Suisse: Lancement en mars de la campagne de carême 2011

Extraction minière et droit à l’alimentation: un business indigeste!

Lausanne, 25 janvier 2011 (Apic) La campagne de carême 2011 – qui se déroulera du 9 mars au dimanche de Pâques 24 avril 2011 – porte sur l’extraction minière et le droit à l’alimentation, qualifiant les activités minières dans les pays du tiers-monde de «business indigeste». Cette campagne veut sensibiliser la population de la Suisse sur les conditions de vie des populations qui subissent les conséquences désastreuses de l’exploitation minière sur leur terre, particulièrement en Afrique.

«Extraction minière: un business indigeste», tel est le slogan de la campagne œcuménique de cette année menée en commun par les œuvres d’entraide catholique «Action de Carême» (AdC), protestante «Pain pour le Prochain» (PPP) et catholique-chrétienne «Etre Partenaires». Il s’agit d’un volet d’une campagne pluriannuelle sur le droit à l’alimentation et la sécurité alimentaire. L’exploitation des mines met trop souvent en danger le droit à l’alimentation des populations locales, notent les initiateurs de cette campagne.

Durant toute la période de carême, de nombreuses actions seront mises sur pied pour sensibiliser la population suisse aux conséquences dramatiques de l’extraction et de la commercialisation des minerais dans certaines régions du tiers-monde, en particulier en Afrique. Déplacées ou exploitées par des entreprises transnationales sans scrupules (américaines, chinoises, mais aussi suisses), des populations entières sont appauvries et affamées: une situation dramatique qui s’envenime parfois avec l’éclatement de conflits sanglants.

La campagne sera marquée par plusieurs opérations dans toute la Suisse

Ainsi, le 2 avril sera la traditionnelle «Journée des roses». «160’000 roses pour le droit à l’alimentation» seront vendues – par des bénévoles – dans tout le pays. L’intégralité des bénéfices de cette vente ponctuelle de roses labellisées «Max Havelaar» et offertes par la Migros est destinée à des projets d’»Action de Carême» et de «Pain pour le Prochain».

Plus de 80’000 enfants vivent dans la rue en République démocratique du Congo (RDC), et le produit de la vente de ces «roses qui portent leurs fruits» permettront d’aider financièrement le projet «Kipedano», menée par des femmes de l’Eglise évangélique méthodiste du Nord-Katanga, en RDC. Ce projet est soutenu par PPP, tandis que AdC soutient avec cet argent un programme d’autonomisation des paysans de la région de Mwilambongo/Idiofa, mené par le Centre de Développement Rural (CDR), une organisation partenaire d’AdC.

Bénéficiant de la collaboration de boulangeries suisses, l’action «Pain du partage» propose, durant toute la durée de la campagne, la vente de pains ornés d’un petit drapeau aux couleurs d’AdC et de PPP. Pour chaque pain vendu, 50 centimes seront reversés aux organisations partenaires pour financer leurs projets solidaires respectifs. Cette action a commencé en 2008, et l’an dernier, 140 boulangeries romandes ont participé à la campagne.

Pétition pour que les entreprises respectent les droits humains

De plus, comme chaque année, des soupes œcuméniques seront servies dans la plupart des villes et villages du pays. En marge de ces opérations, AdC et PPP lancent une pétition qui demande au Conseil fédéral «de s’engager à élaborer un cadre politique cohérent, clair et transparent en matière d’entreprises internationales et de droits humains, qui permette un encadrement des entreprises du secteur minier qui ont leur siège dans notre pays». Plus de détails sur www.droitalimentation.ch/petition

Des conférences du pasteur Jacques di Mapianda Bakulu, invité de la campagne, seront organisées dans les régions romandes durant tout le carême. Coordinateur du Centre pour la Promotion et l’Education des Communautés de Base (CEPECO) à Boma, en RDC, il témoignera de la manière dont les communautés locales sont confrontées à l’exploitation du pétrole.

Encadré

La RDC, un peuple pauvre et pourtant des richesses minières à profusion

De nombreux pays d’Afrique, comme d’Asie et d’Amérique latine, sont riches en matières premières. La République démocratique du Congo (RDC), par exemple, a l’un des sous-sols les plus riches au monde: elle dispose du tiers des réserves mondiales de cobalt, 10% des réserves de cuivre et 80% de coltan. Elle fait partie des quatre plus grands producteurs mondiaux de diamants. Et pourtant, la RDC est l’un des pays les plus pauvres de la planète: elle figure au 168e rang sur 169 dans l’index de développement humain (PNUD). Près de 60% de sa population vit avec moins de 1,25 dollars par jour. Enfin, sur une population de 60,8 millions d’habitants, 41,9 millions souffrent de la faim (Statistiques FAO).

En fait, les richesses de la RDC sont tout simplement pillées: les concessions pour l’extraction des matières premières sont attribuées par l’Etat à des entreprises transnationales, qui obtiennent souvent d’importants privilèges. Les conséquences sont multiples: conflits, destruction de l’environnement, déplacement de populations entières, conditions de travail déplorables – autant d’éléments qui mettent en danger la vie humaine dans et autour de la mine. Les négociations de ces concessions sont menées sans la population, qui n’a pas droit à la parole.

Ceux qui vivaient avec ces trésors dans leur sol deviennent des sans-terre, ou des travailleurs sans droits. Au lieu de profiter de ces richesses, ils doivent s’en aller ou travailler pour un salaire de misère. Leur droit à l’alimentation est bafoué, sans parler de leur droit à vivre dans la dignité. La mine profite aux sociétés transnationales, et ces grands groupes ne paient pas ou peu d’impôts et de redevances dans les pays d’extraction. Selon Oxfam, 50 milliards de dollars (soit 5 fois le PIB de la RDC) échappent annuellement aux gouvernements des pays en développement en raison d’avantages fiscaux ou de manipulations comptables qui permettent aux entreprises de se soustraire au fisc. De même, les salaires versés sont si bas que la valeur ajoutée sur place est minimale. Résultat: ces richesses quittent le pays, de manière légale ou illégale, et ne profitent pas à la population locale.

Quel lien avec la Suisse ? «Du pétrole pour nos voitures; du platine pour les catalyseurs diesel; du cobalt et du coltan dans les batteries de nos téléphones et ordinateurs portables, ou encore du cuivre dans les composants de nos appareils électroniques. En Suisse aussi, on consomme les matières premières extraites de ces mines. Par ailleurs, de puissantes entreprises suisses sont actives en Afrique et ailleurs dans l’exploitation et le commerce de minerais. Leurs chiffres d’affaire s’élèvent à plusieurs centaines de milliards de dollars. Glencore, Xstrata ou Metalor font partie des entreprises suisses les plus actives dans le secteur», notent «Action de Carême» et «Pain pour le Prochain». (apic/sic/adc/com/be)

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