Un rôle d’arbitre entre les extrêmes
Lima, 31 mai 2011 (Apic) Le second tour des élections présidentielles aura lieu le 5 juin au Pérou, pour déterminer qui sera le prochain président du pays. Entre Ollanta Humala, candidat de « Gana Peru » (« Le Pérou qui gagne »), parti nationaliste de gauche, et Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori, représentante de « Fuerza 2011 », incarnant la droite radicale, la tendance reste très indécise. Un scrutin que l’Eglise catholique péruvienne suit avec attention, sans vouloir toutefois prendre position.
La mobilisation des 10% d’indécis constituera l’une des clés du scrutin, tant les derniers sondages montrent les deux adversaires au coude à coude. Quel que soit le résultat cependant, une chose est sûre : « Voir les candidats des partis des extrêmes au second tour a été vécu comme un tremblement de terre par la classe politique traditionnelle, assure le Frère Leonardo Rego, religieux hongro-canadien vivant depuis plus de 30 ans au Pérou. Mais si nous en sommes-là aujourd’hui, c’est parce que pendant des années, le pays a été gouverné en ignorant les besoins du peuple. »
« Ollanta Humala et Keiko Fujimori sont les représentants des classes les plus démunies de la société, confirme Irma Marinho, directrice de l’école de formation de leaders communautaires de l’Institut Bartolomei de las Casas, créé en 1974 par le théologien de la libération Gustavo Gutierrez. Certes, les propositions quant à la manière de gouverner sont différentes, avec un Etat très présent dans le cas d’Ollanta Humala et un mélange de libéralisme et d’assistanat pour Keiko Fujimori. Mais ceux et celles qui ont voté pour eux au premier tour présentent finalement des profils socio-économiques assez proches, même si l’électorat d’Ollanta est plutôt rural, et celui de Keiko plus urbain. » Des pauvres qui représentent aujourd’hui plus d’un tiers de la population péruvienne, alors que le pays possède paradoxalement le meilleur taux de croissance moyen du continent avec 7,7% depuis le début des années 2000.
Les dossiers sensibles dont va hériter le vainqueur sont nombreux et délicats. Politique énergétique et fiscale, politique étrangère, réformes de l’éducation et de la santé, lutte contre la corruption, évasion fiscale ou encore amélioration de l’habitat et respect des droits des Indiens… Malgré cela, ce sont surtout les coups bas et les invectives entre les candidats qui caractérisent cette ultime ligne droite avant le verdict final.
Une violence que goûte d’ailleurs modérément le cardinal Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque de Lima et vice président de la Conférence épiscopale. Ce dernier, fidèle à son image de personnage direct voire autocratique, a exhorté les candidats à dialoguer, mais surtout à être authentiques et à dire la vérité. « Keiko (Fujimori) et Ollanta (Humala) doivent simplement présenter leur programme, a t-il déclaré. Ils ne sont pas des produits de vente d’une équipe pour voir qui va le mieux tromper le peuple. »
Ce rôle d’arbitre et de neutralité semble d’ailleurs avoir été au centre des préoccupations des évêques pour la campagne du second tour. OIlanta a certes été reçu, à sa demande, par Mgr Cipriani pour réaffirmer « son attachement aux valeurs de la famille », lui qui, dans un premier temps, s’était montré plutôt favorable au mariage gay et à la dépénalisation de l’avortement. Mais globalement, l’Eglise catholique du Pérou a conservé une position de retrait.
Ce qui ne signifie pas pour autant qu’au sein de la Conférence épiscopale, le courant conservateur, autour de l’Opus Dei, de Sodalitium et du Catéchuménat, et le courant progressiste ne se soient pas livrés à des débats de fonds. Notamment pour savoir si l’un des deux candidats pouvait les aider à enrayer l’essor important des Eglises évangéliques, très présentes dans les immenses quartiers populaires de la capitale.
Cette montée inexorable des Eglises évangéliques inquiète évidemment les leaders de l’Eglise catholique péruvienne. Cette dernière demande d’ailleurs que le Pérou abandonne son statut d’Etat non confessionnel, au profit d’un « retour à la chrétienté, eu égard aux liens qui ont uni l’Etat et l’Eglise durant l’histoire.» Autre requête : le maintien des privilèges, en particulier fiscaux, que l’Eglise reçoit de l’Etat et que les candidats songent à « restructurer ».
Avec l’espoir, pour les autorités ecclésiales, de voir s’inverser une tendance: la baisse régulière et inquiétante du nombre de candidats à la prêtrise. Un phénomène que connaît parfaitement Frère Leonardo Rego: « Je suis seul pour mener à bien toutes les missions d’un homme d’Eglise. Cela demande beaucoup d’énergie. C’est pour cela que j’espère un jour pouvoir transmettre le flambeau d’une Eglise sociale près des pauvres. » (apic/ jcg/mp)
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