Egypte: Grave contradiction entre consumérisme vanté par les media et pauvreté populaire

C’est la base de la révolte, estime l’évêque copte catholique de Louxor

Louxor, 6 février 2011 (Apic) La grave contradiction entre le consumérisme vanté par les media et la pauvreté populaire est à la base de la révolte du peuple égyptien, estime Mgr Youhannes Zakaria, évêque copte catholique de Louxor. «La situation est calme parce que toute la population de Louxor, chrétiens comme musulmans, travaille pour le tourisme», a déclaré à l’agence d’information vaticane «Fides» Mgr Youhannes Zakaria, évêque des coptes catholiques de Louxor, en Haute-Egypte.

«Tous ont intérêt à éviter les désordres afin de préserver le tourisme. Malheureusement, la présence de touristes est presque nulle. J’ai parlé avec des personnes qui travaillent dans les hôtels et les bazars et ils m’ont décrit une situation préoccupante. Les premiers à en faire les frais sont les travailleurs les plus pauvres qui se retrouvent sans travail et sans salaire».

Prières dans les églises pour la paix dans le pays

«Dans nos églises, nous prions chaque jour pour la paix dans notre pays. Je tente d’y participer chaque soir de manière à insuffler calme et espérance aux fidèles», affirme Mgr Zakaria.

«Le monde vit un moment difficile, causé par la crise économique et financière mondiale qui se reflète de manière particulièrement lourde sur les pays en voie de développement. A la base de tout se trouve une politique centrée sur l’égoïsme et non sur la promotion de la dignité humaine. Si seulement avaient été écoutés les avertissements contenus dans les documents et dans les messages de Jean Paul II et Benoît XVI qui indiquent clairement que la voie de la paix passe par la promotion de la dignité de tous», insiste Mgr Zakaria.

Des jeunes sans perspectives d’avenir à la pointe de la révolte

«Ce sont surtout les jeunes qui n’ont pas de perspectives d’avenir qui sont à la pointe de la révolte. Les media ont eu un rôle dans le déclenchement de leur rage parce qu’ils ont diffusé la culture de l’éphémère et du consumérisme dans un pays qui compte nombre de personnes pauvres. Au cinéma et à la télévision sont montrés de façon continue des films et téléfilms tournés dans des édifices luxueux alors qu’une grande partie des Egyptiens ont des difficultés à nourrir leur famille».

«Ce qui se passe actuellement en Egypte pourrait arriver dans tout autre pays où existe un contraste social et économique aussi fort», conclut Mgr Zakaria.

Les islamistes en embuscade

Si nombre d’observateurs estiment que la révolte est avant tout socio-économique, le Père Samir Khalil Samir évoque pour sa part le risque d’islamisation. En Egypte, les mouvements islamistes dont font partie les Frères musulmans «veulent le pouvoir», affirme le jésuite égyptien, qui enseigne l’islamologie et la culture arabe à Beyrouth, au Liban. Alors que des centaines de milliers d’Egyptiens manifestent quotidiennement dans le centre du Caire contre le régime de Moubarak, le Père jésuite est revenu pour Radio Vatican sur les raisons de ces protestations. Il évoque notamment le risque que les mouvements extrémistes islamistes profitent de cette instabilité pour prendre le pouvoir.

Le Père Samir Khalil Samir évoque les difficultés économiques vécues par une grande partie de la population: «environ 40% de la population égyptienne vit dans des conditions de pauvreté absolue, ils n’arrivent pas à deux dollars par personne et par jour. En un an, les prix ont augmenté de 5 à 30 fois. Les riches en profitent, mais les pauvres en paient les conséquences».

Face à cela, «le gouvernement fait peu de choses… Et de là naît le danger de l’islamisme, parce que les mouvements islamistes fondamentaux, dont les ›Frères musulmans’ et d’autres, ont compris que pour gagner des votes, il suffit de promouvoir des œuvres sociales». Le Père jésuite estime que les groupes islamistes veulent effectivement le pouvoir. «Les ›Frères musulmans’ sont nés en 1928 dans ce but: créer des pays vraiment islamiques, parce qu’ils pensent que l’Egypte est trop influencée par l’Occident, qu’elle n’est pas suffisamment musulmane». «Ils veulent donc le pouvoir pour faire les réformes qu’ils considèrent comme les meilleures pour le peuple et que d’autres considèrent comme pires», affirme-t-il.

Pas loin de 40% d’analphabètes

«Pour le moment – ajoute le Père Samir Khalil Samir – il y a une répression et le régime de Moubarak, dès le début, a interdit ces groupes politiques mais cela ne limite pas leur rayon d’action. Ils entrent dans d’autres partis sous n’importe quel nom pour proposer une politique islamique». Mais, estime-t-il, l’Egypte est un pays modéré et par nature, «l’Egyptien n’est pas rebelle. Il veut simplement vivre». Des réformes en profondeur sont nécessaires, car l’école égyptienne, par exemple, se trouve dans une situation catastrophique, avec beaucoup d’analphabètes qui arrivent sur le marché du travail. «La réalité, c’est que nous ne sommes pas loin de 40% d’analphabètes». (apic/fides/be)

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