Dakar: Le Forum social mondial a fermé ses portes, le 11 février
Dakar, 12 février 2011 (Apic) Le 11e Forum social mondial (FSM) s’est terminé le 11 février 2011. Au final, trois grandes thématiques ont émergé des débats: les femmes, avec leurs organisations et leurs réseaux, la lutte des paysans contre l’accaparement des terres et, plus particulièrement, les migrants. Cette session a aussi marqué une étape majeure dans le développement du mouvement social, aussi bien à l’échelle africaine que mondiale.
Durant six jours, le FSM a été le lieu de rencontre de plusieurs mondes. Victime de gros problèmes organisationnels au début de la session, cette 11e édition aura finalement dépassé les perspectives les plus optimistes de ses coordinateurs africains.
« C’est une grande surprise pour nous-mêmes, notamment en ce qui concerne la mobilisation que le FSM a suscitée et par la participation massive, qui a doublé nos prévisions initiales (40’000 à 50’000 participants, ndlr) », souligne Taoufik Ben Abdallah, un intellectuel et militant tunisien, membre du comité africain d’organisation.
Dans son bilan, Taoufik Ben Abdallah ne dissimule pas l’autocritique relative aux graves problèmes d’organisation, le premier jour (les activités du FSM ont été partiellement paralysées, faute de salles libres pour les accueillir, ndlr), ainsi qu’aux manques techniques qui n’ont pas pu être surmontés dans certains cas. « Dès le début, ce qui a le mieux fonctionné, ce sont les villages (tentes) des femmes, des paysans, des migrants et des syndicats », indique-t-il.
Taoufik Ben Abdallah a en outre relevé que le Forum a adopté la « Déclaration de Dakar », le 11 février. Elle répertorie les priorités dégagées au niveau des mouvements sociaux, ainsi que l’agenda des actions et mobilisations prévues pour l’année 2011. Cette session de Dakar s’inscrit dans la continuité du processus initié en 2001, à Porto Alegre (Rio Grande do Sul, Brésil), et n’opère pas de brusques changements conceptuels.
« Le FSM est un espace ouvert. Nous ne nous proposons pas de réunir tous les participants pour leur imposer une volonté politique unique. C’est pourquoi élaborer une déclaration finale risquerait de diviser et d’affaiblir le FSM, plutôt que de l’ouvrir… Cela n’empêche pas les mouvements et les réseaux travaillant ensemble de pouvoir produire leurs propres déclarations communes, comme cela est arrivé dans des sessions précédentes », souligne Taoufik Ben Abdallah
Les soulèvements populaires survenus ces dernières semaines en Tunisie et en Egypte étaient omniprésents dans les débats du FSM. « Il s’agit d’une conjoncture politique que l’on n’avait pas vu depuis des années. La Tunisie et l’Egypte sont des pays africains, ce sont des nations arabes. Ce qui s’y passe a un impact direct sur tout le Continent et dans l’ensemble du monde arabe », a relevé l’intellectuel sénégalais Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives et également membre du comité d’organisation.
« Beaucoup d’autres chefs d’Etat africains tremblent aujourd’hui en voyant ce qui se passe. Et le message est clair: les peuples ont toujours le dernier mot », souligne Moussa Dembélé. Celui-ci ne doute que Dakar aura un apport direct à la consolidation des mouvements sociaux africains. « La majorité de ces mouvements, souligne-t-il, sont représentés au sein du Forum social africain (FSA) et sont venus à Dakar avec leurs programmes et leurs revendications propres, par rapport à leurs luttes spécifiques dans leurs pays et régions. Ce sera l’une des tâches du FSM, qui fédère la majorité de ces mouvements, de voir comment systématiser les idées, les propositions et les campagnes, et de penser comment renforcer ces mouvements, là où ils sont déjà présents. Et surtout comment étendre le concept du Forum, dans ces pays ou régions du Continent, où sa présence est encore faible ».
Selon Moussa Dembélé, dans le cadre de ce large processus d’accumulation de forces, il y a deux objectifs: « renforcer ces mouvements pour qu’ils articulent leurs revendications propres en faveur de la population africaine; augmenter leur capacité d’interlocuteurs face aux pouvoirs publics dans tout le Continent ». Pour l’intellectuel africain, « ce FSM a touché les thèmes essentiels des grands défis auxquels sont confrontés l’Afrique et le monde. Nous avons pu mettre sur la table les grandes questions qu’affronte le Continent: la thématique agraire, la souveraineté alimentaire, les ressources naturelles, la démocratie et la souveraineté des peuples ». En ce sens, la session de Dakar a développé une réflexion sérieuse et profonde, dépassant l’aspect de la protestation habituelle des mouvements sociaux contre la guerre, contre le changement climatique, les crises financières, l’accaparement des terres, etc. « A Dakar, l’Afrique a affirmé sa conscience. Nous en avions rêvé et nous en confirmons le succès: cette session marque une étape majeure dans le développement du mouvement social, aussi bien à l’échelle africaine que mondiale », a-t-il encore ajouté.
Pour Moussa Dembélé, « Dakar marque une rupture et une nouvelle étape. Une rupture par rapport à l’accent mis sur la protestation et par rapport à la séparation parfois vécue entre les mouvements sociaux et le monde politique ». Il estime aussi que les changements en Amérique latine sont possibles, par le rapprochement étroit entre ces mouvements et le pouvoir politique. « La réflexion menée à Dakar nous conduit à penser que tout changement de société implique aussi bien les mouvements sociaux que le monde politique. Et cela exige une nouvelle volonté politique commune », conclut Moussa Dembélé.
(*) Sergio Ferrari est responsable du service de presse du mouvement E-CHANGER à Fribourg. E-CHANGER, ONG suisse de coopération solidaire, est membre de la FGC.
« Nous avons gagné la bataille de l’information »
Des centaines de journalistes, particulièrement venant d’Afrique, ont couvert le FSM de Dakar. Beaucoup d’entre eux appartiennent à des médias alternatifs. La presse locale sénégalaise a suivi cette session de près. Le journal « Le Quotidien » a publié une édition spéciale, « Flamme d’Afrique », publication propre du Forum et de ses organisations africaines.
L’événement a aussi été systématiquement couvert par la BBC et Radio France Internationale, qui lui ont accordé des espaces relativement larges dans leurs programmes quotidiens. « Ce fut l’un des principaux succès de cette session de Dakar, en matière d’information », relève Bernard Bokodjin, sociologue de la communication.
Militant du « Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde » (CADTM), dans son pays le Togo, Bokodjin est arrivé il y a trois semaines à Dakar, pour renforcer bénévolement le petit groupe de presse du Forum. « Je pense que, malgré nos limites, le FSM a gagné la bataille médiatique, plus particulièrement en Afrique », souligne Bokodjin. « C’est aujourd’hui un défi pour le Conseil international et les organisateurs africains du FSM de garantir la continuité de ce travail, de s’approprier réellement ces contacts, pour continuer d’informer et ainsi garantir que le Forum a toujours l’impact médiatique qu’il mérite. » (apic/sf/nd)
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