Roumanie: Le métropolite Bartolomeu de Cluj enterré jeudi à la cathédrale de la Dormition

Figure controversée de l’orthodoxie roumaine sous le communisme

Bucarest, 2 février 2011 (Apic) Le métropolite Bartolomeu Anania de Cluj, Alba, Crisana et Maramures, en Roumanie, décédé lundi 31 janvier à un mois de son 90e anniversaire, sera enterré jeudi 3 février dans la cathédrale de la Dormition à Cluj, au nord-ouest de la Roumanie. Jusqu’à l’élection d’un nouveau métropolite, annonce l’Eglise orthodoxe roumaine, c’est le patriarche Daniel (Ciobotea) qui aura la charge (comme «locum tenens») de ce diocèse.

Le métropolite Bartolomeu Anania de Cluj était l’un des représentants les plus significatifs de l’ambiguïté dans laquelle l’orthodoxie, en Roumanie comme en d’autres pays, a dû assumer ses responsabilités sous la dictature communiste. Il avait commencé sa vie de militant par un engagement douteux à l’extrême droite de l’échiquier politique roumain des années 1930.

Engagement douteux aux côtés de la Garde de Fer

Né en 1921, Valeriu Anania s’était en effet impliqué très jeune, comme beaucoup d’intellectuels orthodoxes de cette génération, dans la Garde de Fer (dite «Légion de l’archange Michel»), d’un antisémitisme féroce, ce qui valut par deux fois la prison au jeune homme. Ce passé le rattrapa vingt ans plus tard: devenu moine et diacre en 1941, il fut expulsé de Cluj à l’arrivée des communistes. Le refuge trouvé à la bibliothèque du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, à Bucarest, ne le mit pas à l’abri des geôles communistes. Condamné à 25 ans de travaux forcés pour ce même engagement, il fut enfermé de 1958 à 1964.

A partir de cette période, les exégèses divergent quant au ressort de la vie de Bartolomeu (son nom de moine) Anania, avec son séjour aux Etats-Unis de 1965 à 1976: y fut-il envoyé par l’Eglise pour être à l’abri des persécutions ou, comme il l’assuma à demi-mot à la fin de sa vie, par la sinistre Securitate, la police secrète roumaine du dictateur Ceausescu, pour y servir d’informateur ? Pour nombre d’observateurs, l’affaire reste loin d’être claire…

Héraut nationaliste et conservateur

Il occupa ce temps américain, au cours duquel il fut ordonné prêtre, à sa vocation d’écrivain et de dramaturge, avant de revenir en Roumanie pour y diriger un institut biblique. La fin du communisme lui valut l’épiscopat en 1993 – à 72 ans, âge fort tardif au regard de la tradition orientale – puis la consécration comme métropolite de Cluj en 2006.

C’est à ce titre que ce «lion de Transylvanie» fut, à la mort du patriarche Teoctist en 2007, le candidat opposé au métropolite Daniel de Moldavie. Celui-ci, candidat ouvert à l’Occident et à l’œcuménisme, fut élu assez largement, face au héraut nationaliste et conservateur que se flattait d’être le dignitaire qui vient de disparaître. «Sa mort, largement commentée dans les médias sur un ton très consensuel, et ses obsèques solennelles jeudi, pourraient marquer une volonté de cette Eglise aux blessures encore vives, de tourner une page décidément lourde de son histoire», note un commentateur à Bucarest.

«Une personnalité d’exception», pour le Premier ministre Emil Boc

Dans son message de condoléances, le Premier ministre Emil Boc, parlant d’une «lourde perte» salue «une personnalité d’exception», «un homme de culture, un père de la vie spirituelle, une grande personnalité de l’orthodoxie et un prélat de l’Eglise orthodoxe roumaine», poète et dramaturge, «érudit et combattant au nom de la vérité, de la tradition et de l’esprit roumain». Le métropolite Bartolomeu Anania, écrit encore le Premier ministre Emil Boc, «restera dans notre conscience comme une personnalité de grande force, qui a sacrifié sa vie au service de l’Eglise et du peuple roumain, en affirmant avec persévérance et fermeté, quelles que soient les conjonctures, ses convictions concernant la foi et les valeurs de l’âme roumaine.» (apic/mk/be)

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