Procès des tortionnaires de l’Esma durant la dictature
Buenos Aires 9 mai 2011 (Apic) Le gouvernement argentin a demandé le 6 mai la réclusion à perpétuité contre l’ex-officier de marine Alfredo Astiz, pour son rôle présumé dans l’assassinat de deux religieuses françaises. Les Soeurs Alice Domon et Léonie Duquet ont été enlevées et assassinées pendant la dictature en 1977.
Trente-quatre ans après les faits, douze anciens tortionnaires, dont Alfredo Astiz, condamné par contumace à perpétuité en 1990 en France et en 2007 en Italie, se retrouvent sur le banc des accusés des crimes commis à l’Ecole de mécanique de la marine (Esma) de Buenos Aires. On estime que près de 5’000 personnes ont été torturées à l’Esma puis tuées.
Depuis l’accession au pouvoir de Nestor Kirchner en 2003, suivie de l’annulation des lois d’amnistie de la dictature et de la réouverture des procès, les autorités argentines souhaitent que les tortionnaires soient rapidement jugés. La présidente Cristina Kirchner, qui a succédé à son mari en 2007, poursuit cette politique. L’Etat argentin s’est constitué partie civile dans ce procès de l’Esma.
Astiz s’était infiltré au sein du mouvement des «Mères de la Place de Mai» en utilisant le faux nom de Gustavo Nino et avaient ensuite livré ses victimes à l’église de la Santa Cruz. Les religieuses françaises avaient été enlevées par un commando de l’Esma, le 8 et 10 décembre 1977. Dix militants pour la défense des droits de l’homme, dont la fondatrice du mouvement, Azucena Villaflor, avaient été kidnappés dans le cadre de la même opération
Après avoir été torturées, les deux religieuses ont été, quelques jours plus tard, jetées vivantes dans l’océan à partir d’un avion, comme l’immense majorité des détenus de l’Esma. Les corps de Léonie Duquet, d’Azucena Villaflor et de trois autres militantes rejetés sur une plage ont été enterrés anonymement dans une fosse commune, avant d’être exhumés et identifiés en 2005. Le corps d’Alice Domon n’a jamais été retrouvé.
L’avocat du secrétariat argentin des Droits de l’Homme, Martin Rico, a demandé la perpétuité contre Alfredo Astiz, âgé aujourd’hui de 59 ans, qu’il estime «coresponsable des délits de séquestration dans douze cas, coresponsable du délit de tortures aggravées et d’homicides aggravés dans cinq cas». «Tous les accusés savaient qu’ils agissaient dans un camp de concentration conçu pour exterminer les détenus», a-t-il souligné.
Selon les organisations de défense des droits de l’Homme, quelque 30.000 personnes ont disparu sous la dictature en Argentine entre 1976 et 1983. La prochaine étape de ce procès, entamé au mois de décembre, devrait être les réquisitions du procureur général qui n’est cependant pas tenu de reprendre à son compte les demandes du gouvernement. (apic/cx/mp)
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