Lausanne: L’Action de Carême dénonce la face sombre du succès boursier de Glencore

La multinationale basée à Zoug dans le collimateur des ONG

Lausanne, 15 avril 2011 (Apic) Glencore, la multinationale active dans le négoce de matières premières basée en Suisse, place une partie de ses actions en bourse pour plus de 10 milliards de francs. Cette entrée en bourse «promet aux hauts cadres de la firme des gains colossaux», notent dans un communiqué «Action de Carême» et «Pain pour le Prochain». Les œuvres d’entraide suisses affirment que derrière ces chiffres se cache une autre réalité: «exploitation effrénée des sous-sols, violation des droits des communautés locales, exploitation des mineurs dans les mines en République Démocratique du Congo et dans d’autres pays».

Les deux œuvres d’entraide catholique et protestante citent pour preuve leur étude «Contrats, droits humains et fiscalité: comment une entreprise dépouille un pays. Le cas de Glencore en République démocratique du Congo». Elles l’ont présentée dans le cadre de l’actuelle campagne de carême. Glencore, fondée par le célèbre homme d’affaires américain Marc Rich, spécialiste du négoce des matières premières, a son siège à Baar, dans le canton de Zoug.

Glencore International AG, l’une des plus grandes compagnies de négoce de matières premières au monde, vend la plus grande partie de ses actions aux investisseurs privés. Ces dix dernières années, le rendement de ses capitaux propres frise les 38% (par année). Pour les propriétaires actuels, environ 500 managers et spécialistes du domaine des matières premières, cette vente devrait leur permettre de lever des sommes énormes, notent les deux œuvres d’entraide.

«Pourtant, en République Démocratique du Congo, l’une des principales régions où la multinationale est active, les habitantes et les habitants de Musonoi, un village qui jouxte la mine T-17 appartenant à la filiale de Glencore Katanga Mining Limited, n’ont reçu aucune compensation pour les dommages causés à leurs maisons par les activités minières voisines», déplorent les deux ONG chrétiennes dans un communiqué.

Pas de réponse aux inquiétudes du village de Musonoi

«Personne n›a jamais répondu à notre lettre», ont affirmé les responsables du village aux enquêteurs de la «Bench Marks Foundation». Dans le cadre de leur campagne «Extraction minière: un business indigeste», l’Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP) ont mandaté cet institut de recherche sud-africain pour mener une enquête de terrain sur les conséquences de l’exploitation minière en République Démocratique du Congo. Cette dernière a relevé des conséquences grave des activités minières non seulement au niveau de l’altération du paysage, mais aussi au niveau de la pollution des sols et des ressources en eau. Autant d’éléments essentiels à la survie des populations locales, qui vivent encore majoritairement de l’agriculture.

Des taxes minimes payées au Congo

Tout comme ces populations locales, l›Etat ne retire quasiment aucun bénéfice des revenus issus de l’exploitation des ressources du pays, que ce soit le coltan, le cobalt, le cuivre ou l’or, déplorent AdC et PPP. Bien que le Congo RDC détienne le plus grand gisement connu de matières premières d’Afrique, en tant qu’actionnaire minoritaire des entreprises actives sur ses terres dans le secteur de l’extraction minière, le pays ne reçoit qu’une part minime des bénéfices que ces activités engendrent. En outre, les multinationales du secteur cherchent par tous les moyens à éviter de payer des impôts dans le pays. La complexité de leurs structures et de leur système de comptabilité permettent le transfert à l’étranger, dans des pays à la fiscalité plus avantageuse, des bénéfices réalisés dans le pays par leurs filiales.

Dernier fait mais non le moindre, en plaçant son siège dans le canton de Zoug, réputé pour ses taux d’imposition très bas, «Glencore s’épargne de la sorte le paiement d’impôts supplémentaires. Jusqu’ici, la firme n’a jamais donné aucune information sur ses pratiques et ses structures», notent AdC et PPP. Il reste encore à vérifier que l’ouverture de Glencore au marché boursier amènera plus de transparence. A l’aide d’une pétition, les deux organisations chrétiennes demandent au Conseil fédéral de mettre en place les lois nécessaires pour mieux encadrer les entreprises qui ont leur siège en Suisse.

Le Conseil fédéral doit s’assurer d’une part, qu’elles assument leurs obligations en matière de droits humains et de droit du travail et, d’autre part, qu’elles informent ouvertement et de manière transparente sur les taxes et les impôts que leurs filiales paient dans les pays où elles sont actives. Lancée le 10 mars 2011, cette pétition a d’ores et déjà récolté près de 10›000 signatures.

Etude complète et dossier de presse sur: www.droitalimentation.ch/medias Signature de la pétition online: www.droitalimentation.ch/lapetition (apic/com/be)

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