Sion: Entretien avec l’abbé Jérôme Hauswirth, responsable du service des vocations

Crise des vocations – crise de la société?

Sion, 11 mai 2011 (Apic) Chaque baptisé est appelé par Dieu à devenir un saint. Certains de ces baptisés sont appelés par Dieu à devenir prêtre. La vocation de prêtre se comprend comme un service sacré pour aider les baptisés à réaliser leur vocation. Mais voilà, aujourd’hui, il y a de moins en moins de prêtre dans le diocèse de Sion. Mgr Norbert Brunner a consacré à peine plus de 20 prêtres en 15 ans d’épiscopat, alors que, dans le même temps, il en a enterré plus de 80. A ce rythme, on ne trouvera peut-être plus que 30 prêtres actifs en Valais en 2025.

David Roduit: Peut-on vraiment parler de crise des vocations ?

Jérôme Hauswirth: Je ne pense pas que nous pouvons parler de crise des vocations. Une vocation (du latin vocare), c’est avant tout un appel. Et cet appel vient toujours de Dieu. Parler de crise des vocations signifierait que l’appelant est en crise, ce qui n’a aucun sens ! La crise n’est pas du côté de Dieu, comme s’il n’appelait plus, la crise est du côté de la réponse à cet appel. La crise est de notre côté, du côté des appelés.

Et de fait, je pense qu’aujourd’hui il est devenu très difficile d’entendre l’appel du Seigneur, parce qu’il y a un déficit de vie spirituelle, de communion et d’amitié avec Jésus. Pour entendre l’appel, il faut «avoir les bons écouteurs»! Il faut être en relation avec le Seigneur et avoir la volonté droite de s’ajuster à sa volonté. Fondamentalement, il s’agit de croire que Dieu a un projet personnel pour chacun, et que notre bonheur consiste à découvrir ce projet et d’y engager notre vie.

David Roduit: Est-ce que ce déficit de vie spirituelle est la seule cause à cette «crise de la réponse»?

Jérôme Hauswirth: Non, évidemment, je pense qu’il faut ajouter que nous vivons aujourd’hui une véritable crise de tous les engagements. Le mariage est en crise, la natalité est en crise, les engagements en politique ou dans les sociétés sont en crise. Bref la crise est générale. Notre société souffre d’individualisme. Dans tous les domaines, il faut toujours plus creuser pour trouver des personnes capables d’œuvrer pour le bien commun.

David Roduit: Souvent, il est question du célibat pour justifier le peu de candidat au sacerdoce…

Jérôme Hauswirth: C’est une erreur. Nos frères protestants peuvent être pasteurs mariés et même divorcés remariés et ils connaissent pourtant une pénurie de vocations au moins aussi grande que la nôtre. Cet argument ne tient pas. Aujourd’hui le célibat est un signe suspect, parce que l’on ne croit plus en des vertus comme la «chasteté» ou la «continence parfaite» pour le Royaume de Dieu. Mais j’en suis convaincu: lever l’obligation du célibat pour les prêtres n’est pas une solution. Le célibat est un signe de contradiction. Il faut le garder. Mais de fait, dans une société hyper-sexualisée, hyper-érotisée, il est plus difficile qu’auparavant de vivre le célibat dans la chasteté. Mais la vraie raison de celui-ci est mystique et non disciplinaire.

David Roduit: Comment faire pour changer d’état d’esprit et avoir de nouvelles vocations?

Jérôme Hauswirth: Le pape Benoît XVI le disait récemment: «la vie spirituelle est un pilier de la pastorale des vocations». Une vocation au sacerdoce n’est pas le fruit d’une stratégie humaine, mais elle est le fruit d’une intense vie spirituelle. Vrai pour un jeune qui perçoit confusément l’appel, mais vrai aussi et surtout pour nos communautés: si elles ne prient pas pour avoir des vocations, si le désir n’est pas réel et concret, Dieu pourra appeler tant qu’il voudra, personne ne l’entendra. C’est pour cela qu’il est si important de prier, au quotidien, «le maître de la moisson de donner des ouvriers pour sa moisson.» C’est un devoir et individuel et communautaire!

David Roduit: Est-ce que la crise n’est pas aussi du côté du clergé qui n’ose plus interpeller explicitement?

Jérôme Hauswirth: Oui, j’en suis convaincu. Aujourd’hui, la plupart des vocations s’opèrent sur le mode d’un appel personnel, intérieur. Je crois que l’Église, et en particulier les prêtres, doivent faire un travail pour oser appeler beaucoup plus concrètement. Mais dans tous les cas, le témoignage limpide et transparent de foi, d’espérance et de charité, est le meilleur détonateur pour susciter de nouvelles vocations.

David Roduit: Concrètement, que fait-on dans le diocèse de Sion pour les vocations?

Jérôme Hauswirth: La mission que l’évêque nous a confiée est de prier et de faire prier pour les vocations. En ce sens, nous avons conçu des bougies de prières pour les vocations. Accompagnées d’une prière pour les vocations, elles se veulent des invitations concrètes et explicites à prier à cette intention. Nous sommes en train des les distribuer aux prêtres et agents pastoraux, afin que, les diffusant autour d’eux, ces prières deviennent «le levier qui soulève le monde» et lui donnent enfin les vocations dont il la tant besoin.

David Roduit: Dernière question, face à cette crise de la réponse et au défi qu’elle appelle, ne risque-t-on pas de se décourager

Jérôme Hauswirth: Non, car dans le cœur de chacun résonne le «suis-moi» de Jésus aux disciples. Et ces simples mots ont à jamais changé le sens de leur vie. Ce qui fut vrai pour eux l’est aussi pour nous!

Encadré:

Journée de prière pour les vocations le samedi 14 mai à Sion.

14h00 à 17h00 : projection du film de Xavier Beauvois, «Des Hommes et des Dieux», à l’aula du collège de la Planta, suivie d’un forum de discussion animé par sœur Marie-Paule Mermoud, du couvent des Bernardines à Collombey.

17h15 : adoration eucharistique et confession à la cathédrale.

18h00 : eucharistie présidée par notre évêque.

19h00 : repas convivial sur le parvis de la cathédrale. (apic/dr/amc)

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