Allemagne: Le célibat des prêtres fait couler beaucoup d’encre

Le cardinal Karl Lehmann regrette le ton du débat

Mayence, 2 février 2011 (Apic) Le cardinal mayençais Karl Lehmann a regretté le ton en usage dans le débat sur le célibat des prêtres, le 1er février dans le journal de son diocèse. Le même jour, l’abbé Franz Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a condamné la prise de position des politiciens de la CDU. La question des «viri probati» n’a pas fini de diviser l’Allemagne.

Dans un texte publié le 1er février dans le journal du diocèse «Glaube und Leben», le cardinal Karl Lehmann a critiqué la position de certains commentateurs, qui reprochent au personnel ecclésiastique une incapacité à se renouveler. Mais il a, en parallèle, regretté le ton affiché par le cardinal Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des sciences historiques, dans sa lettre condamnant la prise de position des politiciens de la CDU.

Un style inadéquat

Lorsqu’on aborde le thème des «viri probati», on ne devrait pas d’emblée exiger une autre Eglise, souligne le cardinal Lehmann. Mais pour le prélat, le plus décevant, c’est la lettre du cardinal Brandmüller, qui malmène le président du Bundestag – et ce faisant la plus haute autorité allemande après le président de la République -, la ministre de l’Education et trois anciens ministres présidents de grand mérite, qui s’engagent depuis des dizaines d’années pour l’Eglise. «Dans notre pays, ce n’est pas un style adéquat pour communiquer nos différences d’opinion», affirme le cardinal Lehmann.

Entorse à Vatican II

S’exprimant également sur le débat, l’abbé Franz Schmidberger a déclaré le 1er février à Stuttgart: «En tant que supérieur du district d’Allemagne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, je constate avec étonnement que cette prise de position constitue une entorse claire aux décisions de Vatican II». Et de sommer les politiciens de la CDU de retirer leur déclaration.

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, fondée en 1969 par l’archevêque Marcel Lefebvre, rejette les réformes centrales entreprises par l’Eglise au 20e siècle. Elle n’est pas reconnue par le Vatican. Le pape Benoît XVI a levé l’excommunication de quatre évêques appartenant à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, en janvier 2009, afin d’amorcer un dialogue avec le groupe conservateur.

Libre-service dans les décrets du Concile

D’après l’abbé Schmidberger, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X affirme que seules quelques parties du Concile – celles qui sont en conflit avec la tradition – nécessitent des améliorations. Le supérieur du district reproche une «mentalité de libre-service» aux signataires du texte demandant que l’accès au sacerdoce soit autorisé aux hommes mariés. «On a l’impression que le Concile est réduit à un buffet de décrets, on y prend ce qui nous plaît. Le reste, on le renvoie à la cuisine romaine. La personne qui promeut la reconnaissance du Concile dans toute son ampleur doit également s’y tenir», affirme l’abbé Schmidberger.

Le Concile de Vatican II (1962-1965) avait souligné l’importance du célibat des prêtres dans l’Eglise catholique romaine. Les représentants du Vatican ont cependant toujours reconnu qu’il ne s’agissait pas d’un dogme.

Une demande aux évêques

Le débat actuel a pour origine une prise de position de politiciens catholiques de la CDU, demandant un assouplissement de la règle du célibat. Parmi les signataires, Norbert Lambert, président du Bundestag, Annette Schavan, ministre de l’Education, et les anciens ministres présidents Bernhard Vogel, Erwin Teufel et Dieter Althaus. Le texte, sous la forme d’une demande adressé aux évêques allemands, a pour titre: «Comment remédier au manque croissant de prêtres».

Le cardinal Brandmüller avait entre autres accusé les politiciens de faire campagne et avait jugé qu’il s’agissait d’une insulte personnelle pour la majorité des prêtres qui choisissent librement le célibat et l’assument fidèlement. Il avait demandé aux politiciens en quoi ils étaient légitimés à se positionner sur un débat interne à l’Eglise, un débat qui ne les touchait ni dans la fonction ni de façon personnelle. (apic/kna/job/am/amc)

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