«Un acte de capitulation», pour l’Eglise catholique

Pakistan: Le projet d’amendement de la loi anti-blasphème est abandonné

Lahore, 4 février 2011 (Apic) Le 2 février dernier, le Premier ministre pakistanais Yousaf Raza Gilani a informé l’Assemblée nationale que son gouvernement n’avait jamais eu l’intention d’apporter un quelconque changement aux lois anti-blasphème. Le comité qui avait été formé pour étudier une refonte de ces lois a été dissous.

«C’est un acte de capitulation.» C’est par ces mots que Mgr Lawrence Saldanha, archevêque de Lahore et président de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, a accueilli la nouvelle du retrait d’un projet visant à amender la loi anti-blasphème, rapporte l’agence Eglises d’Asie.

Le chef du gouvernement a précisé que Sherry Rehman, membre du Parti du peuple pakistanais (PPP), au pouvoir, qui avait déposé «à titre personnel» une proposition d’amendement demandant l’abandon de la peine capitale pour les crimes de blasphème contre Mahomet, avait retiré son texte.

La décision du Premier ministre s’inscrit dans un contexte politique de plus en tendu pour le PPP. Dans les grandes villes, les manifestations se sont multipliées pour appeler à une plus forte islamisation de la société. Les mots d’ordre sont le maintien en l’état de la loi anti-blasphème et l’acquittement de Mumtaz Hussain Qadri, garde du corps de Salman Taseer, gouverneur de la province du Pendjab, qu’il avait assassiné le 4 janvier dernier en raison du soutien que celui-ci apportait à la révision des lois anti-blasphème.

Le nom de Benoît XVI conspué

Ainsi, le 31 janvier, plusieurs dizaines de milliers de manifestants réunis à l’appel des partis religieux ont conspué le nom de Benoît XVI qui, dans son discours au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, avait le 10 janvier dernier appelé à l’abrogation des lois anti-blasphème.

Pour Sherry Rehman, ancienne ministre de l’Information et grande figure libérale du PPP, la situation devenait intenable. Avec l’assassinat de Salman Taseer, elle était devenue quasiment la seule personnalité du pays à réclamer une révision des lois sur le blasphème. Menacée de mort par les islamistes, la députée avait déclaré le 3 février devant une nuée de journalistes: «Je n’ai pas d’autre option que de me ranger à la décision de mon parti. Ce projet de loi n’avait pas pour objet d’abroger la loi anti-blasphème, mais de mieux protéger le nom de notre grand Prophète Mahomet contre les injustices.» Elle ajoutait: «La politique qui consiste à satisfaire aux exigences des extrémistes aura des conséquences funestes.»

Céder aux pressions musulmanes est une erreur

Pour Mgr Lawrence Saldanha, «céder aux pressions des partis musulmans est une erreur. Le gouvernement cède sur tout et il est clair qu’à court terme, il n’existe plus aucun espoir de voir amender ces lois controversées». Il a rappelé que «ce sont les pauvres et les chrétiens qui ont le plus souffert des lois anti-blasphème». Désormais, conclut-il, «même les élèves ont peur de parler, de débattre ou d’écrire au sujet du Prophète», allusion à l’arrestation d’un lycéen le 29 janvier dernier. Agé de 17 ans, élève d’un lycée privé de Karachi, Sami Ullah a été accusé d’avoir écrit des commentaires blasphématoires dans un devoir ; ses examinateurs avaient alors averti la police, qui l’avait ensuite placé en détention.

Héritées d’une législation remontant à la colonisation britannique, les lois anti-blasphème ont été réactualisées par Zia ul-Haq en 1986, à un moment où le dictateur appuyait son pouvoir sur l’islamisation du Pakistan, rappelle Eglises d’Asie. Durcis en 1991, les articles 295 B et 295 C du Code pénal prévoient la peine de mort en cas d’offense à Mahomet et la prison à perpétuité en cas de profanation du Coran. Les responsables chrétiens ainsi que les défenseurs des droits de l’homme expliquent que ces deux articles du Code pénal sont en réalité détournés pour régler des litiges personnels, fonciers ou commerciaux ou bien encore pour persécuter les non-musulmans. (apic/eda/bb)

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