Italie: Benoît XVI met en garde contre une société liquide et instable

Puiser aux sources de l’art, du savoir et des relations

Venise, 9 mai 2011 (Apic) Benoît XVI a proposé aux représentants du monde de la culture et de l’économie d’orienter leur politique vers la beauté et de ne pas favoriser «une ville ’liquide’, patrie d’une culture du relatif et de l’éphémère» et d’une société instable. Le 8 mai 2011 à Venise au terme de son voyage dans le nord-est de la Péninsule, le pape a aussi appelé de ses vœux «une civilisation de la paix fondée sur le respect mutuel, sur la connaissance réciproque, sur les relations d’amitié».

Dans la ’basilica della Salute’, après le discours de bienvenue de Mgr Brian Edwin Ferme, recteur du centre d’études générales du patriarcat ’Studium Generale Marcianum’, Benoît XVI a organisé son dernier discours autour de 3 mots liés à la Cité des Doges, et à cette église en particulier: l’eau, la santé (salute en italien) et ’Sérénissime’, adjectif qui désignait autrefois la République de Venise.

L’eau

«Le fait que Venise soit une ’ville d’eau’, a affirmé le pape, fait penser à un célèbre sociologue contemporain (le Polonais Zygmunt Bauman, ndlr) qui a dit que notre société était ’liquide’ – de même que la culture européenne était une culture ’liquide’ –, pour exprimer sa ’fluidité’, son peu de stabilité ou peut-être son absence de stabilité, son caractère changeant, l’inconsistance qui semble parfois la caractériser».

Benoît XVI a formulé une «première proposition: Venise non pas comme ville ’liquide’ – dans le sens dont il venait de parler – mais comme ville ’de la vie et de la beauté’». C’est un choix, «l’homme est libre d’interpréter, de donner un sens à la réalité, et c’est justement dans cette liberté que consiste sa grande dignité».

Le pape a poursuivi: «dans le cadre d’une ville, quelle qu’elle soit, les choix à caractère administratif, culturel et économique dépendent aussi, au fond, de cette orientation fondamentale, que l’on peut qualifier de ’politique’ dans l’acception la plus noble et la plus haute du terme». «Il s’agit de choisir entre une ville ’liquide’, patrie d’une culture qui apparaît de plus en plus comme celle du relatif et de l’éphémère, et une ville qui renouvelle constamment sa beauté en puisant aux sources bienfaisantes de l’art, du savoir, des relations entre les hommes et entre les peuples».

’Sérénissime’

Commentant le mot ’Sérénissime’, le pape a pris appui sur la Constitution apostolique Gaudium et Spes du Concile Vatican II, où il est écrit: «il ne sert à rien à l’homme de gagner l’univers s’il vient à se perdre lui-même, mais l’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller».

«Nous écoutons ces expressions à une époque où la force des utopies idéologiques s’est épuisée et où non seulement l’optimisme est assombri mais l’espérance est aussi en crise», a expliqué le pape, avant de rappeler que les pères conciliaires avaient vécu deux guerres mondiales et les totalitarismes. Leur perspective, a-t-il poursuivi, était dictée «non pas par un optimisme facile, mais par la foi chrétienne, qui anime une espérance en même temps grande et patiente, ouverte à l’avenir et attentive aux situations historiques». «Dans cette perspective, a conclu le pape, le nom ’Sérénissime’ nous parle d’une civilisation de la paix fondée sur le respect mutuel, sur la connaissance réciproque, sur les relations d’amitié».

La santé

Le pape a souhaité se pencher sur le concept de la santé. Cette dernière, a-t-il expliqué, est une «réalité globale, intégrale: cela va du fait de ’bien se porter’, qui nous permet de vivre sereinement une journée d’étude, de travail ou encore de vacances, jusqu’au salus animae, dont dépend notre destin éternel».

«Dieu prend soin de tout, sans rien exclure», a affirmé Benoît XVI. Il «aime la vie et veut la libérer de toute négation, jusqu’à la négation radicale que constitue le mal spirituel, le péché, racine vénéneuse qui pollue tout». C’est pourquoi «Jésus lui-même peut être appelé ’santé’ de l’homme», qu’il «immerge dans un courant pur et vivifiant qui défait l’homme de ses ’paralysies’ physiques, psychiques et spirituelles», et dont il «guérit la dureté de cœur, la fermeture égocentrique».

Benoît XVI salue la communauté juive et les musulmans

Au terme de son intervention, le pape a salué «la communauté juive de Venise, dont les racines sont anciennes et dont la présence est importante dans le tissu de la ville, ainsi que les musulmans» vivant à Venise.

A la fin de la rencontre, Benoît XVI a rejoint la chapelle de la Sainte-Trinité, située dans la basilique et nouvellement restaurée, puis il a inauguré la bibliothèque remise à neuf du ’Marcianum’.

A 19h15, le pape a quitté Venise en vedette, pour rejoindre l’aéroport ’Marco Polo’ de la Cité des Doges. Il devait arriver à Rome à 20h30. (apic/imedia/cp/ggc)

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