Bangladesh: L’Eglise condamne la flagellation à mort d’une adolescente victime de viol

Exécutée au nom de la charia

Dhaka, 7 février 2011 (Apic) L’Eglise catholique au Bangladesh a fermement condamné la flagellation à mort d’une adolescente victime de viol. Hena Begum, 14 ans, a été exécutée au nom de la charia, suite à une fatwa (décret religieux) émise par les responsables religieux musulmans de son village, à Chamta, dans le district de Shariatpur, au centre du Bangladesh.

La jeune fille a été violée dans la nuit du 30 janvier par son cousin Mahbub, âgé d’une quarantaine d’années. Elle a été exécutée en vertu d’une pratique désormais interdite au Bangladesh mais qui sévit toujours en milieu rural. «Bien que les fatwas aient été déclarées illégales dans ce pays, les populations des régions reculées souffrent toujours de ces pratiques qui constituent de graves violations des droits de l’homme», a déclaré le Père Albert Thomas Rozario, secrétaire de la Commission épiscopale catholique «Justice et Paix» du Bangladesh.

Les punitions infligées selon les lois de la charia sont pourtant interdites

«Les gens doivent être avertis que les lois qui sont en vigueur dans le pays n’autorisent pas les punitions infligées selon les lois de la charia», a ajouté le prêtre catholique, qui est également avocat à la Cour suprême du Bangladesh.

Alertés par les cris de la victime violée dans la nuit du 30 janvier, la femme de Mahbub, le violeur, et son frère, étaient accourus sur les lieux et s’en étaient pris à l’adolescente. Ils l’ont battue, avant que le père de Hena et d’autres membres de sa famille ne viennent à son secours.

La victime condamnée pour «participation au crime»

Dès le lendemain, la nouvelle s’étant ébruitée, une dizaine d’habitants du village, dont Idris Fakir, membre de l’union parishad (unité administrative locale), un enseignant de la madrasa de Chamta et l’imam de la mosquée, se réunirent en tribunal improvisé pour juger l’affaire selon la charia. Ils prononcèrent une fatwa, condamnant le violeur à verser une amende et à recevoir 200 coups de fouet en public, et ordonnant également la victime à subir 100 coups de fouet en public pour «participation au crime».

La sentence de Mahbub fut réduite à 100 coups de fouet, mais Hena ne put échapper à l’application du châtiment et perdit conscience au bout d’une soixantaine de coups. Ses proches la conduisirent à l’hôpital de Naria où elle décéda peu après, dans la nuit du lundi 1er février.

Le 2 février, quatre hommes ont été arrêtés, en lien avec le décès de l’adolescente, suite à une plainte déposée par le père de Hena au poste de police de Naria. Sur les 18 personnes accusées de participation à l’exécution de la jeune fille, seuls l’imam de la mosquée de Chamta, Idris Fakir (qui avait tenté de dissuader le père de la victime de porter plainte en lui proposant une importante somme d’argent) et deux autres personnes ont été écroués. Mahbub et les autres suspects sont actuellement en fuite et recherchés par la police.

Où étaient les autorités légales et qu’ont-elles fait?

Parallèlement, les autorités du district de Shariatpur ont été sommées de s’expliquer sur le fait qu’elles n’avaient pu empêcher l’exécution de la sentence. Les forces de l’ordre ont été également chargées de rendre d’ici trois semaines un rapport à la Haute Cour, afin de proposer des mesures pour prévenir d’autres drames de même nature.

De nombreuses organisations des droits de l’homme ont manifesté dans le district de Shariatpur, demandant que tous les responsables de la mort de Hena, dont ceux qui avaient émis la fatwa, soient sanctionnés de manière exemplaire. Parmi ces ONG, l’Alliance pour la répression des crimes domestiques – qui lutte également contre toute forme de violence exercée contre les femmes – et la Commission des droits de l’homme ont organisé des chaînes humaines en signe de protestation devant la préfecture de police.

Malgré une loi promulguée en 2010 par la Haute Cour du Bangladesh interdisant l’application de la charia dans le pays, les associations humanitaires locales affirment que des dizaines de fatwas sont émises chaque année par des conseils de village musulmans comme celui de Chamta.

Les femmes dans le collimateur des conseils de village musulmans

Peu de temps avant Hena, un autre cas de fatwa ayant conduit à la mort de la victime avait fait la «une» des journaux du Bangladesh: en décembre dernier, une femme de 40 ans, du district de Rajshahi, était décédée des suites de la bastonnade publique ordonnée par une fatwa du conseil religieux de son village, sur accusation présumée d’adultère avec son gendre.

Au Bangladesh, environ 90% de la population est musulmane, 8% est hindoue, les 2% restants regroupant les autres religions. On estime que les chrétiens représentent, toutes confessions confondues, environ 1% de la population, dont une moitié de catholiques. (apic/eda/ucanews/be)

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