Fribourg : 10e anniversaire de la Charte œcuménique

Un document essentiel au dialogue

Fribourg, 9 mai 2011 (Apic) Dix ans après sa signature la Charte œcuménique européenne est devenu un des documents les plus importants pour le dialogue des chrétiens sur le continent. Traduite en treize langues, elle a été adoptée par un grand nombre d’instances au niveau local, national et international. Elle a même servi de matrice pour le dialogue interreligieux notamment avec l’islam. Un colloque pour marquer ce 10e anniversaire a réuni le 9 mai 2011 à l’Université de Fribourg une soixantaine de personnes actives dans l’œcuménisme.

La force de la Charte œcuménique est de ne pas être un document dogmatique mais une invitation à l’engagement commun de tous les chrétiens dans la marche vers l’unité, a relevé Mgr Jérémie, métropolite orthodoxe de Suisse, qui en fut un des signataires à Strasbourg en 2001, en tant que président de la Conférence des Eglises européennes (CEE). Il s’agissait de donner aux plus jeunes générations la possibilité d’expérimenter et d’approfondir le christianisme. Et beaucoup de progrès ont été faits, même si parfois les choses n’avancent pas comme on le voudrait, note le prélat.

Le Père Duarte da Cunha, secrétaire général du Conseil des conférences épiscopales européennes (CCEE) a rappelé que l’œcuménisme ne peut pas être un rêve, un simple désir, ou du sentimentalisme. Il ne peut pas non plus être un accord temporaire pour résoudre quelque problème. Il doit signifier des démarches concrètes dans le pèlerinage en vue d’une pleine communion.

Un accueil surprenant

Viorel Ionita, secrétaire général de la CEE qui fut un des artisans de la rédaction de la charte, a rappelé combien il ignorait comment ce texte allait être reçu et combien il avait peur des commentaires : trop occidental ou trop orthodoxe, trop ou pas assez politique, trop ou pas assez ambitieux. Il a même reçu d’Allemagne des commentaires sur des «erreurs de traduction» du texte rédigé à l’origine en allemand !

Dans l’ensemble l’accueil a néanmoins été surprenant y compris chez les catholiques, le pape Jean Paul II l’ayant cité à plusieurs reprises. Pour le professeur Ionita, la charte est avant tout un appel une impulsion pour une culture œcuménique toujours renouvelée. Il n’est pas nécessaire de l’étudier et de l’analyser dans chaque mot et chaque virgule, mais bien de s’engager sur le chemin malgré les difficultés.

L’unité des chrétiens au service de l’unité de l’humanité

Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre et membre du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, est parti du constat un peu amer du pasteur Jean Tartier, ancien président de la Fédération protestante de France, qui disait «nous sommes devenus une communauté d’Eglises pacifiquement divisées.» Mais comme un peintre d’icône, l’évêque d’origine jurassienne a commencé par les tons sombres pour aller vers la lumière. Face au repli du christianisme en Europe, la tendance à constituer des Eglises qui ne s’occupent plus que d’elles-mêmes est forte. Mais la responsabilité de tous les baptisés est de servir la cause de l’unité chrétienne afin qu’elle soit elle-même au service de l’unité de l’humanité.

L’évêque met son espoir dans une jeunesse sensible aux valeurs fondamentales dont parle la charte: la justice, la liberté, la solidarité, le respect de la vie. Autre chemin essentiel pour l’œcuménisme, le service des pauvres. Le pauvre, auquel Jésus s’identifie, est source d’unité. Jésus n’a pas dit : «J’étais un étranger, avec ou sans papiers ? J’étais un prisonnier, coupable ou innocent ? J’étais malade chrétien ou musulman ? " La charte œcuménique invite à une «charité à long terme» aux dimensions de l’Europe par des engagements politiques, sociaux et collectifs.

L’évêque de région parisienne n’a pas manqué non plus de rappeler que la Charte parle des relations d’estime que nous voulons avoir avec les musulmans. «Nous ne sommes pas condamnés à coexister avec les musulmans. Nous sommes appelés à la fraternité avec eux. Toute autre attitude est en contradiction avec la Bonne Nouvelle du Christ.» Nous pouvons et nous devons déplorer les lenteurs de l’œcuménisme, mais nous pouvons et nous devons rendre grâce pour le chemin parcouru en particulier grâce à la Charte a conclu Mgr Daucourt.

Apportant les encouragements de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse et de la Conférence des évêques suisses, le pasteur Daniel de Roche, président du Conseil synodal de l’Eglise réformée du canton de Fribourg, a souligné que la Charte est un texte pour la vie et pour l’action dont le potentiel doit continuer à être développé.

Les participants se sont ensuite répartis en atelier pour un échange de leurs expériences œcuméniques avant de se rassembler pour la prière du soir dans la chapelle de l’Université. (apic/mp)

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