La Pastorale de l’Enfant au pays de l’enfant roi
Salvador de Bahia, 28 février 2011 (Apic) Au moment où l’Eglise brésilienne donne l’impression de se désengager de son rôle social, la Pastorale de l’Enfant accomplit au quotidien un travail de fourmi pour dispenser conseils de santé et d’hygiène à des milliers d’enfants et de mamans issus de quartiers défavorisés.
Cette pastorale, née en 1983 dans l’Etat du Parana, plus précisément à Florestopolis, dans l’archidiocèse de Londrina, est rattachée à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). Elle a été fondée par la légendaire Zilda Arns, sœur du cardinal Paulo Evaristo Arns.
Comme chaque dernier jeudi du mois, Joao de Deus Almeida Santos installe la balance dans la cour d’une maison de Pedra Furada, une favela – un bidonville – de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil. Pendant ce temps, Jonga, son épouse, dispose sur une table en plastique des thermos remplis de jus de fruits et des petits pains au fromage.
Sur le portail de la maison, divers écriteaux fabriqués à l’aide de plaques de polystyrène sont disposés pour rappeler l’importance de purifier l’eau avant de la consommer, la nécessité de rester vigilant quant aux symptômes de la pneumonie ou encore de veiller au respect de certaines règles d’hygiène et d’alimentation durant la grossesse.
Dans la cour, Sœur Solange, une religieuse suisse, et deux autres «leaders» de la communauté, préparent cahiers et crayons. D’ici quelques minutes, les premières mamans vont arriver en compagnie de leur progéniture pour participer à la «Célébration de la Vie». Un rituel qui permet à cette équipe de la Pastorale de l’Enfant d’accueillir une centaine d’enfants pour les peser, noter leur état de santé sur un carnet personnalisé et rappeler à leurs parents les règles de base pour un développement normal.
Bienvenue à la «Pastoral da Criança» (Pastorale de l’Enfant), l’une des institutions les plus respectées du Brésil. «L’idée de cette pastorale est née en 1982 en Suisse, lors d’une rencontre sur la paix mondiale entre le cardinal Paulo Evaristo Arns, à l’époque archevêque de Sao Paulo, et James Grant, alors directeur général de l’UNICEF, explique Vera Lucia Altoé, coordinatrice nationale de la Pastorale de l’Enfant.
L’année suivante, sous l’impulsion de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), Zilda Arns, la sœur du cardinal, (voir encadré), médecin de formation, a créé une première structure au sein de la paroisse de Sao Joao Batista, dans la ville de Florestopolis, au sud du Brésil. Un choix ne devant rien au hasard, puisque la ville présentait alors l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés du pays (127 décès pour 1’000 naissances). «Un an seulement après le début des activités de la Pastorale, ce taux est descendu à 28 pour 1000 !». De quoi motiver la CNBB à étendre l’expérience à tout le pays. Aujourd’hui, cette Pastorale spécialisée accompagne le développement de près de 1,8 million d’enfants âgés de 0 à 6 ans et quelque 94’000 femmes enceintes. Le tout, au sein de 42’000 communautés pauvres, réparties dans plus de 4’000 municipalités sur l’ensemble du pays.
Organisme d’action sociale de la CNBB, la Pastorale de l’Enfant est une organisation communautaire dont le travail est basé sur la solidarité et le partage du savoir. «Notre objectif est de promouvoir le développement intégral des enfants pauvres, depuis leur conception jusqu’à l’âge de six ans dans leur contexte familial et communautaire, à partir d’actions préventives en terme de santé, de nutrition, d’éducation et de citoyenneté», explique Maria Celia Vidal Lima, coordinatrice d’un secteur géographique comprenant 24 paroisses situées au coeur d’un quartier populaire de Salvador de Bahia. Une démarche sans distinction de race, de couleur, de profession, de nationalité, de sexe, ni d’orientation politique ou religieuse.
Notre travail s’appuie sur des ’leaders’, poursuit la coordinatrice. Formés en 58 heures réparties en 15 étapes, chacun de ces ’leaders’ assume le suivi de 10 à 15 enfants. L’idée est de servir de points de références au sein des communautés et créer ainsi des chaînes de solidarité. Un travail social qui demande de la disponibilité et une infaillible foi en la mission sociale de l’Eglise.
C’est le cas de Maria Lucia Pereira da Silva. «Je suis devenue volontaire lorsque j’ai vu le travail accompli par une ’leader’ d’Alagados, la favela où je vis, explique cette femme de 42 ans. Dans un quartier où les enfants souffrent d’une mauvaise alimentation, la présence de la Pastorale est importante pour faire prendre conscience aux mères de l’importance d’adopter de bonnes habitudes alimentaires». Cette mission est d’autant plus cruciale que les services publics sont quasiment inexistants dans ce bidonville où les logements insalubres sont légion malgré un plan de réhabilitation de l’habitat lancé sous l’ère du président Lula.
