Le fameux liturgiste bénédictin a longtemps travaillé à l’ICEL
Washington, 8 février 2011 (Apic) L’usage du nouveau Missel en langue anglaise sera obligatoire dans toutes les paroisses de rite romain des Etats-Unis et dans d’autres régions du monde anglophone dès le 27 novembre prochain, premier dimanche de l’Avent. Mais l’unanimité n’est pas totale derrière cette version officielle, élaborée depuis de nombreuses années par la Commission internationale pour l’anglais dans la liturgie (ICEL).
Le célèbre liturgiste américain Anthony Ruff, qui a longtemps travaillé au sein de cette Commission (*), se refuse désormais à faire la promotion de la nouvelle version en langue anglaise du nouveau Missel. Il estime que cette version officielle du Missel, dont le Saint-Siège «a permis à un petit groupe de détourner» la traduction dans son stade final, a été faite de manière secrète, sans beaucoup de consultation de prêtres ou de laïcs. Il affirme que ce texte «insatisfaisant» est imposé aux Conférences nationales des évêques «en violation de leur autorité épiscopale légitime».
Le moine bénédictin, qui est professeur de liturgie et de chant grégorien à la Saint John’s University de Collegeville, dans l’Etat américain du Minnesota, a publié une lettre ouverte aux évêques américains. Il y annonce qu’il se retire désormais de toutes les conférences qu’il devait faire dans les diocèses américains pour présenter la nouvelle traduction du Missel. «Je suis sûr que les évêques souhaitent un conférencier qui puisse mettre le nouveau Missel dans une lumière positive, et cela exigerait de moi de dire des choses auxquelles je ne crois pas», a-t-il déclaré dans sa lettre ouverte publiée dans le dernier numéro d’»America» (daté du 14 février), l’hebdomadaire catholique national fondé et dirigé par des jésuites aux Etats-Unis.
Le Père Anthony Ruff faisait partie de la Commission qui a préparé en 2007 le document «Sing to the Lord: Music in Divine Worship» pour le compte de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (USCCB). Il a également fondé le Chœur des jeunes catholiques américains «National Catholic Youth Choir».
La publication du nouveau Missel est l’aboutissement de nombreuses années de travail de l’»International Commission on English in the Liturgy» (ICEL), pour rendre le Missel en langue anglaise plus proche de la troisième édition typique du «Missale Romanum» promulgué par Rome. Les traductions nouvelles ont été critiquées par une minorité d’évêques américains au motif que des expressions comme «consubstantiel» ou «oblation» seraient des mots incompréhensibles pour les Américains d’aujourd’hui. Cette traduction, qui a pris près d’une décennie, a suscité certaines réticences auprès de prêtres, d’évêques et de laïcs, qui lui reprochent de trop coller à l’original en latin, ce qui rend difficile sa compréhension par les contemporains.
Le moine bénédictin estime que le processus qui a abouti à cette traduction officielle approuvée par Rome fait partie «d’un large modèle d’impositions de haut en bas» par une autorité centrale qui ne se considère pas elle-même comme devant rendre des compte à l’église dans son entier. La lettre de protestation du Père Anthony Ruff a, semble-t-il, été écrite en bénéficiant de la permission de ses supérieurs bénédictins.
La Conférence des évêques des Etats-Unis n’a pour le moment fait aucun commentaire à propos de la lettre ouverte du Père Anthony Ruff. Notons que depuis 2003, la Congrégation vaticane pour le culte divin et la discipline des sacrements a le droit de veto sur les travaux de l’ICEL, un organisme instauré en 1963 par les Conférences des évêques anglophones.
Cette décision mettait un terme à des années de conflit sur le rôle de l’ICEL dans la traduction en anglais des textes liturgiques. Ses traductions étaient souvent controversées sur la question des genres et sur l’utilisation du langage «inclusif» visant à ne pas discriminer les femmes. Ce document romain établit un certain nombre de normes pour les traductions avec lesquelles les experts en traduction étaient en désaccord. L’instruction romaine souligne que le travail de traduction n’est pas tellement un acte de créativité ou de reformulation, mais bien la restitution exacte et fidèle des «editiones typicae’’, les éditions normatives (ou «typiques») en langue latine des textes liturgiques.
(*) Le Père Anthony Ruff, moine bénédictin de l’Abbaye de Saint Jean à Collegeville (Minnesota), a présidé jusqu’à récemment la commission musicale de l’ICEL. (apic/america/cns/be)
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