Expropriations au nom de l’éco-tourisme
Dacca, 12 avril 2011 (Apic) Des centaines de chrétiens aborigènes du Bangladesh ont manifesté la semaine dernière contre la discrimination croissante que subissent les peuples indigènes dans le pays, et en particulier la violation de leurs droits les plus fondamentaux comme l’usage de leurs terres, indique l’agence d’information des Mission étrangères de Paris, Eglises d’Asie.
Plus de 160 membres des ethnies garo, koach, barmon et rajbangshi ont formé une longue chaîne humaine à Tangai, dans le diocèse de Mymensingh, situé dans le nord du pays. Au nom des 40’000 aborigènes qui vivent dans cette région montagneuse où s’étend la jungle du Madhupur, ils ont dénoncé la lente agonie de leurs peuples.
L’une des causes de leur colère est la récente décision d’un comité parlementaire chargé de réviser la constitution qui a classé les communautés indigènes non comme des «groupes aborigènes», comme elles le réclamaient depuis des années, mais dans la catégorie des «minorités ethniques».
«Cette décision est un affront aux peuples aborigènes et surtout une violation de la déclaration des droits des peuples indigènes de 2007*», s’indigne Eugène Nokrek, président du Conseil pour le développement du peuple Joenshahi. Depuis une trentaine d’années, ajoute-t-il, la situation ne cesse de se dégrader et le Département des forêts du Bangladesh «ignorant nos droits sur les terres ancestrales, multiplie les expulsions de nos communautés en vue de créer des parcs naturels».
Selon les médias, en cinq ans, 8’100 hectares de la forêt du Madhupur ont été illégalement saisis par des personnes influentes. Plusieurs rapports émanant d’ONG affirment qu’un grand nombre d’aborigènes, y compris certains de leurs chefs, ont été tués lors d’affrontements avec les fonctionnaires du Département des forêts dans le cadre d’expropriations. Selon les leaders des communautés indigènes, l’éco-tourisme et la création de réserves naturelles sont les motifs les plus fréquemment invoqués pour se saisir de leurs terres «sans avoir demandé l’accord de ceux qui y vivent depuis des siècles».
Dans un Etat où la population est musulmane à 90 %, les aborigènes se démarquent également par leur identité religieuse chrétienne et très majoritairement catholique. Dès le XVIe siècle, la présence d’une communauté catholique est attestée dans la région de l’actuel diocèse de Mymensingh, érigé en 1987 à partir d’une partition de l’archidiocèse de Dacca.
Le dernier recensement du diocèse de Mymensingh (2006) évalue à 73’000 le nombre de baptisés, soit 0,5 % de la population du territoire qui compte une dizaine de paroisses et une vingtaine de prêtres diocésains. L’actuel évêque, Mgr Paul Ponen Kubi, aborigène garo, est le premier évêque «adivasi» (autochtone) du Bangladesh. (apic/eda/mp)
* La déclaration des droits des peuples autochtones a été adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2007. Elle affirme entre autres le droit des peuples indigènes à l’autodétermination concernant leur développement économique, social et culturel. Elle stipule également que les communautés autochtones ne peuvent être expulsées de leurs terres et doivent pouvoir disposer des richesses naturelles qui s’y trouvent.
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