La fin du monde en 2012, un sujet de discussion tenace
Le Noirmont, 2 février 2012 (Apic) Est-il vrai que la fin du monde aura lieu en 2012? Cette question mainte fois soulevée actuellement a inspiré la conférence donnée le 28 janvier dernier sous l’église du Noirmont par le diacre Didier Berret. Le thème semble bien choisi: son exposé a fait salle comble.
«La fin du monde en 2012 !? Quelques clés pour lire l’Apocalypse», tel était le titre de la conférence animée avec passion par le professeur de sciences religieuses au lycée cantonal à Porrentruy.
«Etymologiquement, le mot ’apocalypse’ est la transcription du terme grec apokalupsis signifiant ’mise à nu’ ou ’révélation’. Le problème, c’est que l’on a puisé dans le livre de l’Apocalypse des images auxquelles on a donné un sens erroné pour finalement en faire un désastre apocalyptique», a indiqué l’abbé Jean-Marie Berret, prêtre au Noirmont, en préambule à la conférence de son neveu.
«Depuis l’antiquité, des prédictions de fin du monde ont toujours été annoncées, sans qu’elles se soient accomplies. Tout récemment le film ’2012’ a présenté la vision ’made in Hollywood’ de la prochaine échéance basée sur une interprétation du calendrier Maya qui s’arrête au 21 décembre 2012.» En quelques phrases, le bibliste de Porrentruy capte l’attention des 120 personnes qui ont fait le déplacement au Noirmont. «Dans le film 2012, réalisé par Roland Emmerich, on peut voir une séquence durant laquelle les chrétiens priant au Vatican sont écrasés par le dôme de la basilique Saint-Pierre qui s’écroule. Par contre, la scène montrant la Mecque ravagée par les flots a été volontairement retirée du scénario, Emmerich ne voulant pas subir les conséquences d’une fatwa qui l’amènerait à devoir vivre avec des gardes du corps jusqu’à la fin de ses jours.»
L’anecdote fait rire l’assistance et Didier Berret revient sur le mayanisme à l’origine de cette prédiction qui a succédé à celle de Nostradamus annonçant la destruction du monde par chute de météorites le 9 septembre 1999 (9/9/99). L’exégète évoque aussi les suicides collectifs dans certaines sectes. Il cite notamment celui de Guyana où, en novembre 1978, plus de 900 adeptes du Temple des peuples se sont empoisonnés. Il rappelle la tragédie de l’Ordre du Temple Solaire qui a vu disparaître plus de 70 personnes au Canada, en France et en Suisse.
La fin du monde est évoquée sur tous les continents, dans toutes les croyances. Didier Berret dresse un panorama succinct des canevas présentés par les différents courants religieux, notamment dans le Coran, dans le judaïsme, dans l’hindouisme ou le bouddhisme. «Les hindous disent que le temps du chaos arrivera lorsque la seule loi sera celle du riche et que la violence, la tromperie et l’immoralité triompheront. Dans le Coran, le jugement dernier est omniprésent, il sera précédé par des signes précurseurs comme des catastrophes naturelles et le son de la trompette de l’ange Isrāfīl qui sonne l’anéantissement puis la résurrection qui précède le jugement dernier. Des schémas classiques que l’on retrouve dans toute la littérature judéo-chrétienne.»
Derrière l’orateur, des images projetées sur grand écran illustrent ses propos : l’une d’elles présente Tintin abordé (dans un cauchemar) par Philippulus le Prophète qui clame la venue de la fin des temps. «L’apocalypse est souvent présentée par des images terrifiantes, avec la menace d’une catastrophe cosmique, avec la peur de la bête de l’apocalypse, de l’antéchrist, du démon qui nous dévore, d’un jugement dernier impitoyable où des foules entières périssent dans les flammes de l’enfer, même si l’iconographie a changé au gré des époques, de l’antiquité à nos jours en passant par le Moyen-âge».
«L’idée de l’imminence de la fin des temps se trouve dans les premiers temps du christianisme déjà, provoquée par une interprétation de ces paroles de Jésus: «Cette génération ne passera pas avant que tout ceci n’arrive». Deux mille ans plus tard, qu’est-ce qui n’a pas passé?» Selon Didier Berret, trois des quatre Evangiles annoncent d’une certaine manière la fin des temps. «Mais ces textes ont été rédigés après la destruction du temple de Jérusalem, ce qui n’est pas anodin. Ainsi il est écrit, dans l’évangile de Luc, à propos du Temple de Jérusalem: «Ce que vous contemplez-là, viendront des jours il n’en restera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit.» Ce passage n’est pas forcément une prédiction, Jésus veut souligner qu’il y a des choses plus importantes que de belles constructions en pierre.»
Didier Berret va plus loin: «La Bible n’est pas un livre codé que quelques individus plus malins que les autres arrivent à décoder. Il n’y a pas un mystère à percer qui nous permettrait de savoir quand la fin des temps arrivera. La preuve c’est que Jésus lui-même a dit: «Je ne sais pas quand ça arrivera, seul le Père le sait», c’est un fait rapporté par les évangélistes.»
L’Apocalypse de Jean n’est pas la seule connue, les apocalypses font partie d’un genre littéraire avec des codes, un vocabulaire et des images: «C’est un genre littéraire né dans le milieu juif deux siècles avant Jésus Christ. L’un des meilleurs exemples est dans l’évangile de Mathieu. Quand Jésus a été crucifié, les autres Evangiles disent que Jésus meurt sur la croix. Mais Mathieu, avec sa sensibilité juive, va déployer tout un tas d’images pour dire qu’à cet instant-là, les rochers se sont fendus, que la terre a tremblé ou que les morts se sont relevés. Mathieu est le seul à raconter cet événement de cette manière. C’est sa façon de dire que la mort de Jésus a été un bouleversement pour l’humanité. Le genre apocalyptique utilise cette manière de ’peindre’ les choses.» (apic/sic/pt/bb)
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