Pakistan: Un nouveau cas de femme chrétienne emprisonnée pour blasphème
Faisalabad, 23 février 2011 (Apic) Une femme chrétienne, Agnes Nuggo, a été accusée de blasphème et arrêtée au sein du Diocèse de Faisalabad, dans la province du Punjab. Selon l’agence catholique Fides, ce nouveau cas de blasphème préoccupe «extrêmement» l’Eglise locale.
Selon la Commission Justice et Paix du Diocèse, Agnes a environ 50 ans, elle est mariée avec Bashir Masih, a des enfants et vit avec sa famille dans le quartier chrétien de Waris Pura. Elle a été accusée de blasphème après une dispute pour un morceau de terre, qui avait déjà créé des controverses avec sa parentèle. Un certain nombre de voisins musulmans l’ont accusé d’avoir prononcé des phrases injurieuses contre le prophète Mahomet et contre l’islam. Le 16 février 2011, la police locale a enregistré un FIR (First Information Report) conformément à l’article 295/a du Code Pénal et a procédé à son arrestation. Agnes s’est déclarée innocente et a affirmé que les accusations étaient inventées de toutes pièces.
Selon Père Nisar Barkat, directeur de la Commission Justice et Paix de Faisalabad, l’évêque Mgr Joseph Coutts a été informé du cas et l’a chargé de le suivre de près. Le Père Nisar s’est rendu au tribunal et a obtenu une copie de la plainte déposée contre Agnes. La première audience de son procès a été fixée dans deux semaines. L’Eglise lui trouvera un avocat et s’occupera de sa famille. Des religieuses connaissant personnellement Agnes ont par ailleurs déclaré que le cas était plutôt compliqué. «Cette femme a été attirée dans un piège. Certains ont voulu se venger d’elle parce que, par le passé, Agnes avait accepté de témoigner au tribunal pour de l’argent.»
Toujours selon Fides, le Père Pascal Paulus, dominicain, curé de la zone de Waris Pura, a expliqué que la situation était critique pour les chrétiens. «Il faut être très prudents. Les radicaux islamiques entendent profiter de cas de ce genre pour attaquer les minorités chrétiennes. Nous sommes exposés à des agressions déclenchées sous de faux prétextes, comme cela a déjà eu lieu par le passé», a-t-il déclaré.
Haroon Barket Masih, de la «Masihi Foundation», qui s’occupe d’Asia Bibi, voit en Agnes une «nouvelle Asia Bibi»: «Le cas d’Agnes est l’un des nombreux cas de persécution qui continuent à intervenir. La majeure partie de ces épisodes demeure cachée et n’arrive jamais sous les feux de la rampe. Les injustices sont révélées seulement lorsque les familles des victimes s’en remettent aux Eglises, aux fondations ou aux ONG. Souvent les familles se taisent par peur des rétorsions. Et les institutions sont absentes: dans cette situation, que peuvent faire les chrétiens?», s’est-elle interrogée.
Rosmary Noel, responsable de la «Pakistan Catholic Woman Organization» a pour sa part rappelé que «être une femme chrétienne au Pakistan représente un double défi. La condition féminine est déjà en soi exposée à des discriminations, à des violences et à des vexations. Les femmes rencontrent des difficultés dans leur accès à l’instruction et au monde du travail. Les femmes chrétiennes sont doublement discriminées. Elles sont considérées comme des objets par les musulmans et subissent toute sorte d’abus et d’injustices dans l’indifférence générale.»
Selon les données fournies à Fides par la Commission Justice et Paix des évêques pakistanais, avec Agnes, le nombre de femmes chrétiennes accusées et incarcérées au cours de la période 1987-2010 arrive à 16 (auxquelles viennent s’ajouter une musulmane et une hindoue). Mais de nombreux cas échappent au comptage, parce qu’ils ne s’achèvent pas par une plainte officielle. (apic/fides/pa/nd)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/une-situation-extremement-preoccupante-pour-l-eglise/