L’Eglise critique le projet et appelle au dialogue
Santiago du Chili, 30 mai 2011 (Apic) – Au Chili, des manifestations massives se poursuivent contre l’approbation de «HydroAisen», un mégaprojet de barrages hydroélectriques au cœur de la Patagonie. Alors que le gouvernement défend les barrages, l’Eglise catholique s’est prononcée, critiquant le projet et appelant au dialogue.
Lucile Gimberg, pour l’Apic
«Pinera, comprend! La Patagonie n’est pas à vendre!», «Patagonie sans barrages!». Scandant ces slogans, plus de 12’000 personnes se sont réunies samedi 28 mai à Santiago pour protester contre le projet de barrages. La semaine dernière déjà, les anti-HydroAisen – des militants écologistes et de nombreux citoyens – étaient 40’000 à manifester dans la capitale, et plusieurs milliers dans le reste du pays. Selon la presse locale, une des mobilisations les plus importantes de ces dernières années.
Mené par le consortium chileno-espagnol Colbún-Endesa, HydroAisen devrait installer cinq barrages hydroélectriques sur les fleuves Baker et Pascua, au cœur de la Patagonie (extrême sud). Avec un investissement de 2,2 milliards d’euros, ce projet gigantesque apportera 2’750 mégawatts à un Chili à la croissance énergivore.
Pour ses détracteurs, HydroAisen, projet peu transparent et non indispensable, servira surtout à satisfaire la soif énergétique de la puissante industrie minière. Les manifestants refusent aussi de laisser défigurer l’un des derniers sanctuaires naturels du monde. Car pour produire l’électricité et l’acheminer vers le nord, il faudra inonder 5’900 hectares et installer 2’000km de câbles, lignes et pylônes.
Mais le gouvernement n’en démord pas. Le président Sebastian Pinera (droite) répète que le mégaprojet hydroélectrique est «nécessaire», si le Chili veut «continuer à croître à hauteur de 6% par an». S’opposer aux centrales hydroélectriques et thermiques est «irresponsable», a-t-il encore répété samedi 28 mai, précisant que son gouvernement s’inquiète «davantage de la qualité de vie des Chiliens, car les personnes méritent plus de protection que les arbres».
A mi-mai, devant la tension croissante, l’Eglise catholique est entrée dans le débat, appelant à un dialogue «sérieux, ouvert et informé» et critiquant le projet, sans pourtant jamais le nommer. Dans un communiqué intitulé «Prenons soin des dons de la Création», la Conférence Episcopale chilienne a expliqué que l’Eglise ne conçoit pas le développement «sans durabilité environnementale». Elle a rappelé que «le droit à l’eau et à un environnement non pollué sont des droits fondamentaux». Et prévenu: toute décision «uniquement basée sur des intérêts économiques» serait «éthiquement inacceptable et déplorable parce qu’elle constituerait une moquerie mesquine de la société».
Interviewé à la télévision chilienne il y a quelques jours, Mgr. Ricardo Ezzati, président de la Conférence Episcopale, a confirmé la position de l’Eglise: «Le Chili a droit au développement et par conséquent il a besoin d’énergies, mais pas seulement pour aujourd’hui, pour demain aussi; et pas seulement pour le profit de quelques uns mais pour celui de toute l’humanité, […] de toutes les générations».
Ouvertement opposé à HydroAisen, Mgr. Luis Infanti, évêque de la région d’Aisen où sera implanter le projet, est encore plus tranchant: «Il est anti-éthique et inquiétant qu’une entreprise privée, aux capitaux en partie étrangers, détienne la concession de 96% des droits de l’eau dans notre région. Mais HydroAisen n’est malheureusement qu’un des signes qui montrent que le Chili s’est vendu aux multinationales.» Selon plusieurs sondages parus ces dernières semaines, entre 61% et 75% des Chiliens seraient opposés aux barrages d’Aisen. (apic/lg/mp)
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