des manifestations de soutien.
La manifestation de Karachi, capitale économique du Pakistan (quelque 18 millions d’habitants), a été organisée par des partis fondamentalistes musulmans, apprend-on de l’AFP. Selon un officier de police de la ville, «il y avait plus de 40’000 manifestants».
Mardi à Islamabad, Malik Mumtaz Hussain Qadri (policier d’élite) a abattu d’une rafale Salman Taseer, gouverneur de la province du Pendjab, dont il assurait la protection. Selon le gouvernement, le meurtre a été commis parce que le gouverneur voulait amender la loi anti-blasphème, contestée par une minorité après la récente condamnation à mort d’une chrétienne accusée par des femmes musulmanes d’avoir blasphémé contre le prophète Mahomet. Salman Taseer était une figure libérale, membre du Parti du peuple pakistanais (PPP) au pouvoir, et opposé aux fondamentalistes musulmans.
Même si le gouvernement pakistanais a répété qu’il n’était pas question d’amender la loi sur le blasphème, on a pu lire sur une banderole des manifestants: «Nous sommes prêts à sacrifier nos vies pour la dignité du prophète Mahomet».
De nombreux manifestants arboraient la photographie de Malik Mumtaz Hussain Qadri, arrêté après le meurtre du gouverneur. Il jouit désormais d’un soutien croissant dans toutes les couches de la société pakistanaise et dans certains médias. Chaque jour, des manifestations de soutien sont organisées en sa faveur. A Karachi, on criait même: «Mumtaz Qadri n’est pas un meurtrier, c’est un héros», lit-on dans l’AFP.
Malik Mumtaz Hussain Qadri dit «avoir tué Salman Taseer seul, sans l’aide d’une quelconque organisation religieuse ou extrémiste», a déclaré Haroon Joya, chef de la police du quartier d’Islamabad à l’agence APF. Quadri sera auditionné le 24 janvier, selon Malik Waheed Anjum, un de ses avocats.
Salman Taseer a eu droit à des funérailles nationales. Cependant, seules les élites se sont dites horrifiées par son assassinat.
Le pays est le théâtre d’une montée en puissance des partis religieux. Une campagne sanglante d’attentats, perpétrés essentiellement par des kamikazes des talibans alliés à Al-Qaïda, a fait plus de 4’000 morts en trois ans et demi. L’été 2007, les talibans ont décrété le jihad au gouvernement d’Islamabad, pour son soutien à la «guerre contre le terrorisme» de Washington depuis fin 2001. (apic/afp/ggc)
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