Une absence de services publics qui peut d’ailleurs susciter un sentiment inverse. «J’ai hésité avant de rejoindre la Pastorale de l’Enfant, admet pour sa part Lisette Noronha Silva, coordinatrice depuis trois ans de la paroisse de Santa Terezinha. Car je ne trouvais pas normal qu’une pastorale se substitue à la responsabilité de l’Etat. Mais au final, je me suis dit qu’en tant que chrétienne, je devais m’impliquer».
Un sentiment partagé par Maria Lucia, qui estime que «le social et le religieux doivent marcher ensemble !» «D’autant que notre implication, rappelle Maria Celia, s›inscrit dans notre engagement avec Dieu».
C’est d’ailleurs avec plusieurs prières que débute la «Célébration de la Vie» ce jeudi, à la Pedra Furada. Des oraisons qui laissent bien vite la place au rituel de la pesée, dans un concert de cris de terreur ou d’excitation de la part des enfants. «Cela se passe dans un climat détendu, assure Joao de Deus, entré à la Pastorale de l’Enfant il y a plus de dix ans. Nous sommes là pour faire passer quelques messages essentiels sur la prévention et délivrer quelques conseils pratiques pour changer certaines habitudes de vie».
Des moments où les hommes sont encore rares, «même si je trouve qu’il y en a de plus en plus», sourit Joao de Deus ! La pesée se termine par un goûter, englouti par les enfants. «Des fois, il faut que je fasse un peu la police, soupire Jonga. Car beaucoup d’enfants du quartier veulent participer aux agapes… même s’ils ont dépassé les six ans !»
Une fermeté observée à contre-cœur, mais qui répond à une réalité économique: «Nous ne disposons que d’un budget d’un réal (0,56 SFr.) par enfant et par mois, précise Maria Celia Vidal Lima. Cela nous oblige donc à jongler pour assurer notre mission de suivi des 3’052 enfants compris dans notre secteur».
Avec un budget (en 2008) de près de 37 millions de réais (environ 20,6 millions de SFr.), dont 70% provient du Ministère de la Santé, la Pastorale de l’Enfant possède de quoi permettre aux 260’000 volontaires (dont 92 % de femmes), répartis à travers le pays, de travailler dans des conditions correctes. Sans plus.
Mais le vrai problème est ailleurs. «Notre principale difficulté aujourd’hui est de recruter de nouveaux ’leaders’, soupire Maria Celia Vidal Lima. Les volontaires se font de plus en plus rares, généralement par manque de disponibilité, mais aussi parce que certains quartiers pour lesquels les besoins sont criants sont difficiles d’accès, voire dangereux».
D’où la volonté de privilégier un recrutement au sein même de la communauté. «C’est à la fois pratique, efficace et plus économique». Reste que cette baisse des «vocations» est problématique pour la Pastorale de l’Enfant. Et ce, même si elle s’inscrit dans l’ordre des choses. «L’objectif ultime de cette Pastorale est de disparaître un jour, lance la coordinatrice. Cela voudra dire que les services publics font leur travail et que les enfants ne seront plus en souffrance». Un rêve qui va cependant demander encore du temps pour se réaliser. Un temps durant lequel les ’leaders’ de la Pastorale de l’Enfant auront encore beaucoup de travail.
#Zilda Arns, icône de la Pastorale de l’Enfant
Son portrait trône dans tous les locaux de la Pastorale de l’Enfant du pays. Disparue sous les décombres lors du tremblement de terre en Haïti, le 12 janvier 2010, Zilda Arns Neumann était devenue, à 75 ans, la coordinatrice internationale de la Pastorale de l’Enfant. Pédiatre de formation, sœur du cardinal Paulo Evaristo Arns, archevêque de Sao Paulo, icône de la lutte contre la dictature militaire brésilienne (1964-1985), elle s’était imposée au fil du temps comme l’une des meilleures avocates des actions pastorales de l’Eglise. Elle était franciscaine séculière de la Fraternité de l’Enfant Jésus de Curitiba, au Brésil.
En 1983, elle fonde et préside durant près d’un quart de siècle la Pastorale de l’Enfant en assurant, dans une publication catholique de l’époque, qu’un tel projet est essentiel pour enseigner aux mères la manière de prendre soin de leurs enfants. «J’ai souvent observé que si leurs enfants étaient souffrants, c’était parce qu’elles manquaient d’informations. Quand on initie un projet qui répond à une nécessité, la perspective de succès est grande. Et celle-là n’a pas de frontières».
Jusqu’à sa mort, Zilda Arns Neumann a travaillé d’arrache-pied pour donner corps à un projet qui dépassait à ses yeux le simple accueil. «A travers le soin apportés aux mamans et à leurs enfants, nous favorisons également la promotion de l’alphabétisation et la lutte contre d’autres problèmes importants comme la violence domestique. Le fait de visiter chaque mois un million de familles à travers le pays crée des conditions pour que ces dernières aient un interlocuteur afin d’évoquer leurs difficultés». Une philosophie de travail qui a servi de modèle dans de nombreux pays en Afrique, en Asie et en Amérique latine. (apic/jcg/be)
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