Genève : Les journalistes catholiques romands en visite au Centre orthodoxe de Chambésy

Le Concile panorthodoxe est prévu pour fin 2012

Chambésy, 18 mai 2011 (Apic) Faut-il parler de «bout du tunnel» ou de «début d’une nouvelle ère»? Le Concile panorthodoxe, en préparation à Chambésy, près de Genève, depuis 35 ans, devrait se tenir fin 2012. C’est ce qu’a annoncé aux journalistes catholiques de Suisse romande l’archimandrite Jean Renneteau, lors d’une visite du Centre orthodoxe du patriarcat œcuménique, le 18 mai.

C’est au patriarche de Constantinople Athénagoras que l’on doit la création, en 1966, du Centre orthodoxe de Chambésy, près de Genève. «Il a voulu en faire un lieu d’accueil et de rencontre pour tous les orthodoxes», a expliqué l’archimandrite Jean Renneteau, recteur de la paroisse orthodoxe francophone de Genève. A l’époque, il était difficile de se réunir en Turquie, et encore davantage dans les pays du bloc communiste. La Suisse est alors apparue au patriarche Athénagoras comme le pays idéal pour organiser des rencontres en vue d’un Concile panorthodoxe, en raison de sa neutralité et de la relative facilité d’obtenir un visa pour s’y rendre.

La fondation du Centre de Chambésy a donc coïncidé avec le mouvement de rapprochement entre les 15 patriarcats de l’Eglise orthodoxe «byzantine», réunis sous la primauté du patriarche de Constantinople, qui devrait bientôt se concrétiser par la tenue d’un Concile panorthodoxe. Mais ce projet s’est heurté à de très nombreux ralentissements et à des profonds changements politiques et sociaux, parmi lesquels figure en premier lieu l’éclatement des régimes communistes. Malgré les régulières tensions ou frictions entre différents patriarcats et certains bouleversements comme le phénomène de sécularisation, perçus de façons très différentes selon les régions, la tenue du Concile panorthodoxe semble maintenant proche, et même très proche. «Si tout se passe bien, il devrait avoir lieu fin 2012», a annoncé Jean Renneteau devant les journalistes catholiques romands. Mais pas à Chambésy. Après avoir servi de lieu de rencontre et d’âpres discussions durant plusieurs décennies, la campagne genevoise cédera la place à un pays de tradition orthodoxe, encore à définir. La tenue de cette rencontre, selon l’archimandrite, ne sera pas l’aboutissement, mais «le début d’un nouveau processus, un peu comme celui de Vatican II chez les catholiques». Par ailleurs, le Concile panorthodoxe ne touchera pas les questions dogmatiques, mais ecclésiales. On y abordera la question des structures et des relations entre patriarcats, et la possibilité de fonder des Eglises locales au niveau national.

Quant à la primauté du patriarcat œcuménique de Constantinople, elle n’est pas vraiment remise en question, y compris par le patriarcat de Moscou, assure Jean Renneteau. «Ce n’est pas une question de pouvoir, mais de service. Il y a une tradition très forte du fait que l’Eglise orthodoxe est apparue à partir de Constantinople. Les autres patriarcats sont issus de son expansion», a souligné le conférencier. Autre signe d’attachement à ce haut-lieu symbolique de l’orthodoxie mondiale que constitue Istanbul: malgré les entraves régulièrement placées par le gouvernement turc et malgré la montée d’un islamisme très agressif dans le pays, il n’a jamais été question pour le patriarche de Constantinople de déplacer son siège.

Mgr Ratzinger, un des pionniers du Centre de Chambésy

Une série de petits bâtiments et trois chapelles, casés à flanc de coteau entre vignobles, forêt, quartiers résidentiels et voie de chemin de fer dans la petite commune de Chambésy. C’est dans ce site qui surplombe le Lac Léman, à quelques kilomètres de Genève, que le célèbre patriarche Athénagoras, chantre du dialogue œcuménique, a installé son centre chargé de rapprocher les différentes traditions orthodoxes. Le premier siège du Centre a été construit dès 1966. Une plaquette placée en face de l’entrée rend hommage aux pionniers qui ont soutenu sa fondation. A côté de très nombreuses personnalités orthodoxes, figue le nom d’un prélat catholique: Mgr Joseph Ratzinger! Un panneau illustrant par l’image l’identité de ces bienfaiteurs ne laisse planer plus aucun doute: le pape Benoît XVI, rajeuni de plus de 40 ans, a bien contribué à la fondation du Centre de Chambésy.

Avec les années, la mission du Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique s’est encore étendue. La diversification de ses tâches a été rendue possible par la construction d’un nouveau bâtiment en escalier et d’une église dédiée à St-Paul, consacrée en 1976, que le voisinage, par voie d’opposition, a voulue discrète.

Ce centre de l’orthodoxie mondiale abrite maintenant le siège du diocèse métropolite des orthodoxes grecs pour la Suisse, placé sous la direction du métropolite Jérémie, ainsi que l’Institut d’études supérieures en théologie orthodoxe, constitué en 1996, qui accueille chaque année 10 étudiants inscrits à un parcours de formation théologique de 2 ans, qui comprend également des cours de théologie réformée et catholique.

Au total, trois chapelles accueillent, parfois en parallèle, des célébrations de diverses traditions et langues: grecque, russe, arménienne, arabophone, …

Encadré:

Un processus lancé en 1961 à Rhodes

C’est à Rhodes, en 1961, que les délégués des Eglises orthodoxes ont ouvert la voie vers le concile de l’orthodoxie, rappelle sur son site internet le Centre orthodoxe du patriarcat œcuménique. Puis, la 1ère Conférence panorthodoxe préconciliaire a été tenue à Chambésy en 1976. Elle a choisi dans la liste établie par la Conférence de Rhodes les dix thèmes les plus significatifs pour figurer dans l’agenda du Concile, sans exclure la possibilité d’en discuter d’autres. Ces thèmes couvrent des domaines à la fois pour le bon fonctionnement des relations interorthodoxes (institution canonique de l’autocéphalie et de l’autonomie, organisation canonique de la Diaspora orthodoxe, Diptyques orthodoxes) et pour les relations de l’orthodoxie avec l’ensemble du monde chrétien (participation au Mouvement œcuménique, dialogues théologiques bilatéraux, officiellement engagés avec les autres Églises chrétiennes), ainsi que pour le renouveau du message de l’orthodoxie sur des questions actuelles concernant l’humanité (paix, justice sociale, droits de personnes, protection de l’environnement, questions de bioéthique, etc.).

Le Centre de Chambésy a continué d’accueillir régulièrement les Conférences panorthodoxe préconciliaire, en vue de la tenue du Concile panorthodoxe, le premier depuis celui de Nicée en 787 aux yeux des orientaux.

Le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos a annoncé, au cours de l’été 2010, que la préparation du grand Concile panorthodoxe touchait à sa fin. Si l’échéance de fin 2012 est maintenant annoncée dans certains milieux orthodoxes, une certaine prudence reste de mise. «L’histoire a maintes fois prouvé que la mise en œuvre conciliaire restait fragile et incertaine», souligne sur son site internet le Centre d’Enseignement et de formation de Théologie à distance en France. (apic/bb)

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