Lausanne: Le neurobiologiste Peter Clarke analyse le lien entre l’âme et le corps humain

Pas de conflit entre science et foi

Lausanne, 31 janvier 2011 (Apic) Le scientifique Peter Clarke, 64 ans, est un lecteur assidu de la Bible. De sa lecture et de son expérience scientifique, il en a déduit que l’âme renvoie généralement à la personne entière plutôt qu’à une substance qui constituerait l’être humain. A la lumière des Ecritures, il propose le terme de «monisme à double aspect» plutôt que d’en retenir une vision dualiste. Explications avec un neurobiologiste qui affiche sa foi sans complexe.

«Je n’ai jamais trouvé le moindre conflit entre science et foi», réplique Peter Clarke quand on lui demande comment il arrive à s’intéresser à la neurobiologie et aux questions de la foi. En 2008, le neurobiologiste est invité à participer à un colloque au sujet de l’âme et du cerveau à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine en France.

Dans ce colloque comme dans le livre qui en est sorti, l’enseignant analyse les conséquences du développement des neurosciences sur la vision de l’être humain. Selon lui, on ne peut comprendre le comportement de l’être humain qu’en analysant le fonctionnement de ses neurones. Mais il précise à ce sujet qu’on n’a pas besoin de parler de l’âme comme un élément séparé qui interagirait avec le corps. C’est que le Lausannois ne voit jamais dans la Bible une vision dualiste âme-corps. A son avis, lorsqu’on évoque le vocable âme dans les Ecritures, il fait souvent référence à la personne entière plutôt qu’à une simple substance de l’être humain. Dans sa façon d’appréhender l’être humain, le neurobiologiste lausannois préfère le nom de «monisme à double aspect». A la manière de son inspirateur Donald MacKay, philosophe évangélique et lui-même neuroscientifique, Peter Clarke, est convaincu que l’âme et le cerveau sont 2 faces complémentaires de l’être humain qui est une entité unique. Pour se faire mieux comprendre, notre interlocuteur donne l’image d’un ordinateur qui marche avec un programme donné. «Tant que l’ordinateur marche, on ne va pas chercher à séparer le fonctionnement de l’ordinateur et du programme parce qu’on n’utilisera pas l’un sans l’autre», commente-t-il. «Mais le programme peut survivre la destruction de l’ordinateur, car il peut être installé sur un autre ordinateur. De même, nos âmes pourront exister au ciel associé avec un nouveau corps.»

L’idée d’une âme immortelle est plus grecque que biblique

Face à la conception du neurobiologiste qu’il affirme partager avec de nombreux théologiens, surtout d’obédience évangélique, nous sommes renvoyés loin de la dualité de l’Homme tel qu’il est conçu par la théologie traditionnelle. L’être humain n’est plus composé d’un corps matériel et d’une âme immatérielle qui survit à la destruction du corps. Cela implique que les ressorts intimes de la vie personnelle résident dans ce qui n’est pas accessible aux sens. «Nombreux sont les théologiens contemporains qui considèrent que l’idée d’une âme immortelle est davantage grecque que biblique», relève le chercheur, qui ajoute que la vie éternelle est un don de Dieu, pas une qualité inhérente de l’âme.

Peter Clarke compte approfondir ces questions dès sa retraite, dans une année. En attendant, il continue de travailler en alliant science et foi. «Les Saintes Ecritures nous apprennent comment aller au ciel, pas comment le ciel doit aller», explique-t-il en reprenant les mots de Galilée, physicien et astronome du 17e siècle. «J’essaie de creuser des questions en relation avec le cerveau et je donne parfois des conférences portant sur des sujets comme ’l’Homme et le cerveau’, ’le cerveau et le libre arbitre’», confie l’intellectuel, visiblement fier d’être chrétien. Il sait aussi que nous sommes dans une société occidentale sécularisée, mais cela ne l’empêche pas de parler avec ses collègues de sa «foi en Christ».

Paroissien engagé au sein de l’Eglise évangélique de Villard à Lausanne, le spécialiste du cerveau affirme être ouvert aux autres discours sur le rapport âme-corps. «Il paraît cependant nécessaire de montrer mon avis par rapport à ceux qui aimeraient réduire l’humain à un fonctionnement physico-chimique», fait-il comprendre.

Peter Clarke: «L’âme et les neurosciences: le dualisme en question», in «L’âme et le cerveau. L’enjeu des neurosciences», Charols, Excelsis, 2009, p. 29-64. (apic/dng/amc)

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