Découvrir les églises sous un autre jour
Neuchâtel, 29 mai 2011 (Apic) La nuit du 27 mai 2011, les églises de Neuchâtel, portes toutes grandes ouvertes, ont accueillis croyants et curieux. La manifestation, intitulée «Nuit des Eglises» et organisée dans le cadre du millénaire de la ville, a commencé à 18h30 par un office de Taizé à la basilique Notre-Dame. Elle s’est terminée à 1h, par une marche aux flambeaux jusqu’à la cathédrale et un moment de prière.
Les Suisses sont attachés à leurs églises, non uniquement pour des raisons religieuses, mais également pour des raisons historiques et culturelles. Preuve en est, le succès rencontré par la «Nuit des Eglises». La manifestation proposait de découvrir des animations artistiques, spirituelles et musicales dans vingt-deux lieux, autant d’églises ouvertes aux Neuchâtelois et aux habitants de la région. «En plus des croyants, nous espérions attirer des curieux, des personnes intéressées à découvrir les églises sous un autre jour», confie Elisabeth Reichen, diacre de l’Eglise réformée évangélique neuchâteloise (EREN) et membre du comité d’organisation. Un pari tenu, semble-t-il, puisqu’au lendemain de l’événement, elle se déclare «surprise en bien» par la participation populaire. Il semble que plus d’un millier de personnes aient parcourut les églises, cette nuit-là.
Organisée par le Colloque œcuménique de la ville de Neuchâtel, en collaboration avec le Conseil chrétien de la ville, la manifestation a réunis les communautés réformée, catholique romaine, catholique chrétienne, orthodoxe, anglicane et évangélique. Sur le site internet de l’événement, les Eglises locales annoncent collaborer «pour que soient connues l’histoire et la culture dont elles sont héritières au cœur de la cité et pour que soit manifestée, au cœur de la nuit, l’espérance dont elles sont porteuses.» La «Nuit des Eglises» s’inscrivait dans le cadre du millénaire de Neuchâtel et à, ce faisant, bénéficié du soutien financier de la ville.
Un millénaire d’ailleurs omniprésent dans le programme de la Nuit. A la Collégiale, des musiciens interprétaient «1000 ans de musique» alors que «1000 langues de feu» illuminaient la basilique Notre-Dame. Au temple de La Coudre, on réalisait une fresque de «1000 couleurs», à la chapelle de La Maladière, les trombones et orgues jouaient «1000 notes» et à La Margelle, on contait «l’an 1000». Dans ce «lieu d’écoute» de l’EREN, les étudiants du professeur Jean-Daniel Morerod ont présenté des textes vieux de 1000 ans. «La Margelle a fait appel à nous parce qu’en cette année de millénaire, on sollicite beaucoup l’Institut d’Histoire», indique Grégoire Oguey, assistant doctorant en histoire médiévale. Une belle occasion de fouiller dans les archives à la recherche de l’histoire de Neuchâtel et de la région. Présentant un texte de Raoul le chauve, moine chroniqueur du 11e siècle, Matthieu Lavoyer décrit la terrible famine qui sévit alors en Europe: «Un homme qui avait cherché à vendre de la viande humaine au marché avait été condamné. Mis à mort, brûlé puis enterré, il fut détéré par la suite et dévoré par ses congénères». L’anecdote ne semble pas effrayer l’assistance qui applaudit bruyamment la prestation.
Dans le Péristyle de l’Hôtel de Ville, le chœur Alakiaz, tout de blanc et d’orange vêtu, interprète la divine liturgie de Komitas. Le concert a tant de succès qu’après deux représentations seulement, Armand Arapian, ténor professionnel, est obligé de s’excuser: «Mesdames et Messieurs, il arrive ce soir quelque chose qui n’est jamais arrivé dans l’histoire des Arméniens: nous allons manquer de nourriture!» Ce Français d’origine arménienne interprète régulièrement la messe à l’Eglise arménienne de Neuchâtel, plus par devoir de mémoire que par adhésion religieuse: «Sans les églises, les Arméniens n’existeraient plus.» Mais si chanter la messe est pour lui avant tout un acte politique, il affirme que «lorsque la musique est bien interprétée, il y a quelque chose de divin». Un sentiment très certainement partagé par le public, qui écoute le concert dans un silence religieux.
Au Temple du Bas, le pasteur Heiner Schubert raconte une parabole biblique en s’appuyant sur des dessins humoristiques. L’assistance, clairsemée en fin de soirée, rit franchement lorsque le pasteur représente le couple nuptial des «Nanas de Cana». «Pour ceux qui connaissent déjà le récit, le dessin constitue une nouvelle approche. De plus, dans notre société visuelle, il faut de nouveaux moyens pour raconter la Bible», explique le pasteur qui utilise cette technique lors des cultes au Centre Montmirail.
La «Nuit des Eglises» s’est terminée sur un moment de prière, en cercle, après la montée au flambeau à la Collégiale. «C’était très beau. Il y avait près de 150 personnes, toutes communautés confondues, unies dans la méditation», raconte Elisabeth Reichen.
Pleine d’enthousiasme, la diacre espère que les bénévoles auront dans quelques années le courage de retenter l’expérience. Car présenter d’une façon différente ces bâtiments lourds d’histoire et faire connaître la culture des communautés chrétiennes d’une manière créative est un beau projet, un projet qui permet aussi de «faire vivre l’Eglise autrement».
Avis aux rédactions: des photographies peuvent être commandées auprès de l’Apic apic@kipa-apic.ch. 80.– francs pour la première photo 60.– francs pour les suivantes. (apic/amc)
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