«Le FSM me renforce dans l’idée que nous pouvons changer ce monde»

Sénégal: Le 11e Forum social mondial, une occasion unique pour la société civile africaine

Dakar, 7 février 2011 (Apic) Personnalité de la société civile sénégalaise, Souleymane Bassoum est le coordinateur au Sénégal du programme d’Action de Carême, l’oeuvre d’entraide des catholiques de Suisse. Cet agronome sénégalais, âgé de 48 ans et père de huit enfants, vit à Thiès, troisième plus grande ville du pays, située à 70 km à l’est de Dakar.

A l’occasion du 11e Forum social mondial, qui se tient à Dakar du 6 au 11 février 2011, Souleymane Bassoum livre à l’Apic sa vision du FSM.

Apic: Comment le FSM a-t-il été préparé au Sénégal, en dehors de Dakar?

Souleymane Bassoum (SB): Dans tout le Sénégal, nous avons agi selon une logique décentralisée, avec des comités d’organisation régionaux. Cela a débouché sur la préparation d’une grande diversité d’initiatives et d’activités. Par exemple, dans la région de Thiès, le 2 février nous avons organisé une journée de mobilisation dans les écoles, en mettant l’accent sur le rôle et la vision de la participation citoyenne, ainsi que sur la contribution des élèves et des enseignants au Forum social mondial. Ce fut très positif.

Apic: Vous attendez donc une participation massive de Thiès au FSM?

SB: Non. Il y aura essentiellement une présence des délégués et des représentants d’organisations. Par exemple, dans nos associations, nous avons calculé que si nous voulions garantir la participation de 7 personnes durant 5 jours, nous devions prévoir un budget équivalent à 300 francs suisses (comprenant le transport, la nourriture, le logement, l’entrée au Forum qui est de 2.50 Frs pour toute la semaine). Il s’agit d’un montant énorme pour des organisations de base, dont les ressources sont limitées.

Apic: Alors, il n’y aura pas de déplacement de Thiès à Dakar?

SB: La population de Thiès a déjà mené plusieurs activités, à certains moments, pour préparer le FSM. D’abord, une opération de nettoyage général dans les quartiers, pour montrer la signification d’une participation citoyenne réelle. Ensuite, la mobilisation dans les écoles, y compris en demandant aux élèves d’écrire des poèmes sur le Forum. Enfin, une action de clôture du processus préparatoire qui a eu lieu mercredi dernier. Nous concevons le Forum comme mouvement, comme processus décentralisé dans le pays même.

Apic: Que signifie le FSM pour le Sénégal, et pour l’Afrique en général?

SB: Une occasion à ne pas manquer. C’est peut-être la seule fois de notre vie que nous pouvons participer à une rencontre de cette nature. Il est essentiel – comme ONG et comme associations de base – de nous rendre compte et de sentir que nous ne sommes pas seuls au monde; que notre action est importante.

Ce sera une occasion unique de pouvoir rencontrer et échanger nos opinions avec ceux qui travaillent et construisent selon une perspective similaire à la nôtre. Une possibilité d’apprendre et d’apporter.

Les coordinateurs, les animateurs et les représentants de l’Action de Carême au Sénégal vont y participer et assurer le suivi de l’axe thématique concernant l’économie populaire et solidaire. Cela comprend la programmation de nombreuses activités: les finances solidaires, la caisse de solidarité, notre responsabilité citoyenne pour assurer les services sociaux de base. Nous voulons échanger nos expériences… pour améliorer notre travail futur.

Apic: Quelle est la principale attente de l’ensemble des ONG, syndicats et mouvement sociaux du Sénégal?

SB: Nous sommes conscients que le FSM est quelque chose d’unique. Nous sommes impliqués depuis plus de 6 mois dans l’organisation de cette session. Ma première attente, c’est de me renforcer dans l’idée que nous pouvons changer ce monde. Comprendre que nous avons les mêmes buts, ici et dans les pays du Nord, tant au Sénégal qu’en Suisse. Nous avons les mêmes problématiques financières, des défis semblables en matière de syndicalisme et de migration…

C’est une opportunité unique pour la société civile, les ONG, les syndicats, une bonne partie des partis politique: la chance de se rencontrer et de plaider pour inventer du neuf. Beaucoup de gens comme nous partent d’une conviction profonde que nous pouvons et devons faire quelque chose, que tout peut changer, que nous ne pouvons pas accepter le présent et la situation actuelle du pays et du monde comme quelque chose de définitif.

Apic: Pensez-vous qu’il y aura vraiment une mobilisation citoyenne intense à Dakar?

SB: Je n’en doute pas. Nous avons commencé à nous réunir, il y a 8 mois, et nous travaillons intensément depuis 6 mois. Il y a une bonne préparation, une participation intéressante de plusieurs secteurs de la population. Nous avons décentralisé nos tâches: nous avons organisé des pré-forums dans les régions pour expliquer les objectifs. Le FSM est connu de tout le monde.

Néanmoins, nous sommes conscients d’être confrontés à un défi énorme. Il n’est pas simple d’organiser une réunion aussi grande pour 60’000 personnes. Nous avons dû affronter des problèmes réels: ainsi, la crise de l’électricité a beaucoup conditionné notre fonctionnement et nos communications. A certains moments, nous ne pouvions travailler que 3 heures par jour, faute de courant. Plus de 700 activités sont prévues. Il s’agit d’un événement majeur, mais à un bon moment. Le Sénégal est un pays accessible. Et la société civile s’est investie activement dans la préparation du FSM.

Apic: Et l’Etat?

SB: Ces dernières heures, des signes laissent entendre que l’Etat a compris la dimension de l’événement. Il peut tenter de vouloir en capitaliser la portée. Mais ça ne nous préoccupe pas. Nous connaissons les fonctionnaires. Nous avons étudié et aussi milité avec beaucoup d’entre eux. Ils ne sont pas meilleurs que nous.

Ils font de la politique et nous priorisons nos options en tant que société civile. Nous nous connaissons bien, nous savons qui est qui et ce que nous voulons…

(*) L’Action de Carême développe actuellement des projets dans 9 communes rurales du Sénégal, 31 quartiers urbains et plusieurs centaines de localités de paysans et de pêcheurs. (apic/sf/ggc)

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