Un débat entre politiciens et Eglise qui n’en finit pas
Bonne, 27 janvier 2011 (Apic) En Allemagne, le débat sur le célibat obligatoire des prêtres dans l’Eglise catholique se durcit. Le président du Bundestag, Norbert Lammert, a renouvelé mercredi 26 janvier ses critiques à l’égard de cette pratique. A l’opposé, le cardinal allemand Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des sciences historiques, a affirmé que, dans cette question, la politique n’avait rien à dire.
Dans la dernière édition du quotidien hambourgeois «Die Zeit», le président allemand a écrit que «celui qui tient à tout prix au célibat obligatoire des prêtres entraîne les paroisses dans la détresse pastorale». Le politicien de la CDU visait ainsi la pénurie de prêtres en Allemagne: «En 1960, près de 15’500 prêtres étaient engagés dans la pastorale; aujourd’hui, ils ne sont plus que 8’500. Et en 2010, seuls 150 hommes ont désiré devenir prêtres dans l’Eglise catholique.»
Le président Lammert a réitéré sa proposition d’ouvrir à l’avenir le sacerdoce aux hommes mariés. Le cas échéant, il faudrait envisager une dérogation régionale pour l’Allemagne. Il a reconnu qu’il y avait «des raisons tout à fait respectables en faveur du célibat». Par exemple, «les obligations maritales ou parentales n’existant pas, le prêtre est plus libre dans son ministère et peut se consacrer entièrement à la pastorale.» Mais, dit-il, en Allemagne il y a depuis longtemps une situation d’urgence exceptionnelle dans le domaine de la pastorale. Aujourd’hui déjà, de nombreux croyants sont privés de leur droit d’assister à la messe dominicale, ou il est extrêmement difficile de satisfaire leurs vœux».
Mgr Brandmüller a parlé, en revanche, d’une «campagne» des politiciens allemands. «C’est une ’insulte personnelle’ aux très nombreux prêtres qui ont choisi, qui vivent et assument fidèlement leur célibat», a-t-il déclaré dans une lettre ouverte. Pour lui, c’est, en fin de compte, Jésus lui-même qui est offensé.
Le prélat bavarois, historien de l’Eglise, demande à Norbert Lemmert ce qui le légitime à prendre position sur un sujet interne à l’Eglise, qui ne le concerne ni officiellement ni personnellement. La semaine dernière, Norbert Lambert, Annette Schavan, ministre de l’Education, l’ancien ministre président de Thuringe, Bernhard Vogel et Dieter Althaus (tous de la CDU) ont demandé aux évêques allemands de faire les démarches à Rome pour rendre possible l’ordination de «viri probati».
Pour le cardinal Brandmüller, l’initiative des politiciens ne concerne pas que le célibat, «mais constitue un premier pas vers une autre Eglise». Proposer une voie particulière pour l’Allemagne conduit, selon lui, «dans le voisinage d’un schisme, et la création d’une Eglise nationale». Le recours à la pénurie de prêtres comme argument contre le célibat apparaît, en regard de la baisse de fréquentation des églises et du nombre de croyants dans «une lumière singulière».
Le prélat a défendu le célibat qui fait partie intégrante de la tradition de l’Eglise catholique. «Il est clair, d’après les recherches historiques, que dans les premiers temps des hommes mariés ont été consacrés prêtre et évêques, mais que, dès leur ordination, ils ont poursuivi leur vie de famille mais ont abandonné leur vie conjugale». Le prêtre qui vit en célibataire prend pour modèle de vie celle du «Maître». L’Eglise universelle et même un concile œcuménique ne doivent pas et peuvent pas ignorer cette tradition apostolique, a-t-il écrit.
Le Forum des catholiques allemands a aussi condamné l’initiative des politiciens de la CDU.
«Ne vous occupez pas des questions d’ordre interne à l’Eglise», a averti le porte-parole du Forum, Hubert Gindert. Les politiciens feraient bien mieux de «s’occuper de leurs tâches premières et les plus essentielles, à savoir la protection globale de l’être humain, de sa conception à sa mort, et donc du bien commun».
Hubert Gindert a rappelé qu’il appartient à la foi des catholiques de «sentire cum ecclesia». Cette disposition vise à accepter, avec le cœur et la raison, l’héritage de Jésus à son Eglise, de le préserver fidèlement et de le mettre en pratique dans la vie quotidienne. C’est au nom du Forum et d’autres groupes catholiques laïcs conservateurs, comme «Jeunesse 2000», la «Association des femmes catholiques (»Marianische Liga») et la «Génération Benoît XVI» qu’il s’est exprimé . (apic/kna/pem/js)
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