Un cercle de silence au cœur de Genève

Genève: Solidarité avec les «sans-papiers» en compagnie du frère Alain Richard

Genève, 30 janvier 2011 (Apic) Une soixantaine de personnes formant un cercle au bout de la Plaine de Plainpalais, du côté de la Place du Cirque. En silence. De douze à treize heures, ce samedi. Avec, au centre, une bougie. Des passants s’approchent. On leur remet un tract où il est écrit «Non à la dénonciation des élèves sans-papiers» et «Non à la suppression des assurances sociales pour les sans-papiers». L’un ou l’autre de ces passants s’insère dans le cercle.

C’est le premier «cercle de silence» à Genève. Pour le mettre sur pied, la Commission tiers-monde de l’Église catholique (COTMEC), le Service solidarité et société de l’Église protestante et l’Aumônerie œcuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) ont fait appel à l’initiateur de ces manifestations, à Toulouse, le frère franciscain Alain Richard, 86 ans. Cependant, avant de l’entendre, ils ont donné la parole à une Bolivienne «sans-papiers», en Suisse depuis avril 2005. Qui a parlé des difficultés à se loger – on s’entasse à six ou huit dans un studio – à faire respecter les conditions convenues avec l’employeur, de la peur de l’expulsion… «Nous sommes reconnaissants à la Suisse qui nous donne du travail et nous tolère, mais elle ne nous intègre pas».

Il y a encore eu des informations sur les «sans-papiers» (»En fait, ils ont des papiers, mais pas les bons «) données par Giangiorgio Gargantini, du Syndicat interprofessionnel des travailleurs (SIT) qui accompagne depuis des années les «travailleurs sans statut légal», comme ils préfèrent s’appeler. Ceux, en particulier, qui œuvrent dans l’économie domestique. Il a évoqué, entre autres, les nouvelles menaces des autorités fédérales qui envisagent de priver les «sans-papiers» d’assurances sociales et d’inciter les enseignants à dénoncer les élèves clandestins…

Participer à la défaite de la violence

C’est à partir de cette réalité que s’est exprimé Alain Richard. Il a lui-même initié, avec ses frères franciscains, un cercle de silence pour protester contre l’enfermement des «sans papiers» dans le centre de rétention proche de Toulouse. Depuis octobre 2007, des dizaines ou des centaines de personnes se rassemblent ainsi chaque dernier mardi du mois sur la place du Capitole, au cœur de la ville. Et de tels cercles se sont répandus dans toute la France – on en compte aujourd’hui 170 – et jusque dans le canton de Vaud.

«Chacun peut participer à la défaite de la violence!» a affirmé Alain Richard. Pour cela, il s’agit de prendre conscience de notre force intérieure, de la mobiliser et de l’unir à la force d’autres personnes. «La violence, a-t-il ajouté, est le refus d’une relation. Or, le Dieu de Jésus-Christ et un Dieu de relation. Quand nous refusons la relation, nous refusons Dieu. Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus de chrétiens actifs contre la violence».

Une violence qui prend de multiples formes, par exemple celle de dispositions qui, pour être légales, n’en sont pas moins illégitimes. Dans la plupart des cas, elle a pour origine des peurs. «C’est pourquoi il importe de respecter nos adversaires. Nous ne pourrons avancer qu’avec l’aide de ceux qui s’opposent à nous. Notre silence et notre prière veulent rejoindre les sans-papiers, mais aussi ceux qui font la loi et ceux qui l’appliquent et ne sont pas tous satisfaits de ce qu’ils font. Ils imposent la violence parce qu’ils ne voient pas comment agir autrement.»

S’indigner

Au départ, il y a une indignation. Qui ne se traduit pas, dit Alain Richard, par des cris et des insultes. Il faut éviter de céder à une colère destructrice – qui finit par vous détruire vous-même – et trouver un moyen d’exprimer cette indignation d’une manière digne permettant de faire ressentir la gravité de la situation. Le silence – un silence non méprisant – est habité par la douleur éprouvée devant une atteinte à l’humanité. Il ne s’agit pas d’un cercle de prière, a précisé le franciscain, même si des croyants, de diverses religions, peuvent prier s’ils le veulent. Ce qui est requis, c’est une démarche d’intériorité.

«Nous nous offrons le luxe d’un temps pour écouter notre conscience», a poursuivi Alain Richard. «Avant d’être une action, le cercle de silence est une expérience personnelle vécue en groupe qui peut nous faire bouger à des vitesses différentes et peut-être dans des directions un peu différentes». Car il réunit des personnes qui pourraient facilement se diviser s’il était question de religions, d’idéologies, de partis politiques. Il appartient à chacun de se demander s’il peut avancer. «Si ce n’est pas d’un grand pas, ce sera d’un centimètre, de deux… " Sans compétition avec son voisin.

Bien entendu, les cercles de silence ne suffisent pas à tout résoudre. D’autres initiatives sont à prendre «dans cette Europe qui se bâtit comme une citadelle». Il faut être créatif et patient. Et sans doute commencer par tisser des liens avec les sans-papiers, en les considérant comme des êtres humains.

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