«Une condamnation directe de la politique pakistanaise n’améliorerait pas la situation»

Pakistan: Mgr Saldanha remercie les pays européens de leur soutien

Lahore, 25 janvier 2011 (Apic) Selon Mgr Lawrence Saldanha, archevêque de Lahore, la situation se calme progressivement au Pakistan. Lors d’un entretien téléphonique avec «Eglise d’Asie», l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP) le 24 janvier 2011, il a annoncé que tous les croyants de pays sont invités, à l’initiative des catholiques, à «une journée de prière et de jeûne pour la paix et l’unité», le dimanche 30 janvier.

Commentant une résolution votée le 20 janvier par le Parlement européen à Strasbourg – qui demandait au président pakistanais d’accorder sa grâce à Asia Bibi (*) –, Mgr Saldanha, archevêque de Lahore et président de la Conférence des évêques catholique du Pakistan, a exprimé sa reconnaissance pour le soutien manifesté par les pays occidentaux envers la jeune femme en particulier, et les minorités religieuses du Pakistan en général. Il a ajouté que, si les chrétiens pakistanais sont reconnaissants pour les marques de soutien reçues des pays européens, une condamnation directe du Pakistan par les instances européennes «ne produirait aucun résultat positif». Selon lui, il vaudrait mieux attendre que l’opinion publique au Pakistan se désintéresse du cas Asia Bibi, ce qui permettra à la Haute Cour de justice d’examiner en toute sérénité l’affaire pour la rejuger, établir la non-culpabilité de la jeune chrétienne et enfin l’acquitter.

Chrétiens et musulmans ensemble pour prier

Mgr Saldanha a invité, le 30 janvier, tous les représentants des associations de défense des droits de l’Homme et des libertés civiles du Lahore, pour que chrétiens et musulmans «soient ensemble pour prier». La rencontre aura lieu à l’école Sainte-Marie, un établissement catholique de Gulberg (quartier sud-est de Lahore). Ce même jour, l’Eglise catholique organisera des rassemblements de prière dans tout le pays.

Manifestations «politiques»

Ces dernières semaines, des manifestations ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues des grandes villes du pays, pour réclamer la libération du meurtrier du gouverneur Salman Taseer (**), ou promettre l’exécution extrajudiciaire d’Asia Bibi. Selon Mgr Saldanha, ce sont des manifestations «politiques», où l’émotion joue une grande part. Par contre, l’archevêque a exprimé sa préoccupation face à l’absence de perspective quant à une éventuelle réforme des lois anti-blasphème. Mais «à terme», une action est possible à ses yeux. «Je ne suis pas trop pessimiste», a-t-il conclu.

Les dates du procès en appel d’Asia Bibi sont encore incertaines. Selon les avocats de la jeune chrétienne, une première audience pourrait être fixée d’ici la fin du mois de janvier. Selon certains observateurs locaux, les juges estimeront peut-être plus sage de reporter le procès, tant la tension sociale, politique et religieuse demeure vive. De leur côté, les défenseurs d’Asia Bibi craignent qu’un procès trop précoce expose la jeune femme aux balles de radicaux, qui se proposent, par milliers sur Internet, de l’exécuter.

Front uni des mouvements islamistes

Politiquement, le contexte ne se prête pas à un apaisement immédiat des tensions. Face à un gouvernement affaibli par la défection de plusieurs de ses alliés à l’Assemblée nationale, l’affaire Asia Bibi et l’assassinat du gouverneur Taseer ont joué en faveur des mouvements islamistes. Alors qu’ils étaient jusqu’ici divisés en formations rivales, ils présentent désormais un front uni. La Tehreek-e-Tahaffuz-e Namoos-e-Risalat (TTNR, Alliance pour la défense de l’honneur du Prophète) – un réseau de partis et de mouvements islamiques – a réussi à agréger tous les groupes extrémistes du pays. La TTNR promeut un programme d’islamisation nationale, exigeant le maintien en l’état des lois anti-blasphème et menaçant de mort ceux qui en souhaitent l’abrogation.

(*) Cette chrétienne a été accusée par des femmes de son village d’avoir insulté l’islam, à la suite d’une dispute survenue dans les champs. Elle a alors été condamnée à mort pour blasphème contre Mahomet.

(**) Le gouverneur de la province du Pendjab a été assassiné par l’un de ses gardes du corps, le 4 janvier à Islamabad, pour ses opinions en faveur d’une réforme des lois anti-blasphème. (apic/eda/ggc)

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