Un acte qui ne reflète pas les valeurs chrétiennes
Multan, 23 mars 2011 (Apic) Les évêques du Pakistan, réunis à Multan dans le cadre de leur assemblée plénière, ont fermement condamné la profanation d’un exemplaire du Coran, le 20 mars 2011 aux Etats-Unis, par le pasteur Terry Jones. « Nous condamnons fermement un acte de pure folie. Il s’agit d’un geste qui ne reflète absolument pas les valeurs chrétiennes ni la doctrine de l’Eglise. Nous constatons avec déplaisir que quelqu’un qui se définit pasteur ne connaît ni sa religion ni la normale décence », ont écrit les évêques dans un communiqué envoyé le 23 mars à l’agence missionaire Fides.
« Selon l’authentique message de leur foi, les chrétiens ont l’obligation de respecter les autres fois et les autres peuples », poursuit le texte. « Le fondamentalisme ou l’extrémisme sont déplorables au sein de toute religion et constituent une menace pour la paix et pour l’harmonie entre les croyants de fois différentes. Il existe plus de points communs que de différences entre les croyants des différentes fois ».
Les évêques invitent l’administration des Etats-Unis à prendre les mesures appropriées et demandent à l’ensemble des citoyens du Pakistan, chrétiens et musulmans, répondre à « ce très triste incident », non par une réaction épidermique mais par un comportement « digne et civilisé », selon les mots de Mgr Lawrence Saldanha, archevêque de Lahore et président de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, cité par Eglises d’Asie (EDA), l’agence des missions étrangères de Paris (MEP).
Le 20 mars dernier, aux Etats-Unis, Terry Jones, pasteur d’une communauté évangélique à Gainesville, en Floride, est revenu sur le devant de la scène en organisant le « procès » du Coran. On se souvient qu’en septembre 2010, cet Américain avait provoqué une intense agitation médiatique à travers le monde pour avoir projeté un autodafé d’exemplaires du Coran, à l’occasion du neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Dans le monde musulman – et notamment en Asie –, de virulentes protestations s’étaient élevées contre le projet du pasteur, qui y avait finalement renoncé, non sans que celle-ci ait causé l’attaque de deux églises chrétiennes au Pakistan et des troubles en Inde et en Indonésie.
Le 20 mars, en présence d’une trentaine de personnes, Terry Jones s’est auto-institué « juge », pour présider un tribunal chargé de juger le livre saint de l’islam. A l’issue du « procès », le Coran a été déclaré « coupable » de crime contre l’humanité et promoteur d’actes de terrorisme « contre des personnes dont le seul crime était de ne pas partager la foi islamique ». La sentence a été exécutée sous la forme de l’immolation d’un exemplaire du Coran. Aux Etats-Unis, les médias ont relayé la scène, nombre d’entre eux soulignant le caractère provocateur du geste du pasteur de Floride. De son côté, le Conseil des relations islamo-américaines, par la voix de son porte-parole, Ibrahim Hooper, s’est contenté de déclarer: « Terry Jones a eu ses 15 minutes de gloire et nous n’allons pas l’aider à y ajouter, ne serait-ce qu’une minute supplémentaire. »
Au Pakistan, la réponse à la provocation du pasteur américain a été virulente. Au nom des pays membres de l’Organisation de la Conférence islamique, l’ambassadeur du Pakistan auprès du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève a dénoncé la profanation du Coran comme « un acte violant les sentiments religieux des musulmans à travers le monde ». Il a prévenu que la responsabilité des éventuelles conséquences de cet acte retomberait « entièrement sur ceux qui ont failli à l’empêcher ». Le 22 mars, à Islamabad, lors de son discours pour l’ouverture de la session parlementaire, le président pakistanais Asif Ali Zardari a lui aussi fermement condamné l’autodafé du Coran, les députés de la majorité et ceux de l’opposition s’unissant d’une même voix pour dénoncer l’acte du pasteur américain. Des organisations musulmanes ont en outre annoncé que des manifestations auraient lieu dans tout le pays, le 25 mars, jour de la prière hebdomadaire dans les mosquées.
Le 22 mars, le « Jamaat-ud-Dawah », une organisation islamique interdite – car suspectée de terrorisme et de liens avec le « Lashkar-e-Taiba » –, a annoncé avoir émis une fatwa condamnant à mort le pasteur américain et promettant une récompense de 100 millions de roupies (830’000 euros) à son éventuel meurtrier.
L’autodafé du Coran est intervenu durant l’assemblée plénière des évêques pakistanais qui, au cours d’une semaine de travaux (du 20 au 25 mars), discutera entre autre des conditions des chrétiens dans le pays – et des problèmes pastoraux y afférant –, du « martyr » de Shahbaz Batti (les évêques pourront envoyer une requête formelle au Saint-Siège visant à le faire reconnaître), ainsi que des problèmes liés au dialogue interreligieux.
Une autre nouvelle a fait l’objet, selon des sources de Fides à Multan, d’une réaction amère des prélats: celle du meurtre de deux chrétiens appartenant à l’Armée du Salut, à Hyderabad. Selon des sources locales, le 21 mars dernier, Younis Masih, âgé de 47 ans, et Siddique Masih, âgé de 45 ans, ont été tués par balles devant leur église – deux autres chrétiens étant blessés – suite à une querelle avec des musulmans.
En signe de protestation, la communauté chrétienne d’Hyderabad a proclamé une journée de deuil, fermant les écoles et les magasins et défilant dans les rues de la ville en demandant justice. La communauté chrétienne au Pakistan a pour sa part proclamé trois jours de jeûne et de prière dans l’esprit du Carême, à partir du 23 mars. Dans les églises, les fidèles prieront pour la paix et la stabilité dans le pays. (apic/fides/eda/pa/nd)
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