«L’Eglise ne pourra que prendre ses distances»

Rome: Prudence du Vatican concernant la dernière affaire de mœurs de Silvio Berlusconi

Rome, 19 janvier 2011 (Apic) Alors que le président du Conseil italien Silvio Berlusconi, accusé de prostitution de mineure et d’abus de fonctions, se trouve au cœur d’une tempête judicaire sans précédent, le Vatican a préféré jusqu’à présent jouer la carte de la discrétion, laissant aux évêques italiens le soin de réagir. Dans les jours à venir, l’agenda politique du Vatican et de la Conférence épiscopale italienne (CEI) offrira cependant des occasions d’aborder le sujet, au moins lors d’entretiens privés entre le Vatican, l’Eglise et le pouvoir italien.

Pour l’heure, «L’Osservatore Romano» et «Radio Vatican», les deux principaux organes de communication du Saint-Siège, n’ont pas commenté cette affaire de mœurs, qui pourrait entraîner la démission du Premier ministre italien, déjà affaibli sur la scène politique. Seuls quelques paragraphes laconiques y étaient consacrés. «Avvenire», l’influent quotidien des évêques italiens, a en revanche rompu le silence en indiquant, le 18 janvier, avoir «déjà rappelé de façon répétée à tous – et en premier lieu au président du Conseil – qu’il faut une dose de sobriété et de respect pour soi-même et pour les autres (…) pour opérer dignement dans la sphère publique».

Selon Andrea Tornielli, le vaticaniste du quotidien italien «Il Giornale», proche de la majorité gouvernementale, interrogé par I.MEDIA, «il existe certainement une volonté de prudence de la part du Vatican, qui peut s’expliquer par le fait que le Saint-Siège estime ne pas avoir à intervenir lorsqu’il s’agit de questions qui relèvent du domaine privé et non des relations avec l’Italie». Si le Saint-Siège venait à aborder cette affaire, ce serait toujours de façon indirecte, sans nommer explicitement le président du Conseil italien, pense Andrea Tornielli.

Dans une interview publiée par le quotidien transalpin «Il Secolo XIX», le 19 janvier, Mgr Gianfranco Girotti, régent de la Pénitencerie apostolique, a estimé pour sa part que «si ce que les journaux écrivent à propos du président du Conseil des ministres italien se révélait être vrai, l’Eglise ne pourrait que prendre ses distances». A ses yeux, faire comme si de rien n’était reviendrait pour l’Eglise à aller à l’encontre de son identité.

Rencontres à venir

Ce que les médias italiens surnomment le «Rubygate», du nom de Ruby, la jeune fille avec laquelle Silvio Berlusconi est soupçonné par la justice d’avoir eu des relations sexuelles lorsqu’elle n’avait que 17 ans, pourrait être abordé lors des rencontres prévues dans les semaines à venir entre les autorités civiles et religieuses en Italie.

Le 18 février prochain aura lieu l’anniversaire de la signature des Accords du Latran (1929). Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, sera présent à la réception qui se tient tous les ans à cette date à l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège, le «Palazzo Borromeo», à Rome, en présence du président du conseil italien et du président de la République Giorgio Napolitano.

Auparavant, une rencontre devrait très certainement avoir lieu au Vatican entre Benoît XVI et le cardinal Angelo Bagnasco, président de la CEI, le 22 janvier, à l’approche de l’ouverture du Conseil permanent des évêques italiens, prévu deux jours plus tard. Il est fort probable que le cardinal Bagnasco aborde cette affaire dans le traditionnel discours qu’il prononcera en début de séance, et dont le contenu est toujours soumis au préalable à la lecture du pape.

Le 14 janvier dernier, le parquet de Milan a annoncé qu’il mènerait une enquête sur Silvio Berlusconi. Le chef du gouvernement, 74 ans, est soupçonné d’avoir payé les prestations d’une prostituée mineure, Ruby, une jeune Marocaine, au cours de fêtes organisées dans sa villa d’Arcore, près de Milan. Il serait aussi intervenu pour la faire libérer lorsqu’elle avait été interpellée pour un vol présumé, en mai 2010. (apic/imedia/cp/nd)

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